ÉDITORIAL: L’humain approximatif ― Lisée, la course du PQ et le retour de l’extrême-droite

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La vie politique québécoise s’est un peu endormie à l’Assemblée nationale depuis janvier. Nous sommes loin des nombreux mouvements syndicaux qui, à la même date l’année dernière, avaient déterré la hache de guerre. La négociation de nouveaux accords de travail était alors au centre du débat. Après le départ de l’ex-ministre Yves Bolduc en 2015 et quelques remaniements ministériels, le parti Libéral, ou plutôt le «parti de l’éducation», comme dirait M. Couillard, a réussi à calmer le jeu, voire à devenir soporifique. Les présentations graphiques du ministre Blais, à l’Assemblée, pourraient en être la cause. Dans cette léthargie politique, la course à la chefferie du Parti Québécois (PQ) ravive un peu les sens de l’«homo politicus».

La course à la chefferie du PQ

Le Parti Québécois ne s’est jamais vraiment remis du départ de Bernard Drainville, erratum, je voulais plutôt dire Bernard Landry. Si vous vous ennuyez vraiment de M. Drainville, vous pouvez toujours syntoniser le 93,3, il forme un duo du tonnerre avec le grand intellectuel qu’est Éric Duhaime (lire cette phrase avec beaucoup de cynisme). Il n’empêche que depuis Landry, les chefs du parti se sont succédé: Boisclair, Marois, P.K.P….

Le parti semble depuis plusieurs années au bord de la rupture. Cette fois, ce sont Alexandre Cloutier, Martine Ouellet, Jean-François Lisée et Paul St-Pierre-Plamondon qui risquent le pari. Ce sont principalement les mêmes éternels enjeux qui ont été soulevés, à savoir: l’environnement, l’indépendance et la laïcité.

La stratégie culturelle

Tout le monde se souvient de la fois où Pauline Marois a été élue à la suite du printemps érable. C’est aussi durant cette période que le mot «laïcité» est devenu une source de discorde. Si vous ne voyez toujours pas où je veux en venir, ajoutez: charte de la laïcité. Ha! Vous vous rappelez maintenant toutes ces soirées entre ami(e)s ou en famille qui ont mal fini, à cause des débats qu’elles ont suscités. On connait la suite, Mme Marois déclenche des élections, elle perd, elle démissionne, la majorité des ministres affirment qu’ils n’auraient jamais approuvé une charte aussi restrictive.

Les élections fédérales de 2015 ont eu un peu la même saveur. Les déclarations de Thomas Mulcair au sujet du tchador ne semblent pas lui avoir donné beaucoup de bénéfice politique. Au contraire même, ce sont les libéraux de Justin Trudeau qui triomphent avec le multiculturalisme, héritage du père. Quand je parle de multiculturalisme, je parle de l’aspect conceptuel auquel j’adhère. Plusieurs cultures peuvent cohabiter, partager et adhérer à un ensemble de lois communes. Par contre, ce n’est pas porter des vêtements sans réfléchir ni comprendre qu’ils reflètent un ensemble de concepts sociaux, spirituels, religieux et culturels. À mon avis, ceci n’est pas du multiculturalisme. Mais les stratégies politiques du gouvernement libéral et l’appropriation culturelle ne sont pas des sujets que je vais traiter ici.

Une charte 2.0

Bien que le débat culturel et ethnique semble soulever les passions parmi une frange assez bruyante de la population, cela n’est clairement pas ce qui se reflète lorsqu’il est temps de passer aux urnes. Pourtant, Alexandre Cloutier remet de l’avant une charte de la laïcité et Jean-François Lisée est, quant à lui, allé plus loin en affirmant qu’il était prêt à bannir le voile de l’espace public, tout en faisant des liens entre le vêtement et de potentiels dangers terroristes. Je suis convaincu que le projet d’une nouvelle charte proposée par M. Cloutier est plein de bon vouloir. Je suis d’accord sur le fait qu’il faille légiférer dans les services publics, ainsi que dans les postes détenant une position d’autorité. L’État doit devenir un lieu neutre et exempt de symboles culturels et religieux. Le point que j’ai plus de difficulté à comprendre est lorsque M. Cloutier affirme, et je cite: «Je continuerai de rejeter le modèle d’intégration du multiculturalisme canadien, qui nie l’existence même de la nation québécoise et nous entraine, trop souvent, dans un déplorable relativisme culturel». Sur quelle base solide se base-t-il pour déclarer que le gouvernement fédéral nie l’existence de la nation québécoise, quand on sait qu’en 2006 le gouvernement Harper a adopté une motion reconnaissant les Québécois comme nation distincte?

Ensuite, la charte ne nie-t-elle pas, elle-même, la différence des nouveaux arrivants et de leur descendance? J’ai beaucoup de difficulté à comprendre ceux qui valorisent d’un côté la résistance des francophones d’Amérique du Nord dans leur combat face à l’assimilation, tout en la préconisant à l’égard des immigrants. Car c’est ici le cas. On demande à ces derniers de devenir comme nous. Comment peut-on avoir cette requête tout en combattant, encore aujourd’hui, l’assimilation britannique?

Jean-François Lisée et la boite de Pandore

Quitte à me répéter, je crois, tout de même, à la volonté d’Alexandre Cloutier d’agir pour le bien de la province. Mais où veut en venir Jean-François Lisée avec ses propos carrément exclusifs? Il semble tenir ce discours dans l’unique but de gagner du capital politique. Il utilise la peur en faisant planer des soupçons de terrorisme sur les femmes voilées. Il y en a eu, des actes terroristes, dans l’histoire de l’humanité, et je ne crois pas que le voile fût un facteur déterminant. Ce qui est le plus surprenant dans tout ça, c’est qu’en 2014, à la suite de la défaite péquiste, il a adressé ces propos au Devoir: «On a tellement braqué les gens. On a tellement divisé les gens. On a tellement mécontenté les communautés culturelles. On a tellement éloigné les jeunes». Qu’un politicien ait un discours exclusif en ce moment est très dangereux. En effet, on peut voir le retour de l’extrême droite partout dans le monde.

Le Québec n’est pas épargné, avec des groupes comme la Meute ou bien Atalante, qui défilent dans les rues en tenant un discours tel que les «nôtres» et les «étrangers». Les sujets traités, dans cette course à la chefferie, viennent légitimer publiquement les revendications de l’extrême droite. En ces temps d’incertitudes, il serait préférable que les différentes communautés se tendent la main plutôt que de se marginaliser l’une l’autre.

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