Un peu de cinéma : Julie (en 12 chapitres), Joachim Trier (2021)

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Un peu de cinéma
crédit : Sarah Garner

Présenté en première mondiale lors de la 74e édition du Festival de Cannes, Julie (en 12 chapitres) (Verdens Verste Menneske, 2022), est le cinquième long métrage du réalisateur norvégien Joachim Trier. En plus d’avoir fait partie de la sélection officielle lors du festival, l’actrice Renate Reinsve a remporté le prestigieux prix de la meilleure actrice. En plus de sa participation à Cannes, le film s’est mérité deux nominations lors de la prochaine cérémonie des Oscars, le 27 mars prochain, pour les catégories du meilleur scénario ainsi que du meilleur film étranger.

Joachim Trier est reconnu dans le milieu du cinéma pour ses œuvres à la fois mélancoliques et abordant certaines questions existentielles. C’est le cas d’Oslo, 31 août (Oslo, 31. august, 2011), inspiré du roman Le Feu Follet de Pierre Drieu la Rochelle, ainsi que du film Le feu follet (1963) de Louis Malle où il aborde les thématiques du suicide et de l’abus de substance. En outre, Joachim Trier est un réalisateur qui parvient à bien transposer à l’écran les réflexions et les quêtes identitaires de ses personnages. C’est notamment le cas dans Thelma (2017) où il aborde avec intelligence, la quête identitaire et sexuelle d’une jeune femme aux prises avec un père religieux et autoritaire ainsi que dans Louder Than Bombs (2015) où il est question du bouleversement identitaire face au deuil et au suicide d’une mère. Cette fois-ci, Joachim Trier nous offre un récit parsemé de douceur, de contemplation et de mélancolie, afin d’aborder plusieurs thématiques importantes dans la vie d’une jeune femme de 30 ans.

Julie (en 12 chapitres); une réflexion sur la quête identitaire

Jeune étudiante en médecine, Julie peine à trouver le bonheur malgré une apparence de réussite. Lors d’une soirée, elle rencontre Aksel (Anders Danielsen Lie), un bédéiste de renom de 45 ans. Malgré leur différence d’âge et la réussite professionnelle de Aksel et la remise en question existentielle de Julie, les deux vont développer une relation intime qui sera mise à l’épreuve en raison des attentes de chacun. Ressentant un certain inconfort au sein de cette relation, Julie erre dans les rues d’Oslo et se joint à une fête d’inconnus. Elle y rencontre Eivind (Hebert Nordrum) et s’éprend du jeune homme, ce qui vient chambouler l’existence de Julie.

Bien que la version originale du film puisse se traduire par «La pire personne au monde», cette traduction engendre une certaine appréhension en ce qui a trait au protagoniste principal du récit. La complexité du personnage de Julie va bien au-delà du bien et du mal. Le film retrace avec intelligence l’errance émotionnelle d’une jeune femme empreinte de doutes et de remises en question. À de nombreuses reprises, le mal-être de Julie est perceptible lorsqu’elle affirme se sentir la spectatrice de sa propre vie. Le film tend à nous démontrer les conséquences de nos actions quotidiennes et comment celles-ci peuvent avoir des impacts positifs ou négatifs sur les gens qui nous entourent. Julie est le reflet de cette complexité humaine, puisqu’elle n’est ni bonne ni mauvaise, elle est vraie dans tout ce qu’elle a à offrir au monde.

Julie (en 12 chapitres); une réflexion sur le féminisme, l’art et la mort

La présence de nombreuses scènes de discussions et d’introspections nous permet de mieux comprendre la complexité du personnage de Julie. Contrairement à de nombreux films réalisés par des réalisateurs masculins, le regard porté sur l’actrice principale se veut féministe et intelligent. Par conséquent, Julie est un personnage complexe empreinte d’une agentivité malgré le désordre dans sa vie. Il s’agit d’une femme forte dans un monde qui tente de la contrôler. En ce sens, est-ce que le fait d’être considérée comme étant la pire personne au monde est la conséquence de cette marginalisation de certaines femmes dans un monde masculin?

En plus d’aborder la thématique de la quête identitaire, Joachim Trier aborde avec douceur la question de la maladie et de la mort. Une scène en particulier me frappe, puisqu’à l’approche de sa mort, un proche de Julie lui expose ses angoisses et la peine qui le frappe face à sa fatalité. À quoi bon avoir créé des œuvres d’art qui nous survivent si nous ne sommes plus là pour les partager avec les gens qui nous entourent? C’est avec un certain pessimisme que Joachim Trier aborde la mort du matériel au profit du digital. Le monde dans lequel certains d’entre nous ont grandi s’efface peu à peu et le temps où nous étions entourés de matériel s’estompe au profit du numérique. C’est avec non pas nostalgie, mais bien avec fatalité que Joachim Trier aborde notre rapport au passé, puisque très peu sont en mesure de s’émerveiller autant devant une œuvre que lors de notre jeune vingtaine…

En somme, Julie (en 12 chapitres) est un excellent film que je conseille fortement. Il s’agit d’un récit empreint d’une grande humanité et d’authenticité. De plus, je crois que le film mérite amplement sa nomination aux Oscars. https://ouvoir.ca/2021/julie-en-12-chapitres

Suggestions de la semaine:

1- Oslo, 31 august, Joachim Trier (2011) https://ouvoir.ca/2011/oslo-31-aout

2- Drive my Car, Ryusuke Hamaguchi (2021) https://ouvoir.ca/2021/drive-my-car

3- The Farewell, Lulu Wang (2019) https://ouvoir.ca/2019/the-farewell

4- Louder Than Bombs, Joachim Trier (2015) https://ouvoir.ca/2015/plus-fort-que-les-bombes

5- The Handmaiden, Park Chan-wook (2016) https://ouvoir.ca/2016/mademoiselle

 

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