Terres invisibles : Quand le petit devient grand

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La pièce Terres Invisibles était présenté à Trois-Rivières le 26 et 27 février dernier. Crédit photo: LIVSMEDLET théâtre duo

Présentée à la fabrique de théâtre insolite de Trois-Rivières le 26 et 27 février dernier, la pièce finlandaise Terres invisibles (Cie Livsmedlet) est une proposition dramatique aussi originale que poignante. Se logeant quelque part entre le théâtre de marionnettes, la performance et les arts médiatiques, ce spectacle créé et interprété par Sandrina Lindgren et Ishmael Falke  n’a laissé personne indifférent partout où il est passé.

Terres invisibles est le récit de voyage d’une famille de migrants qui tente de fuir son pays en guerre afin de rejoindre la Finlande. Pour ce faire, elle devra parcourir le désert, escalader barbelés et parois rocheuses, éviter des hélicoptères de surveillance, avant de traverser l’océan dans une embarcation de fortune contre vents et marées. Le groupe rétrécira au fur et à mesure que des morts seront laissés derrière. La démonstration de ce qu’il peut en coûter de vouloir échapper à la guerre est d’une brutale violence.

Les personnages sont représentés par des petites figurines, tandis que les corps dévêtus des deux interprètes sont utilisés comme décors, où avanceront ces êtres dans leur quête de liberté. La peau évoquera la couleur du désert et la forme des membres illustrera la géographie des paysages rencontrés, au point de nous faire oublier la mise en scène. À cela s’ajoutent d’habiles effets d’éclairage et de musique servant à créer de nouvelles perspectives. Si bien qu’il faut parfois quelques instants pour reconnaître et discerner la nature des lieux qui se dessine sous nos yeux. Le résultat est saisissant.

Très visuelle, la pièce emprunte allègrement à l’esthétique cinématographique. Grâce à la disposition des corps, nous avons l’impression d’assister à l’action d’une multitude de points de vue et d’angles, comme au cinéma. De plus, l’emploi d’une caméra, dont les images sont projetées derrière la scène en direct, permet de voir les figurines en gros plan et même en plan subjectif, ajoutant ainsi une dimension psychologique à l’ensemble. Notre vision se promène ainsi entre le macro et le micro tout au long du spectacle.

Présentée au milieu d’une soixantaine de personnes entourant de très près les deux interprètes, cette pièce nous donne l’opportunité de vivre une expérience théâtrale en toute intimité. La lenteur des mouvements épouse parfaitement le rythme du voyage à pied des migrants. Cette œuvre vient prouver encore une fois que le théâtre de marionnettes est un monde très vaste, impossible à faire entrer dans une case.

Après le spectacle et répondant aux questions du public, les deux acteurs confiaient que l’ensemble des idées s’est placé petit à petit, au gré de la création. Leur but était évidemment de montrer une autre vision de la crise migratoire que celle traitée dans les médias traditionnels, afin de rompre avec le sentiment d’impuissance qui nous afflige à la vue d’images de détresse. Grâce à des figurines et des corps dénudés, des événements aussi lointains qu’abstraits s’humanisent comme par magie sous nos yeux. Terres invisibles est une pièce d’une désarmante simplicité, mais dotée d’une très grande force dramatique.

L’œuvre sera aussi présentée à Montréal lors du festival de Casteliers du 5 au 7 mars. À ceux qui voudraient se rattraper et faire la découverte du théâtre de marionnettes, voilà une excellente initiation. Parce qu’il faut bien le dire, le théâtre de marionnettes, ce n’est pas que pour les enfants.

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