Un œil sur l’actualité internationale: Vous avez dit, sexe faible?

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Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

«Les femmes doivent être moins bien payées que les hommes parce qu’elles sont moins intelligentes». Cette déclaration a été prononcée exactement une semaine avant la Journée internationale des femmes (JIDF), qui a eu lieu le 8 mars dernier. Formulée par Janusz Korwin-Mikke, eurodéputé polonais, lors d’un débat sur les inégalités salariales entre hommes et femmes, cette phrase misogyne rappelle que la reconnaissance des droits des femmes est loin d’être acquise.

Chaque année, la JIDF est une occasion de faire un bilan sur la situation féminine dans le monde. Différentes associations et groupes militants organisent des manifestations et des évènements pour fêter les derniers progrès réalisés en matière de droit des femmes, ou réclamer de nouvelles mesures pour améliorer leur condition.

Malheureusement, cette journée est victime d’un glissement sémantique et devient la «journée de la femme». Ainsi, commerçants et autres restaurateurs en profitent pour offrir aux femmes des rabais en tout genre. Cela détourne le but premier de cette célébration, qui risque de devenir une journée marketing.

La JIDF n’est pas celle où l’on offre des fleurs, il ne s’agit donc pas d’une deuxième Saint-Valentin. Pourtant, d’après le journal russe Gazeta.ru, les ventes de lunettes et montres connectées ont explosé pendant cette période. De plus, un sondage, cité par le journal, rapporte que 65% des hommes s’apprêtaient à offrir des fleurs aux femmes pour l’occasion. Une tradition consumériste donc, bien loin de l’héritage soviétique qui prônait une certaine égalité entre hommes et femmes.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) le rappelle: il ne s’agit pas d’une «Journée de la femme», mais bien d’une journée internationale consacrée à la lutte pour les droits des femmes. Officiellement instaurée par l’organisation le 8 mars 1977, elle fête cette année son quarantième anniversaire.

«Les femmes doivent être moins bien payées que les hommes parce qu’elles sont moins intelligentes.» ―Janusz Korwin-Mikke, eurodéputé

Néanmoins, elle pourrait bien marquer son centenaire, puisque son origine remonte à quelques décennies plus tôt. En août 1910, Clara Zetkin, révolutionnaire et féministe allemande, réclame l’instauration de cette journée et revendique le droit de vote des femmes. Ainsi, la première journée internationale des femmes a eu lieu le 19 mars 1911.

À la traîne

Les situations des femmes dans certains pays du Sud sont déplorables, en raison de l’inexistence de leurs droits. Aux Philippines, le divorce est interdit, et il représente un désavantage dans certains pays africains, au Pakistan, ou encore aux Émirats Arabes Unis. Parfois, les femmes n’existent du point de vue juridique qu’à travers leur tuteur masculin et ne jouissent d’aucune indépendance. En Bolivie, par exemple, les femmes ont besoin de leur autorisation pour travailler.

Malgré de nettes disparités entre les pays du Nord et du Sud, il serait bien hypocrite de pointer du doigt uniquement les pays en voie de développement. On trouve aussi des mauvais élèves dans les pays industrialisés.

En ce qui concerne l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), il faut savoir que 70% des médecins en Italie refusent de la pratiquer. En Irlande, la pratique reste illégale, sauf en cas de danger mortel pour la mère, contrairement à certains pays d’Afrique qui l’autorisent (la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et le Mozambique).

Assister aujourd’hui aux régressions en matière de droit des femmes semble être le pire. C’est ce qu’a fait la Russie, fin janvier 2017, en dépénalisant sur les violences domestiques. Elles ne seront plus sanctionnées par de l’emprisonnement (deux ans maximum), mais par une simple amende. Aussi, un geste n’ayant pas causé de blessure physique grave sera passible d’une amende de 5000 (115 CAD) à 30 000 roubles (690 CAD), voire de travaux obligatoires d’une durée maximale de 120 heures.

Un pas en arrière inquiétant lorsque dans le pays, une femme meurt toutes les 40 minutes à cause des violences commises par leur conjoint.

Sexe faible, vraiment?

On se sent désespéré face au manque de soutien de la part des politiques. Cependant, des femmes, parfois au péril de leur vie, repoussent les limites du carcan patriarcal.

Une des plus célèbres de ces dernières années est sans doute Malala Yousafzai, qui milite pour le droit à l’éducation. Dénonçant dès l’âge de 11 ans les actes des talibans qui détruisent les écoles et imposent la charia, la jeune Pakistanaise remporte le prix Nobel de la paix en 2014.

L’Organisation des Nations Unies (ONU) le rappelle, il ne s’agit pas d’une «Journée de la femme», mais bien d’une journée internationale consacrée à la lutte pour les droits des femmes.

On peut également citer Phoolan Devi, ancienne parlementaire indienne assassinée en 2001, plus connue sous le nom de «la reine des bandits». Sa vie à elle seule illustre les violences que peuvent subir nombre de femmes indiennes. Née au sein d’une basse caste, mariée de force à 11 ans, elle subit le viol conjugal par un mari qui a le triple de son âge, s’enfuit et se fait enrôler par un groupe de voleurs. Elle épouse leur leader, puis est violée après l’assassinat de ce dernier. Inculpée de meurtres et de pillages, Phoolan Devi passe une décennie en prison, pour devenir, deux ans plus tard, membre du parlement.

D’autres femmes combattent la répression de leurs libertés par des actes résistants. En Iran, le guide suprême de la Révolution, Ali Khamenei, a publié le 10 septembre 2016 une fatwa, un décret religieux interdisant aux femmes d’utiliser des vélos. Selon l’ayatollah, cette pratique «expose la société à la corruption» et «contrevient à la chasteté des femmes».

Pour contrer cette déclaration, de nombreuses Iraniennes se sont prises en photo sur leurs bicyclettes, souriantes. Masih Alinejad, fondatrice de l’association féministe militante My Stealthy Freedom, rassemble ces captures pour les poster sur son compte Instagram.

Finalement, la Journée internationale des femmes ne devrait pas seulement être célébrée le 8 mars, mais chaque jour de l’année. Cette lutte quotidienne existera tant que l’égalité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte.

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