Un œil sur l’actualité internationale: La faute à la laideur

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La pangolin. Photo: Wildlife Alliance
Le pangolin. Photo: Wildlife Alliance

Il était une fois un animal méconnu du grand public, à l’existence discrète. Malheureusement, ce mammifère recouvert d’écailles est une poule aux œufs d’or pour les braconniers. Cette petite bête de 20 kilos se prénomme le pangolin. Le quoi? Oui, vous avez bien lu, le pangolin. Cet animal, vivant en Afrique équatoriale et en Asie du Sud-Est, figure parmi les espèces les plus menacées au monde.

En ce début de mois d’automne, une série d’articles sur cet animal a attiré mon attention: sans la photo accompagnant l’article, je n’aurais jamais deviné qui se cachait derrière ce doux nom de pangolin. Pour ceux qui ne voient toujours pas de quel animal il s’agit, une courte description s’impose. Ce mammifère nocturne se nourrit principalement de termites et de fourmis, qu’il repère grâce à son odorat particulièrement développé. Le pangolin éventre ainsi les fourmilières et termitières avec ses pattes, et les capture grâce à sa langue.

Ce petit fourmilier mène une vie de solitaire, ce qui le rend ainsi plus vulnérable pour les contrebandiers. Son existence aurait pu passer inaperçue, si seulement l’animal ne représentait pas un intérêt financier énorme pour les braconniers et autres trafiquants. En effet, près d’un million de pangolins ont été vendus illégalement au cours de la dernière décennie. Sa chair, véritable mets aux tables des restaurants chinois et vietnamiens, se vend autour de 2500 $CA la pièce. Braconnage et massacre ne forment qu’un.

Ennemi numéro un: l’Homme

Il existe huit sous-espèces de pangolins à travers le monde, et elles sont toutes en danger, ou même menacées d’extinction (source: Fonds mondial pour la nature, soit la WWF). Le pangolin est devenu l’une des cibles de choix des braconniers, tant pour sa chair que pour ses écailles. L’animal, victime du plus grand trafic planétaire, est apprécié pour ses écailles en kératine. Il s’agit de la même matière que la corne de rhinocéros. Cette dernière aurait de nombreuses vertus dans la médecine chinoise: aphrodisiaque, remède contre les maladies du foie ou de peau, ou encore, contre les douleurs menstruelles.

Cependant, ces bienfaits ne sont pas scientifiquement prouvés. D’ailleurs, en Chine, l’utilisation d’écailles de pangolin est toujours autorisée dans certains hôpitaux, ainsi que pour la fabrication de médicaments brevetés. Dans certains pays africains, les écailles font également objet de superstitions: elles sont réputées, par exemple, pour porter chance. C’est pourquoi l’important commerce que représente l’animal semble difficile à ralentir.

Un avenir plus ensoleillé?

Fort heureusement pour lui, la situation du pangolin semble s’être éclairée au début du mois d’octobre. Le mammifère a été au centre de la réunion de la Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (CITES). Elle s’est tenue du 24 septembre au 5 octobre, à Johannesburg (Afrique du Sud). Avant, le pangolin figurait à l’annexe II de la CITES, son commerce était alors légal, mais réglementé. À l’issue du vote, les huit sous-espèces de l’animal ont été inscrites à l’annexe I de la Convention, interdisant le commerce des espèces menacées.

Le sort d’autres espèces animales était débattu lors de ce rassemblement, comme celui des éléphants d’Afrique, des requins, des perroquets gris, mais ce sont les pangolins qui ont recueilli un large consensus au sein de la communauté. D’ailleurs, les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des animaux se sont montrées satisfaites du bilan de la lutte contre le trafic des espèces en danger.

Appel à plus de succès

On ne peut que se réjouir de cette publicité, qui a permis de révéler au monde le sort tragique de ces mammifères à écailles. Cette décision nous montre qu’il faut apprendre à limiter la destruction de l’environnement et penser autrement que commerce et bénéfice. Cependant, cette décision a pris du temps, puisque le pangolin est aujourd’hui en voie d’extinction. Il est absolument nécessaire de mettre en place ces nouvelles lois au plus vite et de sauver le pangolin dans son environnement naturel, car, autre fait majeur, l’animal ne supporte pas la vie en captivité.

Le pangolin est presque lui-même victime de son physique écailleux, une figure bien peu sexy à afficher pour les associations telles que WWF.

À côté du sort très médiatique des éléphants et autres rhinocéros, le pangolin reste malheureusement méconnu, voire inconnu du grand public. Pourtant, bien qu’il soit moins visible, le mammifère reste plus menacé que les autres. À titre de comparaison, les braconniers attrapent plus de pangolins que de rhinocéros, d’éléphants et de tigres réunis (source: Fonds international pour le bien-être animal, IFAW).

Le pangolin mérite davantage d’intérêt médiatique. On oublierait même que cet animal a inspiré, en 1995, le Pokémon Sabelette, évoluant dans le même environnement et utilisant une stratégie identique pour se protéger. Lorsque le pangolin sent le danger s’approcher, il se roule sur lui-même. C’est ce que fait le personnage pour repousser les attaques.

Le pangolin est presque lui-même victime de son physique écailleux, une figure bien peu sexy à afficher pour les associations telles que WWF. En effet, on imagine moins bien une peluche en forme de pangolin que celle d’un adorable panda. Ce physique atypique, attirant moins l’attention du public et celle des associations, entraîne un intérêt limité auprès des autorités, au péril, comme on l’a vu, de l’espèce.

Morale de l’histoire: ce n’est pas parce que ce n’est pas utile, pas beau, ou pas sexy qu’il ne faut pas porter d’attention. Et puis, si vous avez le temps de jeter un coup d’œil sur Internet, le pangolin n’est finalement pas un animal aussi laid qu’on le prétend.

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