ÉDITORIAL: L’humain approximatif ― Au revoir madame David

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La nouvelle année politique s’ouvre sur le départ de Madame Françoise David, qui met un terme à une carrière publique de plus de 40 ans. En conséquence, je me dois de parler de cette femme qui s’est battue toute sa vie pour une société plus juste. Ne vous inquiétez pas, loin est encore le jour où je serai souverainiste.

Il faut savoir que Françoise David est issue d’une famille qui a un important passé politique, son arrière-grand-père étant Laurent-Olivier David. Avocat de formation, il s’est impliqué dans le journalisme et la politique (député libéral en 1886, puis sénateur en 1903). Grand ami de Wilfrid Laurier, il est proche de l’idéologie des «Rouges» et par le fait même de l’Institut canadien, mais reste conservateur sur plusieurs sujets. Nationaliste convaincu, il s’oppose à la pendaison de Louis Riel et critique l’influence politique du clergé catholique. Laurent-Olivier David aura 11 enfants, dont un unique fils, Athanase David.

Françoise n’était pas la seule à siéger au Parlement, il y a aussi sa soeur Hélène, qui siège pour le PLQ et qui, à l’occasion, mange ses crottes de nez.

Une histoire familiale

Ce dernier est un autre personnage important de l’histoire politique québécoise. Il est Secrétaire de la province sous le gouvernement libéral de 1919 à 1936. Athanase David s’est impliqué intensément à mettre en valeur la culture dans la province. C’est dans ce but qu’il approuve la loi sur l’encouragement de la production artistique et scientifique.

Il crée aussi le prix littéraire David (aujourd’hui prix Athanase-David). Son fils est le père de Françoise, le docteur et ancien sénateur Paul David. Il est aussi le fondateur de l’Institut de cardiologie de Montréal. Il aura en tout six enfants. Tous vont s’impliquer dans la culture et/ou la politique. Françoise n’était pas la seule à siéger au Parlement, il y a aussi sa sœur Hélène, qui siège pour le Parti libéral du Québec (PLQ) et qui, à l’occasion, mange ses crottes de nez.

Une femme de cœur

Avant même de fonder son propre parti, madame David s’est impliquée beaucoup dans sa communauté, surtout auprès des femmes. Elle a été présidente de la Fédération des femmes du Québec et est aussi l’instigatrice d’Option citoyenne. Elle signe en 2005 le manifeste Pour un Québec solidaire. Ce manifeste aborde notamment les problèmes qu’elle va tenter de combattre une fois élue, à savoir, la défense des aînés, l’écologie, les frais de scolarité et bien d’autres. Elle fonde l’année suivante Québec solidaire (QS) avec Amir Khadir.

On se souviendra tous également du débat des chefs, le 20 mars 2014, durant lequel elle resta calme et concise devant un Philippe Couillard et une Pauline Marois beuglant à tue-tête.

Françoise David et les étudiants 

Sa prise de position en faveur des étudiants durant le «Printemps érable» l’a aidée à être élue. Contrairement à une autre, elle ne s’est pas contentée de jouer de la batterie avec un set de vieux chaudron. Je l’ai rencontrée en 2013, lors d’une conférence sur l’accès à l’enseignement supérieur qu’elle donnait à la Chasse Galerie. Son discours a su toucher un large public, et beaucoup d’étudiants se sont identifiés à ce parti comme étant un (vrai) parti souverainiste de gauche. Bien que certains considèrent qu’il est trop à gauche. Personnellement, je n’ai pas toujours été d’accord avec ses opinions, spécialement sur la création d’une charte de laïcité. Cependant, avec les exactions du parti (néo) Libéral Québécois, j’aime mieux trop à gauche que trop à droite. Entre les licornes ou la rigueur budgétaire, le choix est simple.

«Nous vivons une époque d’inculture décomplexée.» ―Stéphane Bern

La fin du triumvirat

C’est avec émotion que le 19 janvier dernier, Françoise David annonçait sa démission sans réclamer d’allocation, entourée de Manon Massé et son rhum, d’Andrés Fontecilla, président et porte-parole du parti, et de Khadir. Elle laisse dans le deuil l’éclatée famille indépendantiste, mais aussi l’unique important parti de gauche québécois. Le nombre de membres de partis indépendantistes (je compte le PQ pour cette fois) qui ont démissionné ou qui ont quitté la politique depuis 2012 est impressionnant. Pour faire une liste rapide: Pauline Marois, Jean-Martin Aussant, Pierre-Karl Péladeau, Bernard Drainville, et j’en oublie sûrement.

L’avenir orange pâle

Désormais, il ne reste plus que Massé et Khadir au Parlement en tant que députés de QS. Comme l’a dit Fontecilla durant la conférence de presse: «Elle est irremplaçable». Je ne sais pas comment ce parti politique va survivre, de plus, le temps ne joue pas en notre faveur. Il n’y a pas que l’élection de Trump que nous devons craindre. Le parti Conservateur canadien a réussi à dénicher son propre Donald en la personne de Kevin O’Leary. Comme disait le journaliste français Stéphane Bern lors d’une entrevue pour Le Monde: «Nous vivons une époque d’inculture décomplexée» (Marie Godfrain, Le Monde, 19 décembre 2016).

 

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