Un peu de cinéma: Greener Grass, Deboer et Luebbe (2019)

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un peu de cinéma
Crédit illustration: Sarah Gardner

Présenté pour la première fois lors du Festival du Film de Sundance en 2019, Greener Grass (2019) est le premier long métrage de Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe. Initialement réalisé sous forme de court métrage en 2015 sous le même nom, les deux réalisatrices vont cette fois-ci pousser l’absurde à son sommet. Peu connues dans le monde du cinéma, les réalisatrices DeBoer et Luebbe nous offrent après la réalisation de deux courts-métrages, dont Greener Grass (2015) et The Arrival (2015), une première comédie noire et profondément absurde et déconnectée de la réalité.

Rappelant par moments le cinéma de Wes Anderson en raison de son esthétique, Greener Grass nous plonge dans la vie ordinaire des habitants d’une petite ville de banlieue inconnue. Hors du temps et du monde, puisqu’on n’y retrouve aucun placement de produits. En ce sens, est-ce que le récit se déroule sur notre planète? Nous n’avons pratiquement aucun indice à ce sujet, ne serait-ce que l’allure des personnages et leurs agissements peuvent nous rappeler les envahisseurs des films Invasion of the Body Snatchers (1956 et 1978). Par ailleurs, le traitement de la banlieue calme, mais à la fois inquiétante et source de malaises nous rappelle l’univers cauchemardesque et chaotique de David Lynch notamment dans Blue Velvet (1986) et Inland Empire (2006).

Greener Grass, un ovni cinématographique

Mon premier contact avec ce film fut par l’entremise de sa bande-annonce qui dès lors semblait très excentrique, le résultat l’est encore davantage! Tout d’abord, Greener Grass raconte l’histoire d’une petite communauté vivant dans une banlieue inconnue où tous les habitants et habitantes, malgré une dentition parfaite, portent sans aucune exception, des broches… Les vêtements sont majoritairement de couleurs pastel bleu ou rose.

On n’y retrouve aucune voiture, seulement des voiturettes de golf, bien qu’évidemment aucune personne n’y joue. En somme, les décors et les costumes sont très intéressants tandis que la musique nous rappelle l’utilisation du synthétiseur au sein de la trame sonore de la télésérie Twin Peaks de David Lynch ou encore les infos publicités des années 1980-1990.

Des péripéties absolument absurdes

Le ton absurde est lancé dès les premières images du film. On y retrouve Jill (Jocelyn Deboer) et Lisa Wetbottom (Dawn Luebbe) qui discutent en regardant leur enfant jouer au soccer. On apprend qu’une professeure de yoga a été assassinée par un employé travaillant comme emballeur à l’épicerie du coin. Après quelques instants, Lisa s’exclame à Jill: «Oh, my gosh, I didn’t even notice. You have a new baby!».

En ce sens, on constate déjà l’ampleur de l’absurde, on se croirait dans une pièce d’Eugène Ionesco. Jill, étant étonnée de l’intérêt que Lisa porte à Madison, décide de lui offrir l’enfant sans en avoir préalablement discuté avec le père. Pendant ce temps, l’autre enfant de Jill, Julian, n’est pas capable de jouer au soccer et feint d’être blessé afin d’être réconforté par sa mère.

Une pente fatale digne d’Ionesco

Par la suite, on assiste à des situations de plus en plus absurdes. Lors d’une fête en l’honneur de l’époux de Jill, Nick (Beck Bennett), les deux couples se trompent de partenaires lorsqu’ils s’embrassent longuement, ou encore lorsque Nick découvre son amour pour le goût de chlore de l’eau de sa piscine, qu’il boit ou qu’il déguste sous forme de «popsicle»…

De plus, lors de la fête de Nick, Julian tombe dans la piscine et se transforme en Golden Retriever, tel un Deus ex machina absurde. À ce moment, Nick trouve enfin en son fils canin le fils qu’il a toujours désiré. De son côté, Lisa est, du jour au lendemain, enceinte d’un ballon de soccer qu’elle accouche en levant son chandail. Oui, oui, un ballon de soccer, évidemment appelé Twilson en l’honneur de Wilson, le ballon de Tom Hanks dans Cast Away (2000).

Pendant ce temps, Jill tombe de plus en plus dans une folie, puisqu’elle perd graduellement tout ce qui lui est cher, son bébé Madison renommé Paige par Lisa, son fils Julian ainsi que son mari. Le comble de l’absurde est lorsqu’elle perd sa maison, car alors qu’elle n’est pas chez elle, Lisa lui rend visite et découvre qu’elle aime cette maison et décide tout simplement d’emménager avec sa famille sans l’avis de la principale intéressée… Jill constate que les enfants jouent au soccer sur un terrain rempli de sépultures rappelant ainsi l’idée des Body Snatchers. Finalement, dans un moment de délire, Jill veut s’enfuir de cet endroit, mais elle réalise rapidement que les habitantEs de la banlieue ne la laisseront pas faire.

Vous aimerez Greener Grass si…

Greener Grass est donc un film très intéressant pour les amateurs et amatrices du genre. Par conséquent, il faut accepter la prémisse et tous les aspects invraisemblables qui l’entourent. L’humour absurde présent dans ce film est très similaire à l’univers des Monty Python ou encore à l’univers humoristique de Jared Hess, Napoleon Dynamite (2004) et Gentlemen Broncos (2009). Disponible sur la plateforme Crave depuis le 2 février 2021, je vous invite fortement à le visionner pour apprécier ou encore détester votre expérience.

Suggestions de la semaine

1- Napoleon Dynamite (2004), Jared Hess

2- Invasion of the Body Snatchers (1978), Philip Kaufman

3- La face cachée de la lune (2003), Robert Lepage

4- The Royal Tenenbaums (2001), Wes Anderson

5- Dogtooth (2009), Yorgos Lanthimos

 

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