Visions d’Anna: Curiosa

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L’arrivée brusque des gogosses de Pâques chez Dollorama laisse déjà loin derrière nous la fête de l’amour. Et pourtant, cela ne m’empêchera pas d’aborder dans cette chronique la littérature érotique. Il est certain que la première chose qui vous vient en tête lorsque vous lisez «littérature érotique» c’est Cinquante nuances de Grey. Ne vous inquiétez pas, chers lecteurs, le roman d’Erika Leonard James ne sera pas le sujet principal de cette chronique. Je tiens plutôt à vous en faire connaître davantage sur le sujet. Dans un premier temps, il sera question de Guillaume Apollinaire et de son lien assez restreint avec la littérature érotique et, dans un deuxième temps, de quelques suggestions de lectures intimes.

Apollinaire, auteur du XXe siècle français, se révèle aussi comme un explorateur de l’érotisme. Il publia sous le manteau: Mirely ou le petit trou pas cher, Les Mémoires d’un jeune Don Juan et Les Onze mille verges. À la veille de sa mort, il préparait encore l’édition d’un recueil réunissant ses textes sur l’érotisme: Les Diables amoureux. Aucun doute, l’auteur avait un penchant pour le proscrit. À 28 ans, Apollinaire créa, avec l’aide des frères Briffault, la Bibliothèque des curieux. Il s’agissait de rassembler les œuvres des littératures érotiques anciennes ainsi que modernes. Ils le firent sous diverses collections, comme par exemple «Les Maîtres de l’Amour» et «Le Coffret du Bibliophile».

A. fut également rédacteur pour une centaine de notices pour l’Enfer de la Bibliothèque nationale de France, publiées en 1913 avec la collaboration de Fleuret et Louis Perceau. L’Enfer est une façon métonymique de parler d’une section ou des rayons d’une bibliothèque regroupant des ouvrages jugés licencieux. Alors, à partir de l’Enfer de la BNF, ils recenseront plus de 1700 ouvrages du second rayon, dont une grande partie jamais cataloguée. L’Enfer de la BNF contient des ouvrages raturés du Marquis de Sade, des documents dans lesquels on retrouve des descriptions, des adresses, et des tarifs de jeunes femmes de l’époque, des mémoires d’auteurs, des estampes, des photographies, des gravures. Il se cache même un dessin couvert, semble-t-il, de sperme de Salvador Dalí (QUOI?). En voulez-vous de l’érotisme, en v’là!

Enfin, G. A. travailla de très près avec les écrits lubriques, libertins à en devenir un à son tour. Que diriez-vous de laisser tomber E. L. James et de vous consacrer d’une seule main à Sade, L’Arétin, Mirabeau, Nerçiat, etc? Ce n’est pas tout! Bon nombre d’auteurs actuels façonnent la littérature érotique.

Le neuvième art ne passe pas à côté de l’érotisme. En effet, la bande dessinée, apparaissant aux États-Unis dans les années 1920, précède la révolution sexuelle pour continuer de se développer dans les années 80. À partir des années 2000, la popularité de la bande dessinée ne cesse de s’accroître. Sous le titre d’Anthologie de la bande dessinée érotique par Vincent Bernière chez Beaux-Arts éditions, l’œuvre regroupe des BD d’auteurs italiens, japonais, américains, etc. Belle anthologie où chacune des planches de BD est commentée et analysée. Cela se joue entre l’humour et le trash. Par exemple, l’un des bédéistes reprend le roman Les Métamorphoses ou L’Âne d’or de Lucius Apuleius où une femme en train de forniquer avec un âne prend place dans les bulles de la bande dessinée. Comme quoi même la zoophilie en attire plus d’un…

Si j’aborde la littérature érotique de chez nous maintenant, avouez qu’un trou noir se forme présentement dans votre culture générale? Loin de moi d’insulter votre lot de connaissances, mais il s’agit bel et bien d’un phénomène collectif au Québec concernant cette forme de littérature: la timidité, voire même l’ignorance envers la littérature érotique québécoise. C’est immédiatement que je mets fin à ce vide avec, tout d’abord, Emmanuel Aquin, fils d’Hubert Aquin. Il est le cofondateur des éditions Point de fuite où il développa la collection à saveur érotique: Point G. C’est sous ce couvert qu’Emmanuel publia, entre autres, La Chambrenleuse: sexercises de style et L’Hymne à l’hymen: un livre dont vous êtes l’éros. Malheureusement, Point G s’éteignit au bout de quelque temps par absence de lectorat et par manque de publicité dans les journaux. Triste réalité littéraire au Québec…

Il se cache même un dessin couvert, semble-t-il, de sperme de Salvador Dalí.

Bédéiste québécois, Jimmy Beaulieu produit des bandes dessinées érotiques assez salées. Avec des titres comme Comédie sentimentale pornographique et À faveur de la nuit, la thématique du désir, à la fois de la chance et de la malchance ainsi que la vitesse, le précipité bien illustré dans ses dessins, donne à lire et à voir une œuvre entièrement aguichante!

Les Histoires à faire rougir de Marie Gray se révèlent comme un bon compromis à Cinquante nuances de Grey. Traduite en 14 langues et vendue à plus de 800 000 exemplaires, cette auteure est considérée comme la reine de la littérature érotique au Québec. Ses romans se classent davantage dans la littérature populaire, mais l’auteure ne voit rien de mal à cela!

Pour finir, je vous conseille NU publié aux éditions Québec-Amérique sous la direction de Stéphane Dompierre. Il s’agit d’un recueil de nouvelles érotiques et ludiques de 15 écrivains, dont Patrick Sénécal. La littérature érotique a un rôle à jouer: permettre aux lecteurs d’utiliser leur imagination, et ce, à leur guise. Pas facile avec tout ce qui se trouve sur Internet. Comparez si cela vous chante, vous verrez, les frissons ne sont pas les mêmes!

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