Les mains sales: la parole est d’argent… mais le silence est d’or

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Mains sales
Crédit: Sarah Gardner

Comme disait un ami à moi : l’internet est le dépotoir de l’esprit humain. Il ne suffit que de lire les commentaires 30 secondes pour décider que rien ne mérite d’être sauvé dans ce monde. On me dira cynique. Effectivement, caché derrière l’écran, j’observe ceux et celles qui, derrière les claviers, n’en finissent plus de dégueuler des commentaires racistes, haineux, sexistes, misogynes, etc., etc. C’est le commentaire moyen.

À travers tout ce brouhaha reviennent les mêmes commentaires insultants et surtout insignifiants. Je vais vous le dire tout de suite, comme ça, comme un scoop. Ce ne sont pas toutes les opinions qui se valent. Eh non. C’est plate comme ça.

L’art d’avoir toujours raison

Mais c’est quoi une opinion, en existe-t-il plusieurs sortes ? Oui! Une opinion, c’est avant tout un jugement non fondé. Pour qu’une opinion soit considérée comme valable, elle doit s’appuyer sur des faits, sur la logique ou sur des recherches. Sinon, elle est le fruit de préjugés et des sentiments. Dans ce cas-là, elle ne vaut pas grand-chose.

En 1864 était publié un petit fascicule du philosophe Arthur Schopenhauer, intitulé L’Art d’avoir toujours raison. L’ouvrage est intéressant, puisqu’il met en lumière les différents stratagèmes de débat. Livre préféré des propagandistes (et des politicienNEs), on y retrouve tous les arguments classiques des débats. On y retrouve le genre d’arguments qu’on voit sans cesse sur internet. Il y a l’ad hominem, consistant à attaquer la personne (ou ses actions) au lieu de l’argumentaire. Il a ensuite le ad verecundiam, qui consiste à évoquer l’argument d’une autorité, et baser sa validité sur la nature de l’autorité. Le plus important est appelé ad personam, qui consiste à attaquer personnellement son opposant lorsqu’on est à court ‘d’arguments.

Ce ne sont pas toutes les opinions qui se valent. Eh non. C’est plate comme ça.

Vous avez surement reconnu un ou plusieurs de ces arguments. L’«opinion» subjective se défend souvent avec des erreurs de logiques et des sophismes exprimés plus haut. Mais comment sommes-nous passéEs d’une liberté d’opinion à une «égalité d’opinion»?

Liberté d’expression ou égalité d’opinion?

Vouloir que toutes les opinions se vaillent, c’est vouloir avoir toujours raison. On préfère avoir raison plutôt que d’avoir tort et devoir se remettre en question. C’est l’orgueil ou l’ego, ou les deux. Ou sinon, comme Schopenhauer le dit : «(…) la médiocrité naturelle de l’espèce humaine». O.K., je l’avoue, c’est peut-être un peu fort… On peut y accorder un petit temps de réflexion.

La liberté d’expression permet de dire ce qu’on veut sans risquer la prison. Cependant, cela ne veut pas dire que l’ensemble de nos propos sont encensés. Des propos peuvent être réduits à une insulte ou un bas sentiment. Ils ont dans ce sens, peu de valeur. Si on accepte que les opinions se vaillent toutes, on accepte que l’opinion d’unE expertE sur une question puisse être légitimement mise en doute par quelqu’un qui n’y connait absolument dans le domaine. Il va sans dire que ces deux personnes ne travaillent pas avec le même appareil conceptuel. Le ou la spécialiste a passé des années à développer la finesse de sa grille d’analyse. Ce qui ne veut pas dire qu’il ou elle a tout le temps raison!

On préfère avoir raison plutôt que d’avoir tort et devoir se remettre en question.

Cependant, les «opinions» des chercheurs et chercheuses tentent d’être les plus objectives possible. Même si l’objectivité en science est souvent un mythe, on peut tenter d’y aspirer. La communauté scientifique reste cependant constamment biaisée, que ce soit par des biais cognitifs inconscients ou par l’historique personnel d’unE expertE.

Des pistes pour la construction de débats plus sains

L’important dans tout ça, c’est d’affiner sa capacité de raisonnement et d’argumentation. La pensée rationnelle est primordiale pour apporter une opinion dans un débat. Le plus important consiste à faire preuve de «modestie épistémique». Cette dernière consiste à reconnaitre qu’on manque parfois de connaissances ou d’esprit d’analyse pour traiter d’une question. C’est chercher à vouloir faire prévaloir une opinion constructive qui ferait avancer un débat.

Le meilleur ingrédient pour faire avancer les débats sains, c’est reconnaître nos propres limites.

La partie n’est pas gagnée. CertainEs philosophes comme Thomas Schauder mettent Internet comme à la fois une partie du problème mais aussi comme un champ de bataille au débat sain. La démocratisation de la parole a permis aux opinions vides de se répandre à la vue de tous et toutes. Cette attitude de parler de ce qu’on ne connait pas serait peut-être un symptôme d’un taylorisme social… Mais bon, je parle peut-être de quelque chose que je ne connais pas!

En attendant mes chroniques de la prochaine session, je vous invite à lire cet article contre le relativisme moral. En attendant, je lutte contre mes propres biais cognitifs!

 

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