Petite bulle d’histoire: Trois histoires de sorcellerie en Nouvelle-France

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Portrait par Camille Limoge
Crédit : Camille Limoge

Bien que fréquentes en Europe au cours des XVe et XVIIIe siècles, les accusations pour sorcellerie sont très rares en Nouvelle-France. Ceci dit, pour ma chronique d’aujourd’hui, j’ai choisi de présenter brièvement les trois procès de ce type connus en Nouvelle-France.

René Besnard, dit Bourjoly : Le danger des nœuds

Officiellement, il n’y eut qu’un seul procès pour sorcellerie dans l’histoire de la Nouvelle-France. Il s’agit du procès de René Besnard, dit Bourjoly, accusé en 1658 pour avoir « noué l’aiguillette ». Ce rituel, connu depuis des siècles en France, doit provoquer l’impotence sexuelle d’un marié.

Peu avant son procès, René Besnard, trente ans, est rejeté par la jeune Marie Pontonnier, 14 ans. Cette dernière lui préfère cependant un dénommé Pierre Gadois. Devant l’annonce de leur mariage, Besnard affirme à Pontonnier être un sorcier maître dans l’art des nœuds et avoir « noué l’aiguillette » de son fiancé, rendant leur alliance infertile. La jeune femme informe son futur époux et leur prêtre de cette menace. Malgré ce danger, le couple célèbre leur mariage le 12 août 1657, à Montréal.[1]

Malheureusement, Gadois, paralysé par la menace du prétendu sorcier, n’arrive pas à honorer sa nouvelle épouse. Devant ce problème, le couple choisit de se rendre à Québec, où Mgr de Laval renouvelle leur engagement nuptial. Tristement, cette seconde cérémonie ne corrige pas la situation et Marie est contrainte de supplier le responsable de son malheur de défaire le maléfice. Toujours attiré par la jeune femme, il en profite pour solliciter ses faveurs sexuelles en échange de la dissolution du sortilège.

Le 2 novembre suivant, René Besnard dit Bourjoly, soldat de la garnison de Ville-Marie, est interrogé pour avoir « sollicité et atteint à l’honneur » de Marie Pontonnier et de Pierre Gadois. Il admettra avoir dit à Marie Pontonnier qu’il savait « nouer l’aiguillette » mais, terrifié par le châtiment réservé aux sorciers, il se rétracte et prétend qu’il parlait des « aiguillettes de ses souliers ». Deux jours plus tard, René dit Bourjoly est condamné à 300 livres d’amende et banni de Montréal pour crime d’indécence et soupçon de sorcellerie. Il s’installe alors à Trois-Rivières où il épouse la veuve Marie Sédillot, de qui il aura six enfants.[2]

Le 31 août 1660, après trois ans d’impotence, le mariage de Marie Pontonnier et de Pierre Gadois est dissout pour non-consommation. Tous deux se remarieront et auront de nombreux enfants.


[1] Mairi Cowan, The Possession of Barbe Hallay: Diabolical Arts and Daily Life in Early Canada, Mc-Guill-Queens University Press, Montréal, 2022, p. 69-70.

[2] Robert-Lionel Séguin, La vie libertine en Nouvelle-France au 17e siècle, Leméac, Montréal, 1972.

Daniel Vuil : Entre jalousie et possession démoniaque

Le 7 octobre 1661, Daniel Vuil est exécuté à Québec pour avoir traité illégalement de l’eau-de-vie, pour avoir profané les sacrements ou pour sorcellerie. Les sources divergent sur les accusations qui auraient réellement mené à sa perte.[3]

  Photographie du manoir Robert Giffard au XIXe siècle. Crédit :BanQ.
Photographie du manoir Robert Giffard au XIXe siècle. Crédit :BanQ.

Néanmoins, les récits contemporains racontent qu’en 1660, une domestique du seigneur de Giffard, Barbe Hallay, est ensorcelée par un prétendant éconduit : le meunier Daniel Vuil. Il lui apparaît en rêve de jour comme de nuit et des esprits commencent à la tourmenter. Ces esprits lui apparaissent sous la forme de démons, d’hommes ou de spectres destructeurs qui brisent tout dans la maison et s’expriment par la bouche de la jeune femme. 

Les exorcismes répétés ne la délivrent pas. Elle sera finalement amenée à l’Hôtel-Dieu de Québec où la religieuse Marie de Saint-Augustin la délivre en quelques mois, soit peu après l’exécution de son prétendu bourreau.[4]   


[3] Mairi Cowan, The Possession of Barbe Hallay: Diabolical Arts and Daily Life in Early Canada, Mc-Guill-Queens University Press, Montréal, 2022, p. 61.

[4] Monique Meloche, « Enfermer la folie », Santé mentale au Québec, Vol. 6, num. 2, novembre 1981, p. 17.

François-Charles Havard de Beaufort, dit l’avocat : Le « faux-sorcier »

Cette anecdote historique en est une de vol, de profanation, de superstition et de supercherie. En 1742, désireux de retrouver un voleur qui avait fait de lui sa victime, Charles Robidoux fait appel au « sorcier de Montréal », François-Charles Havard de Beaufort. Ce dernier prétend pouvoir faire apparaître, à l’aide d’un rituel mystérieux, le visage du coupable dans un miroir.

Ainsi, le 29 juin 1742, Beaufort, accompagné d’une dizaine de personnes, se rend dans une maison où il a recourt à un livre saint, un miroir, des chandelles et d’autres outils associés au monde occulte pour invoquer l’image du voleur. Aux yeux des témoins, il ne fait aucun doute que ce rituel appartient au domaine de la sorcellerie, d’autant plus qu’il ne se contentera pas de cette prestidigitation.  En effet, l’avocat conclut son rituel avec l’onction d’un crucifix, qu’il brûle par trois de ses extrémités et réduit en cendre.

La profanation du symbole du Christ choque de nombreux habitants et les membres du clergé qui désirent réparation. Les accusations de sorcellerie ne seront pas retenues contre Beaufort, mais, coupable de profanation, ce dernier sera condamné à cinq ans sur les galères.

Une absence volontaire

Vous avez peut-être remarqué l’absence de Marie-Josephte Corriveau dans ma liste de prétendus sorciers… La raison est très simple : cette dernière fut condamnée à mort par pendaison pour le meurtre de son mari le 15 avril 1763, soit sous le régime britannique. De plus, la légende de la Corriveau mérite bien plus qu’un tiers de chronique!

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