Un œil sur l’actualité internationale: Les éternels invisibles

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Gwendoline Le Bomin 1

Ils dorment au coin de la rue, dans des parcs, nous les croisons furtivement, notre écharpe montée jusqu’au nez, et nous nous demandons bien comment ces derniers passent la nuit dehors. Le malheureux tweet de Yann Perreau, lancé le 14 janvier dernier, rappelle la situation des itinérants au Québec, mais surtout l’image que l’on peut avoir d’eux.

À la suite des réactions, parfois virulentes, l’auteur-compositeur-interprète a tenu à s’excuser le lendemain et à éclaircir toutes ambiguïtés. À l’origine, il a souhaité dénoncer les fumeurs de crack, auparavant rencontrés dans l’ascenseur du métro, alors qu’il se promenait en famille. Pendant ce temps, à Montréal, plus de 3000 personnes (Le Devoir, 8 juillet 2015) sont sans domicile.

Le sujet des sans-abris revient chaque hiver, comme s’il s’agissait d’un problème saisonnier, oubliant presque le fait que ces personnes vivent tout au long de l’année dans la rue. On les voit sans vraiment les remarquer, laissés dans l’indifférence. Lorsqu’ils viennent à nous, on préfère les éviter. Se dessine alors une itinérance invisible.

D’ailleurs dans la métropole, les sans-abris ne sont pas toujours les bienvenus, et les associations dénoncent des mesures prises indirectement par la Ville à leur égard. En 2015, la mise en place d’accoudoirs SUR les bancs à la station Beaubien crée quelques remous chez les usagers. Ces derniers interprètent cette nouvelle installation comme une mesure «anti-itinérants», puisqu’ils ne peuvent plus s’allonger pour dormir.

En 2016, on recense plus de 500 femmes sans domicile fixe à Montréal.

La fermeture du square Viger pour des travaux de réaménagement, en mai 2016 à Montréal, provoque des inquiétudes sur le sort des itinérants, qui doivent alors se déplacer. En effet, il s’agissait l’un des rares endroits où les sans-abris étaient tolérés. D’autres réaménagements de parcs portent à croire que les sans-abris n’ont pas leur place dans ces lieux.

Plus récemment, en décembre dernier, l’installation d’une clôture à la station de métro Berri-UQAM empêche dorénavant les sans-abris de venir se reposer à l’intérieur. Les refuges étant fermés la journée, cet édicule était utile pour ceux qui souhaitaient se réchauffer.

La Nuit des sans-abris

Chaque automne, depuis 1989, un évènement solidaire a lieu dans plus de 30 villes québécoises. Lancé d’abord à Montréal, sous le nom de la Nuit des jeunes sans-abris, le rassemblement solidaire se veut plus inclusif et prend le nom, en 2001, de la Nuit des sans-abris. Peu à peu, d’autres villes se joignent au rassemblement.

Depuis près de 30 ans, la Nuit des sans-abris se déroule le troisième vendredi du mois d’octobre. Le but est de sensibiliser la population québécoise aux difficultés auxquelles les itinérants font face quotidiennement. Ainsi, les volontaires sont invités à passer une nuit à l’extérieur, généralement, de 18h le soir au lendemain matin à 6h. Plusieurs activités sont organisées, comme des performances artistiques, ou encore, la distribution de vêtements, de nourriture.

Ce rassemblement annuel est l’occasion de rencontrer des itinérants et d’entendre leurs témoignages. Être au plus près de leur réalité permet de mieux comprendre ce qu’ils vivent et ressentent face à l’exclusion et à la solitude.

L’itinérance n’est pas un choix

Cela semble être de toute évidence, pourtant, les sans-abris ne se retrouvent jamais à la rue sans raison. À la suite de la perte de son emploi, d’une séparation, on perd la maison, les voisins, les amis, la famille. Un jour, on se retrouve dans la rue, les liens avec les autres ont disparu, c’est l’exclusion sociale. Dans un monde où l’on est de plus en plus connecté à nos proches grâce aux réseaux sociaux, les itinérants font tache.

L’indifférence est le pire comportement que l’on puisse adopter.

On devrait parler de l’itinérance au féminin également. Par honte, elles se font toutefois plus discrètes, mais ce phénomène toucherait de plus en plus de femmes. En 2016, on recense plus de 500 femmes (Métro, mise à jour le 7 mars 2016) sans domicile fixe à Montréal. Ce chiffre est une estimation, puisque la situation d’itinérance chez les femmes est souvent cachée.

Face au manque de moyens et de places dans les refuges pour les sans-abris, il existe plusieurs formes d’aide que chacun de nous pouvons apporter. Le plus simple, mais qui reste encore difficile pour la plupart, est d’offrir un sourire, un simple bonjour. Il vaut mieux éviter d’être indifférent, mais plutôt donner un peu de dignité humaine envers ces personnes déjà marginalisées.

Si nous souhaitons les aider, il faut savoir aussi quoi donner. Le but n’est pas de les inciter à rester à l’extérieur en leur fournissant des couvertures, ou des sacs de couchage. Il est aussi nécessaire de les informer sur les hébergements disponibles, où dormir, par exemple. On compte plusieurs refuges à Trois-Rivières, comme le Centre Le Havre, ou Lauberivière, situé à Québec.

Aussi, la prochaine fois que vous rencontrerez un sans-abri, pensez à sa situation et dites-vous qu’il ne s’est pas retrouvé dans la rue par hasard. L’indifférence est le pire comportement que l’on puisse adopter. D’ailleurs, on devrait se rappeler plus souvent le thème de l’évènement solidaire: Personne n’est à l’abri.

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