Un grain de science à la fois: Les extravagances de notre belle bleue

0
745
LUITR-2019_A2019.png
Alhassania Khouiyi. Photo: Mathieu Plante
Alhassania Khouiyi. Photo: Mathieu Plante

Cyclone, ouragan, tempête, typhon… les mots diffèrent, mais les ravages sont les mêmes. Mais qu’est-ce donc que cette calamité qui envoie comme émissaire un calme à vous faire entendre les battements de votre cœur?

Vous l’avez sans l’ombre d’un doute vu sur les fils des médias digitaux ou numériques, la fin de l’été s’annonce cyclonique. Il manquerait juste quelques insectes géants, car ce n’est pas les Van Pelt qui manquent, et l’on pourrait se demander qui joue à Jumanji. Mais avant de poursuivre, une définition des termes s’impose.

La définition la plus intuitive d’un cyclone est que l’air tourne autour d’un point dans le sens horaire dans l’hémisphère sud et dans le sens contraire dans l’hémisphère nord, engendrant des vents pouvant atteindre 300 km/h. Il s’agit d’un phénomène tumultueux qui résulte du contact entre une zone dont la pression est plus basse que la pression atmosphérique et une zone de pression normale (1,01325×105 Pa, Pa étant l’unité de mesure Pascal).

Ce n’est pas pour rien que les cyclones se forment dans l’océan. Lorsque la température de l’eau de surface s’élève, les courants ascendants d’air chaud suivant l’évaporation de l’eau créent une zone de dépression (une pression inférieure à 1,01325×105 Pa). Le conflit entre les deux pressions différentes produit des mouvements circulaires des airs chaud et froid ce qui se développe en cyclone.

Les cyclones peuvent s’étendre sur une surface de 500 à 1000km. Comme il s’agit de mouvement tourbillonnaire, le centre du cyclone est généralement plus clément, les vents sont moins forts et les précipitations moins importantes. C’est ce qui est appelé dans le jargon de météorologie «œil du cyclone». Mais pour atteindre ce petit havre du cataclysme, il faut traverser les cumulonimbus, qui sont des nuages très denses formant un mur dévastateur où les vents sont les plus forts et les pluies diluviennes. On a par exemple enregistré près de 2m de précipitations en 24 heures à La Réunion au passage d’un cyclone.

Il faut imaginer le cyclone comme une symphonie de colère en quatre mouvements.

Il faut imaginer le cyclone comme une symphonie de colère en quatre mouvements: l’allegro serait le calme qui précède la tempête, l’adagio serait la première partie du cyclone jusqu’au centre, le menuet-trio serait la bonace de l’œil, et finalement, le moderato molto presto serait la deuxième partie du cyclone. Alors, la question qui devrait se poser ici est le pourquoi de la chose: quelles conditions doivent se réunir pour que l’air commence à pivoter autour de lui-même?

Pour qu’un cyclone se forme, il faut que la température des eaux de surface, c’est-à-dire les 60 premiers mètres, atteigne un minimum de 28°C, afin que l’eau s’évapore de manière intense et qu’il y a un transfert important de l’humidité vers l’atmosphère. Il s’agit d’une condition climatique indispensable à la naissance et à l’évolution du phénomène, c’est pourquoi la saison des cyclones s’étend entre juin et octobre. C’est aussi une des raisons expliquant pourquoi on ne voit pas de cyclone en Atlantique Sud ou dans le Pacifique sud-est, où l’eau est froide même en été.

Il manquerait juste quelques insectes géants pour se demander qui joue à Jumanji.

Comme un caméléon, les cyclones changent de forme selon l’endroit où ils se trouvent, et juste parce ce n’est pas assez compliqué, ils changent aussi de nom. Ainsi, si le vent est inférieur à 63 km/h, on parle de dépression tropicale, s’il est entre 63 et 117km/h, c’est une tempête tropicale, et au-delà de 117 km/h, on parle de cyclone. Mais ce n’est pas fini: le terme de cyclone est réservé à l’océan Indien et au Pacifique Sud. On parle en revanche d’ouragan en Atlantique Nord et dans le Pacifique Nord-Est, et de typhon dans le Pacifique Nord-Ouest.

Bien que les cyclones soient des phénomènes naturels, causés par des changements atmosphériques dus aux saisons, l’homme n’est jamais trop loin de ces changements. Il est vrai que les recherches actuelles n’ont pas établi explicitement le lien de causalité entre les comportements humains et les cyclones, mais il est très difficile de fermer les yeux sur le fait que depuis les années 1970, ces derniers suivent une tendance à la hausse. Non seulement ils sont plus fréquents, mais surtout plus forts et plus dévastateurs.

Il serait candide de nier le rôle de l’humain dans cette perturbation atmosphérique si nous nous mettons d’accord que les cyclones résultent d’une perturbation de chaleur et de pression. Le premier homme qui alluma du feu, le premier qui coupa un arbre pour utiliser son bois, le premier qui tailla un outil dans la roche, cet homme-là n’avait nullement conscience de déranger l’ordre de la nature. Il entama pourtant le long processus au cours duquel les humains sont de plus en plus avides, qui fait que chaque jour, notre planète est un peu plus fragile que la veille.

C’est à se demander quel serait le point de rupture.

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here