Rap et féminisme: Koriass de passage à Trois-Rivières

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Koriass en pleine action lors de son concert à l’Industrie pub moderne. Photo: Catherine Lessard
Koriass en pleine action lors de son concert à l’Industrie pub moderne. Photo: Catherine Lessard

Les 17 et 18 mars derniers, le rappeur Koriass était de passage à Trois-Rivières. Il s’est d’abord arrêté à l’université pour venir discuter de sexe, de féminisme et de culture du viol pour ensuite, le lendemain, donner un concert rap à l’Industrie pub moderne.

L’année dernière, à la suite de la publication du billet «Natural Born Féministe» sur le site web www.urbania.ca, le rappeur s’est mis à l’avant-plan des discussions portant sur le féminisme et la culture du viol. Koriass, de son vrai nom Emmanuel Dubois, a participé depuis à une discussion sur le sujet au Cégep de Sherbrooke, et amorce en mars et en avril, en collaboration avec le Conseil du statut de la femme, une tournée dans les cégeps de la province pour parler de consentement. Son passage à Tout le monde en parle lui a permis de parler de son billet et de ses positions sur les sujets abordés lors des conférences.

Discussion à l’UQTR

C’est à la Chasse-Galerie que donnait rendez-vous le Groupe d’actions femmes de l’UQTR et le rappeur aux étudiants intéressés par le sujet. Un bon nombre de personnes s’est présenté à la conférence «Sexe, féminisme et culture du viol expliqués par Koriass». L’organisme Sidaction Mauricie était également sur place pour remettre des trousses de prévention.

Koriass est d’abord revenu sur l’histoire racontée dans son billet. Il parle du viol d’une amie. Le rappeur décrit la situation dans laquelle son amie s’est retrouvée et dénonce les faits. À plusieurs reprises dans la conférence, il trace le portrait d’une société qui façonne les garçons à être en position de dominance face au sexe féminin. Une société où la culture du viol est ancrée de manière à ce que les gens questionnent un viol. Est-ce qu’il s’agit bien d’un viol? La personne violée l’a-t-elle cherché? Ces questions se répondent facilement par le slogan «Sans oui, c’est non!». Ce slogan est le titre de la plus récente campagne contre la violence sexuelle appuyée par les universités québécoises. Le rappeur explique aussi les raisons qui le poussent à être au milieu de cette discussion et pour lesquelles il a toujours vu les filles comme étant son égale. Il explique aussi les stéréotypes associés autour du féminisme et essaie de mettre fin aux préjugés défavorables que les gens ont à l’égard du terme et du mouvement.

Les moments où le public était le plus participatif, furent lorsque les chansons présentaient refrains concoctés avec des échantillons de chansons des Cowboys Fringants, sur «Supernova», et des Sœurs Boulay, sur «Blacklights», mais le morceau le plus chantonné fut sans contredit «Enfant de l’asphalte», pièce issue de son deuxième album Petites Victoires.

La discussion s’est terminée avec une période de questions du public qui a, entre autres, souligné les récents propos de la ministre Lise Thériault et le tabou entourant le viol d’hommes.

Koriass lors de la conférence Sexe, féminisme et culture du viol à la Chasse-Galerie. Photo: Cathy Simon
Koriass lors de la conférence Sexe, féminisme et culture du viol à la Chasse-Galerie. Photo: Cathy Simon

Explosion à l’Industrie

Après avoir conscientisé les étudiants de l’UQTR sur le féminisme et la culture du viol, Koriass s’est présenté à l’Industrie pub moderne pour donner un concert attendu par ses admirateurs. À la suite du concert de Madchild le 12 février dernier, l’endroit récidivait en présentant un spectacle hip-hop.

C’est vers les 23h que Pat K-7, rappeur trifluvien, est monté sur scène pour réchauffer la salle quelques minutes avant la prestation de Koriass. Durant son animation, il en a profité pour faire quelques chansons, improviser quelques vers et annoncer son retour en musique avec un EP sous un nouveau nom d’artiste; Moses Hart.

C’est sous les acclamations d’une foule en admiration que le rappeur a foulé les planches du pub. Accompagné de ses fidèles acolytes DJ Manifest et Bobby One, Koriass est venu présenter plusieurs pièces de son plus récent album Love Suprême ainsi que de son EP Petit Love. Malgré le fait que son dernier album soit resté un mois au sommet des ventes au Québec, c’est lorsqu’il a joué ses plus anciens morceaux que la foule a le plus réagi en chantant à tue-tête les mots de l’artiste.

Koriass a performé ses chansons avec des instrumentales préenregistrées, ce qu’il fait très souvent et cela est loin d’être inhabituel dans les concerts rap. Cependant, il présente parfois son spectacle avec un groupe de musique complet, ce qui rend la prestation moins statique. Les Trifluviens ont pu voir cette formule, plus souvent présentée lors de spectacle sur de grosses scènes, à l’occasion du spectacle de la rentrée de l’automne 2015 de l’UQTR. Koriass s’est toutefois efforcé de ne pas rendre sa présence scénique statique, lui qui saute, crie et manipule brusquement les objets étant à sa portée, par exemple des pieds de micros.

À plusieurs reprises dans la conférence, il trace le portrait d’une société qui façonne les garçons à être en position de dominance face au sexe féminin.

Le rappeur a aussi fait de la place dans son déferlement de chansons à son partenaire de longue date Bobby One. Lui qui fait des harmonies vocales et qui l’accompagne sur plusieurs pièces en spectacle a présenté deux de ses propres compositions aux nombreux spectateurs présents qui semblaient grandement apprécier sa présence.

Les moments où le public était le plus participatif furent lorsque les chansons présentaient des refrains concoctés avec des échantillons de chansons des Cowboys Fringants, sur «Supernova», et des Sœurs Boulay, sur «Blacklights», mais le morceau le plus chantonné fut sans contredit «Enfant de l’asphalte», pièce issue de son album Petites Victoires.

L’interaction du chanteur avec son auditoire aidait à rendre l’ambiance survoltée. Celui qui se fait surnommer Korey laissait monter des fans sur scène, lançait ses serviettes blanches dans le public et arborait les accessoires que ses admirateurs lui tendaient. À titre humoristique, Koriass a porté au cou une immense horloge accrochée avec une chaîne qu’un spectateur lui a brandie.

En plus d’amorcer une tournée de conférences dans les cégeps, Koriass commence également une tournée de spectacles et passera dans plusieurs villes du Québec au cours des prochains mois.

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