ÉDITORIAL: L’humain approximatif ― Le piège de la «judéolaïcité»

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Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

J’ai vu passer cette semaine, sur mon feed Facebook, une pétition pour le retrait immédiat du volet «culture religieuse» dans le cours d’Éthique et culture religieuse (ECR) au niveau secondaire et primaire. Mon premier réflexe a été de me demander pourquoi. Je suis tout de suite allé m’informer à propos du programme, et j’ai ensuite posé des questions à des personnes du milieu de l’éducation.

Que reproche-t-on exactement à ce programme? J’ai lu le texte de la pétition sur le site de l’Assemblée nationale. Premièrement, on accuse le volet «culture religieuse» de faire «une véritable promotion des religions allant à l’encontre de son objectif premier de non-confessionnalité et de laïcité».

Deuxièmement, on reproche au programme de ne pas tenir compte des «personnes sans religion et des croyants non pratiquants».

Troisièmement, «le volet «culture religieuse» du cours ECR [aurait] pour effet d’inciter les jeunes enfants à s’identifier à des pratiques religieuses stéréotypées, sexistes et parfois fondamentalistes». Quatrièmement, on considère que ce volet fait l’apologie du communautarisme, ce qui alimenterait les clivages religieux. Entre qui? Ce n’est pas mentionné.

Protégeons nos femmes!

On répète à plusieurs reprises que «certaines» de ces religions ne respectent pas l’égalité des sexes. Je croirais entendre de la propagande islamophobe. Comme si, dans les faits, les femmes n’étaient plus victimes de graves préjudices et du patriarcat dans notre société. Étant aux études en Histoire, j’ai pris connaissance des mêmes accusations envers les Asiatiques vers la fin du XIXe siècle. Cette facette de l’Histoire est appelée le péril jaune. Des Occidentaux étaient convaincus que les Asiatiques planifiaient de contrôler le monde, rien de moins. On voyait donc d’un mauvais œil l’arrivée de millions de migrants asiatiques en Amérique.

«On a enseigné la religion catholique pendant des années et ça n’a pas fait augmenter l’auditoire à la messe, ni les demandes d’inscriptions à la prêtrise». – Un ancien professeur de religion.

Le fameux programme Éthique et culture religieuse

Après avoir pris connaissance des critiques, j’ai consulté la page web du ministère de l’Éducation. D’abord, il est écrit en gras : «Pour vivre ensemble dans le Québec d’aujourd’hui». En partant, je ne vois pas qui peut être contre ça. Le programme est expliqué en six points. Le premier est que l’on doit acquérir ou consolider le fait que «toutes les personnes sont égales sur le plan des droits et de la dignité». L’élève apprendra ensuite à réfléchir de façon responsable.

Le prochain point devrait réjouir les nationalistes identitaires. En tenant compte de l’âge de l’étudiant, on explorera les manifestations du patrimoine religieux québécois. On veut aussi enseigner certaines coutumes religieuses pratiquées par les différents groupes culturels qui forment le Québec. Toujours selon la page du ministère, on veut permettre aux futurs citoyens «de s’épanouir dans une société où se côtoient plusieurs valeurs et croyances.»

De ceux qui l’enseignent ou vont l’enseigner

J’ai voulu approfondir ma compréhension de la situation en contactant des personnes dans le domaine. J’ai parlé notamment à un ancien professeur de religion. J’ai aussi rencontré une future enseignante au secondaire, en profil «univers social et développement personnel», un programme offert à l’UQTR.

De leurs avis, le cours va permettre aux élèves de développer leur esprit critique et leur propre opinion, tout en restant ouvert à celles des autres. Ainsi les prochaines générations pourront vivre ensemble, malgré leurs différences. Bien sûr, le cours n’est pas et ne sera jamais parfait, mais l’intention est noble et primordiale pour que tout le monde puisse cohabiter dans notre société.

Les tabous

Certains croient que les cours de culture religieuse vont endoctriner les jeunes dans une religion quelconque. Pour éviter ce soi-disant danger, on préfèrerait garder la religion taboue et la laisser dans la sphère privée. Que leurs parents le veuillent ou non, les jeunes vont, au courant de leur vie, être en contact avec des gens de convictions diverses.

Ce n’est pas en faisant semblant qu’il n’existe rien d’autre que sa propre opinion que l’on va construire une société saine. C’est comme avec la sexualité: plus on va en parler, meilleure elle se portera. Comme l’ancien professeur de religion me disait: «On a enseigné la religion catholique pendant des années et ça n’a pas fait augmenter l’auditoire à la messe, ni les demandes d’inscriptions à la prêtrise».

La «judéolaïcité»

La laïcité est une chose floue et compliquée. Si la volonté de laïcité est poussée par l’athéisme, on tombe dans le même pattern d’imposition des valeurs d’un groupe, au détriment de l’autre. L’athéisme est une croyance, celle de ne pas croire en l’existence de Dieu. À ne pas confondre avec l’agnosticisme, qui dans son cas, ne se prononce pas sur l’existence ou la non-existence de Dieu.

Affirmer que nous vivons dans une société laïque et que ce sont les accommodements qui nous ont fait plonger dans une société religieuse serait un mensonge. Nous serions alors dans une société «judéolaïque», dans laquelle on pratique des fêtes religieuses, où la prière est encore pratiquée dans certains lieux publics et où l’on peut jurer sur la Bible.

L’apport culturel de la religion à la société québécoise n’est pas une excuse valable. On est laïc ou on ne l’est pas. On ne peut pas non plus affirmer que notre culture vaut plus que celle des autres. Dans le cas contraire, on s’approche dangereusement du fascisme.

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