Myriame Ezelin et Louis Côté jasent prix littéraires et société

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Myriame Ezelin, lauréate du Prix Clement-Marchand et étudiante en études littéraires à l’UQTR, et Louis Côté, lauréat de la mention au Prix Piché ainsi qu’ancien étudiant de l’UQTR, se sont rencontrés pour parler de poésie, de société et de ce qui les a inspirés à écrire leurs textes.

M – Je trouve ça important de perpétuer la poésie québécoise, de la rendre à notre image de jeunes québécois d’aujourd’hui. Participer à un concours littéraire ou tenter d’être publié demande une certaine audace, puisqu’on doit en quelque sorte se démasquer. Lorsque j’écris, j’utilise souvent mon intimité, ma personnalité un peu plus profonde. Je trouvais ça intéressant de faire un parallèle avec le fait que les jeunes d’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, montrent leur personnalité, mais la masquent d’une certaine façon. C’est d’avantage une image biaisée d’eux-même qu’ils montrent, celle de comment ils aimeraient être perçus. Et ça, ça peut peut-être expliquer le fait que peu de jeunes écrivent.

L – Et encore moins qui osent le montrer, d’où l’audace dont tu parles.

M – Exactement, aujourd’hui il y en a moins qui vont essayer d’écrire pour publier ou participer à un concours, même si ça coûte rien d’essayer et qu’il faut simplement oser. Les jeunes ont tendance à se dénigrer en se disant qu’ils sont pas trop bons, parce que justement, ils ont trop cette image parfaite qu’ils veulent faire d’eux-même en tête. Voilà, je trouvais ça intéressant de faire ce point-là, et le fait qu’on écrive, nous, et qu’on ait gagné des prix par rapport à ça — même si en tant que tel, j’avais pas trop dans l’optique de le gagner, ce prix là.

On est pile dans la période de cette jeunesse qui redonne un souffle nouveau.

-MYRIAME EZELIN, LAURÉATE DU PRIX CLÉMENT-MARCHAND
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Louis Côté, lauréat de la mention au Prix Piché. Crédit : Samuel Cyr

L – Oui, moi non plus. En fait, quand j’ai remis ma candidature, je voulais surtout me débarrasser de ce texte-là pour écrire autre chose. J’étais pris dans ce projet-là depuis longtemps et je voulais enfin y mettre un point final.

M – De mon côté, c’était simplement pour essayer d’oser, démontrer à d’autres gens ce que je peux être et ce que je peux apporter dans la poésie moi-même, si ça intéresse des gens et si ça les émeut. J’aime émouvoir les gens par ce que j’écris. Que ça apporte aussi des idées pour d’autres plus tard ou lorsque j’aurai des enfants, que ça puisse développer une certaine sensibilité et un esprit plus engagé. Parce que personnellement, j’écris beaucoup de poésie d’actualité aussi. En plus, on est en plein dans une période où il y a énormément de changement, avec entre autres la crise climatique. On est pile dans la période de cette jeunesse qui redonne un souffle nouveau.

L – Avec l’émancipation de l’identité sexuelle aussi.

M – Effectivement, les genres se mélangent et on abolit peu à peu les catégories homme/femme. J’ai l’impression qu’on est plus unis. C’est certain qu’il y a encore beaucoup de problèmes, mais on est pile dans le moment où on peut en parler, on peut essayer de faire quelque chose par rapport à ça. Donc, si ce n’est que de l’écrire ou même si c’est par rapport à nous, quelque chose qui nous a blessé, que ça fasse son chemin et que ça se transforme.

L – Il y a de quoi de très libérateur dans l’écriture qui nous permet de prendre conscience de certaines facettes de nous-mêmes, mais aussi de notre société. Ça permet de porter un regard critique, mais aussi d’en aborder d’autres avec la lecture et surtout aujourd’hui avec la quantité énorme d’écrivains qu’il y a.

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Myriame Ezelin, lauréate du Prix Clément-Marchand et étudiante en littérature à l’UQTR.

M – Oui, ça permet d’élargir notre pensée et nos réflexions en lisant différents types d’écritures sur n’importe quel type de sujet. Même si c’est trash, même si ça peut être choquant, ça permet de mieux prendre conscience des choses aussi.

L – Et de développer notre empathie envers ce qui est différent. Je voulais aussi te demander, qu’est-ce qui t’a inspiré pour écrire la suite de poèmes que tu as soumis au Prix Clément-Marchand?

M – Ce qui m’a inspiré, c’est mon grand-papa que je n’ai jamais vu. Il vient de la Guadeloupe, un endroit avec plein de couleurs et l’océan tout près. Donc, c’était mon grand-père et mes origines guadeloupéennes, mais c’était aussi pour rendre hommage aux femmes ayant d’autres pays d’origine. Je parle également un peu de mon père là-dedans, et il y a un certain reproche du fait qu’il n’ait pas voulu nous [ses enfants] mettre davantage en contact avec notre grand-père. Aussi, j’ai écrit le texte dans le cadre d’un atelier de création à l’université. Et toi, qu’est-ce qui t’a inspiré?

Ce qui m’a inspiré, c’est mon grand-papa que je n’ai jamais vu.

– Myriame Ezelin , SUR L’INSPIRATION DE SON TEXTE RÉCOMPENSÉ AU PRIX PICHÉ

L – En fait, la base est venue d’un moment plus difficile de ma vie, mais le travail d’écriture s’est effectué sur quelques années où j’essayais d’en faire un recueil de poèmes. Au fil de l’écriture, un genre de film est apparu dans ma tête avec différents personnages et j’ai essayé d’en retranscrire l’essence par bribes. Il y a aussi la lecture de Virginie Beauregard D. qui m’a beaucoup influencée dans mon écriture en m’offrant une nouvelle façon d’exprimer ma sensibilité d’une manière plus sincère et imagée.

M – Tu dis que tu as lu Virginie Beauregard D., c’est quel recueil d’elle que tu as lu?

L – D’une main sauvage, c’est surtout lui qui m’a marqué. En fait, [Virginie], c’est l’une des poètes des Éditions de L’Écrou que j’ai d’ailleurs eu la chance de rencontrer au Festival international de poésie il y a trois ans. Parlant du festival, ça s’en vient bientôt!

M – Oui, c’est sûr que je vais participer à des activités avec d’autres étudiants de l’UQTR, dont une organisée par Jacques Paquin et Patricia Powers où on va lire des textes. J’ai aussi été invitée à lire au OFF-Festival de poésie et j’ai bien hâte. Et toi, de lire au Zénob où ont lu les grands de la poésie québécoise, ça te fait quoi?

L – Ça fait étrange, j’ai vu plusieurs lectures là, mais j’aurais jamais cru y lire moi-même. Donc, c’est très exaltant, mais il y aussi une part de stress qui vient avec.

Le Festival international de poésie bat actuellement son plein, du 4 au 13 octobre et le OFF-Festival de poésie se tiendra en marge du FIPTR, du 10 au 13 octobre 2019.

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