Un œil sur l’actualité internationale: Les pays oubliés

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Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante
Gwendoline Le Bomin. Photo: Mathieu Plante

Les médias comme on le sait, sélectionnent les sujets à traiter. Ils privilégient l’actualité de certains pays, d’autres étant jugés moins sexy pour paraître dans les unes. On parle beaucoup du cas de la Syrie, au point qu’elle a tendance à voler la vedette à ses voisins, comme le Yémen. Heureusement, les organismes humanitaires ne les oublient pas et travaillent d’arrache-pied pour sauver ces populations.

Le Yémen ne fait pas partie de la liste des «chanceux» qui bénéficient de l’attention sur la scène internationale. Sa situation déplorable ne semble pas assez grave pour qu’on la rapporte dans les médias. Depuis juin 2017, cinq attaques ont été menées par la coalition militaire arabe, conduite par l’Arabie Saoudite, tuant pas moins de 39 personnes, dont 26 enfants. L’organisation Human Rights Watch (HRW) dénonce ces agressions et les a qualifiées, en août, de «crimes de guerre».

Le Yémen n’est vraisemblablement qu’une tache quasi invisible aux yeux des grandes puissances internationales. Loin des préoccupations et des débats, la coalition arabe complique le travail des journalistes, distribuant au compte-goutte leurs autorisations d’accès au territoire. Le pays a même été victime de la plus froide indifférence lorsqu’une nouvelle frappe aérienne, le 4 août dernier, a entrainé la mort de neuf membres d’une même famille dans la capitale yéménite. La coalition répond tout simplement qu’il s’agit d’un «incident malheureux».

Le pays que l’on surnommait autrefois «l’Arabie heureuse» a perdu toute sa splendeur et fait pâle mine, condamnée pour le moment aux pires horreurs de la guerre.

Le pays que l’on surnommait autrefois «l’Arabie heureuse» a perdu toute sa splendeur et fait pâle mine, condamnée pour le moment aux pires horreurs de la guerre.

Comprendre la crise au Yémen

Le Yémen est un pays en guerre depuis mars 2015. Peuplé de 27 millions d’habitants, il est situé au sud de l’Arabie Saoudite et bordé par la Mer rouge.

Tout commence le 26 mars 2015, lorsque l’Arabie Saoudite lance au Yémen l’opération militaire appelée «Tempête décisive». Cette dernière est destinée à restaurer le pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi, destitué quelques semaines plus tôt par la rébellion houthi. Ainsi, la guerre oppose désormais la coalition des États arabes, appuyant le dernier Président et la rébellion houthi, peu soutenue par l’Iran.

Les deux camps sont coupables de crime de guerre, mais aucun des deux ne semble l’emporter après deux ans de conflit. Pire encore, d’autres groupes profitent de cette instabilité, comme des cellules d’Al-Qaida, ou encore l’État islamique. Les autres pays tels que les États-Unis, la France ou encore la Russie, se montrent diplomatiquement passifs. Toutefois, Trump n’hésite pas à mettre le feu aux poudres en soutenant le camp des Saoudiens, les plus belliqueux…

Le conflit politique au Yémen est complexe. Finalement, il s’agirait d’un conflit essentiellement local, entre élites, auquel se greffent des rivalités entre l’Arabie Saoudite et l’Iran.

Parce que les combats ne cessent pas, le pays est confronté dorénavant à une grave crise humanitaire, devant survivre à travers la pénurie des denrées alimentaires et à une récente épidémie de choléra.

La présence salvatrice des organismes humanitaires

On nous dit que nous sommes en train de vivre la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale. En effet, on compte aujourd’hui plus de 65 millions de déplacés à travers le monde (Haut-Commissariat des Nations unies), soit presque deux fois la population au Canada, qui compte environ 36 millions d’habitants.

Plusieurs organisations humanitaires sont sur place, réalisant un travail salutaire.

On ne se doute pas alors que les organismes humanitaires ont fort à faire aux quatre coins de la planète. Au Yémen, plusieurs organisations sont sur place, réalisant un travail salutaire. La présence de Médecins Sans Frontières (MSF) est indispensable. Depuis une quarantaine d’années, cet organisme indépendant, composé principalement de médecins et d’infirmières volontaires, agit dans les zones les plus dangereuses au monde, comme dans les zones de conflit. Il met en place des systèmes de santé d’urgence pour les personnes en situation de détresse.

Près de 1600 employés se trouvent actuellement au Yémen. L’accès aux soins est difficile, car de nombreuses structures hospitalières ne fonctionnent plus. Entre mars 2015 et juin 2017, MSF a reçu près de 552 000 patients dans ses services d’urgence et a pris en charge plus de 64 000 blessés de guerre (MSF, septembre 2017). L’organisme humanitaire lutte également contre l’épidémie de choléra: depuis juin dernier, 570 000 cas de choléra ont été déclarés. Cette maladie, pourtant facile à traiter, se développe facilement et peut provoquer la mort. MSF a traité plus de 91 600 patients (MSF, septembre 2017).

Cependant, les organismes humanitaires risquent d’agir encore longtemps au Yémen si la situation politique du pays ne s’améliore pas.

La question que l’on se pose aujourd’hui, c’est quand ces pays, comme la Syrie, l’Irak, le Yémen, ou encore le Soudan du Sud pourront enfin goûter à la paix? Car aujourd’hui, malheureusement, dans nos esprits, quand on pense à ces pays, on a tendance à les relier presque systématiquement à la guerre.

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