Reportage: L’austérité, une vue de l’esprit? ⎯ Plaidoyer pour une vision économique alternative

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Photo: Gracieuseté
Photo: Gracieuseté

Le 15 novembre se tenait à la salle Louis-Philippe Poisson, au centre-ville, la conférence de l’économiste indépendant Ianik Marcil: Politique d’austérité et exploitation des hydrocarbures : quel avenir voulons-nous? La conférence a attiré un peu moins d’une centaine de personnes, malgré le fait qu’elle se donnait un dimanche matin particulièrement froid. C’était beaucoup de gens pour une conférence sur l’économie, au point que l’évènement a dû être déplacé dans une salle plus grande.

La thèse de l’économiste est la suivante: l’austérité est une stratégie économique parmi d’autres. C’est une vision du monde qui est défendable, mais qui est loin d’être la seule qui soit légitime. L’économie, il ne faut pas l’oublier, est une science humaine, il ne faut pas la réduire à tort à une vérité mathématique. Or, l’austérité nous est pourtant présentée comme une fatalité, imposée par des lois économiques qui nous dépassent. La façon de faire accepter ces mesures par l’opinion publique est alors beaucoup plus rhétorique que logique. Il nous propose donc une analyse de ce discours.

Le discours

La stratégie consiste à présenter l’état des finances publiques, de la dette, comme étant catastrophique. «On nous avait même, pendant la campagne électorale, comparé la situation économique du Québec avec celle de la Grèce», nous rappelle le conférencier. On en appelle ensuite à un sentiment d’urgence, la situation étant supposément tellement insoutenable qu’il faut s’y attaquer très rapidement avant de frapper un mur. Comme moyen de s’attaquer au problème, on agit donc comme si les politiques d’austérité étaient la seule solution et que nous nous y soumettions à contrecœur. «There is no alternative, disait déjà Thatcher dans les années 1980. 35 ans plus tard, ça commence à faire long longtemps comme urgence.»

Ce discours est tellement répété dans le débat public depuis longtemps qu’il a été intériorisé par une grande partie de la population qui n’a jamais connu de discours alternatif. L’austérité nous est alors représentée comme ayant le monopole de la bonne gestion des finances. À preuve, l’économiste nous raconte: «Je rencontre régulièrement des représentants syndicaux de la fonction publique afin de leur donner des informations pour les aider dans leurs négociations avec le gouvernement. Souvent, l’activité terminée, on vient me voir pour me demander s’il ne leur faudrait pas tout de même baisser leurs demandes à cause du mauvais état des dépenses publiques… alors que je viens de passer une heure à leur démontrer le contraire!»

Mais si le discours utilisé pour vendre les politiques d’austérité est démagogique, les faits qui nous sont présentés comme tels par les mêmes acteurs sont-ils pour autant faux?

Les faits

Pour un budget annuel d’environ 100 milliards par année, le déficit budgétaire de l’année dernière, selon le budget officiel déposé par le PLQ, était de trois milliards. Une partie de ce déficit est investie dans le fonds des générations, qui sert justement au remboursement de la dette. Cela laisse donc à l’État un déficit annuel de 1.1 milliard, soit 1.1% du budget. Si l’on ramenait cela, à des fins de comparaison, au budget d’un ménage qui gagnerait 50 000$ par année, cela reviendrait à terminer l’année avec 536$ de dettes. Loin d’être une situation dramatique, cela ne justifierait pas pour le ménage québécois moyen de couper radicalement dans l’éducation de ses enfants, dans les soins de santé, ou dans d’autres domaines.

Il faut rajouter à cela que le déficit est en diminution continuelle depuis dix ans, et que beaucoup des dépenses sont des investissements. Un peu comme si le déficit de la famille moyenne du paragraphe précédent était totalement ou partiellement dû à l’achat d’une voiture ou d’une maison. Les investissements sont par définition des dépenses qui fructifient.

Pour ce qui est de la dette, il est important de noter que 85% de celle-ci nous appartient collectivement. Il s’agit donc d’argent que nous nous devons à nous-mêmes, que nous ne risquons pas de nous voir menacer de devoir rembourser rapidement sous la menace de créanciers.

Il est aussi important de rappeler qu’il y a deux façons d’équilibrer un budget déficitaire: diminuer les dépenses et augmenter les revenus. Présenter la première comme une fatalité sans aborder la seconde, c’est ce qui est idéologique dans les mesures d’austérité. L’évasion fiscale, dont les mécanismes mis en place par nos gouvernements assurent la légalité, nous fait perdre en 2,5 et 3,5 milliards par année. Plus que le manque à gagner.

Le défi, conclut donc l’économiste, consiste principalement à intéresser la population à la politique. Les coupes des dernières années ont pu donner aux gens l’impression que l’État ne pouvait rien pour eux. Cela a eu pour effet pervers de les désintéresser, ce qui donne le champ libre au gouvernement de continuer plus loin dans cette voie avec de moins en moins de protestations. Il s’agit donc d’un cercle vicieux à briser en montrant que les politiques alternatives existent et sont raisonnables.

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