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Théâtre des Gens de la Place: Mélodrame chrétien contre l’homophobie

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Théâtre des Gens de la Place: Mélodrame chrétien contre l’homophobie
La maîtrise de sa gestuelle, de sa posture, de ses mimiques et de sa voix ont fait de Cindy Rousseau une étoile de la soirée. Photo: Lauréanne Daneau
La maîtrise de sa gestuelle, de sa posture, de ses mimiques et de sa voix ont fait de Cindy Rousseau une étoile de la soirée. Photo: Lauréanne Daneau
La maîtrise de sa gestuelle, de sa posture, de ses mimiques et de sa voix ont fait de Cindy Rousseau une étoile de la soirée. Photo: Lauréanne Daneau

Le coup d’envoi de la saison de théâtre trifluvienne fût donné par le Théâtre des Gens de la Place. Le jeudi 17 septembre dernier, la troupe a offert Le projet Laramie, un spectacle densément émotif, au public de la Maison de la Culture. Les planches de la salle Anaïs-Allard-Rousseau sont hantées par un drame sordide présenté en théâtre-vérité. Le metteur en scène, Marc-André Dowd, a peint un tableau sombre avec justesse et originalité.

Laramie est une ville perdue entre deux gares sur un chemin de fer sans fin dans les profondeurs du Wyoming en plein cœur du Midwest des États-Unis. En 1998, cette petite cité est le théâtre d’un événement d’une violence déconcertante. Un jeune homosexuel de 21 ans est tabassé sauvagement et laissé pour mort, ligoté à une clôture à bétail. Cette barbarie ébranle la communauté et dépasse rapidement les frontières de la ville. À la suite de son décès quelques jours plus tard, c’est le pays entier qui se soulève d’indignation.

Les membres du Tectonic Theater Project de New York partent pour Laramie faire plus de 200 entrevues auprès de la population. Moisés Kaufman et la troupe structurent une pièce de théâtre avec des témoignages, des extraits de procès, des dossiers médicaux et des extraits de journal. Tout ce qui est dit sur scène est vrai. Les noms, les propos, les faits.

Dans la version de Marc-André Dowd ce sont les 63 personnages joués par dix comédiens, pour la plupart des têtes dominantes du TGP, dont Martin Francoeur, Rollande Lambert, Patrick Lacombe et Marie-Andrée Leduc. Ce choix de limiter les comédiens à dix venait déjà obliger une rigueur et un rythme déterminant pour la pièce. Les dix acteurs sont toujours en scène et se parent tour à tour d’un élément de costume simple qui permet de les caser et de les reconnaître. Une sobriété efficace et dynamique. Par contre, certains personnages tombaient dans la caricature et le stéréotype, ce qui accrochait légèrement, mais conventionnellement parlant, était fort acceptable.

Parmi les bons coups de Marc-André Dowd, cette horde de journalistes est certainement un des moments marquants du spectacle. Photo: Lauréanne Daneau
Parmi les bons coups de Marc-André Dowd, cette horde de journalistes est certainement un des moments marquants du spectacle. Photo: Lauréanne Daneau

La solide distribution permet également d’aller loin dans la chorégraphie. Les changements d’éléments de costume se faisaient rondement et chaque comédien adoptait une posture ou une attitude qui le démarquait de ses autres personnages. De ce point de vue, c’est une réussite pour tous. Cindy Rousseau est particulièrement foudroyante. Sa gestuelle et sa voix sont d’une subtile finesse et d’une agréable justesse. Elle est d’un naturel captivant et elle s’exprime admirablement bien.

L’économie de décor est une fois de plus une valeur sûre. Un écran blanc, comme mur de fond où l’éclairage vient apposer certaines couleurs, une clôture de bois et un plancher pâle laissent une grande place au texte et à la prouesse des acteurs. De simples glacières sont disposées et manipulées pour se transformer en tables ou chaises de fortunes. Amenées en début de spectacle pour appuyer la démarche nomade de la troupe newyorkaise, elles restent en scène et servent aussi de boîte à costume.

Le génie de Dowd et son auguste expérience sont parsemés tout au long du spectacle.

Dans son ingénieuse mise en scène, Marc-André Dowd livre des bijoux. Que ce soit la horde de journalistes armés de petites lampes de poche qui cliquettent et flashent en ironie des médias qui bouffent les faits divers et les recrachent en spectaculaire, que ce soit la représentation de la pluie par tapotement sur des parapluies, que ce soit par la diffusion d’une déposition d’un des tueurs filmée et projetée simultanément, le génie de Dowd et son auguste expérience sont parsemés tout au long du spectacle.

Ce choix de limiter les comédiens à dix venait déjà obliger une rigueur et un rythme déterminant pour la pièce.

Malgré tous les bons coups, le discours moralisateur et biblique américain alourditdavantage la représentation. Le côté larmoyant omniprésent n’appuie pas toujours avec précision les paroles déjà puissamment révélatrices. Mais la défense des droits de l’Homme doit se poursuivre et c’est souvent avec des produits culturels que la société avance. C’est malheureusement encore d’actualité d’avoir à défendre certaines différences qui ne changent rien au quotidien de tout un chacun.

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