Un peu de cinéma : La Before Trilogy : Richard Linklater

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Un peu de cinémaTout d’abord, je tiens à souhaiter une excellente rentrée universitaire à tous et à toutes les cinéphiles et amateurs de cinéma qui liront mes différentes chroniques au cours de cette session.

Pour ma première chronique, j’ai décidé de vous écrire quelques mots à propos de mes coups de cœur cinéma de la saison estivale. En ce sens, cette chronique sera consacrée non pas à un film, mais bien à la «Before Trilogy» de Richard Linkalter.

Réalisateur de nombreux longs-métrages à succès, dont Dazed and Confused (1993), Waking Life (2001) ainsi que School of Rock (2003), Richard Linklater est connu principalement pour ses prouesses cinématographiques. En 2014, il nous offre Boyhood, dont la réalisation a été effectuée sur une période de 12 ans, et ce, dans le but de filmer l’évolution d’un jeune garçon de 6 ans jusqu’à sa maturité. Les amateurs du réalisateur savent qu’il a l’habitude de nous offrir des œuvres qui se déroulent sur une longue période. C’est notamment le cas de la «Before Trilogy». Œuvre en trois temps et réalisée sur une période de 18 ans, la trilogie est constituée de Before Sunrise (1995), Before Sunset (2004) et Before Midnight(2013).

L’amour au temps du rêve: Before Sunrise (1995)

Librement inspiré d’une histoire de voyage vécue par le réalisateur, Before Sunrise est un film dramatique et romantique. Bien que le scénario demeure très minimaliste, les propos et les monologues présents dans le film ne le sont pas pour autant. Le récit est simple: en juin 1994, Jesse (Ethan Hawke), un jeune homme dont la rupture amoureuse vient bousculer ses croyances amoureuses, rencontre la jeune Céline (Julie Delpy), lors d’un voyage en train en direction de Vienne. À leur arrivée à Vienne, Jesse doit attendre jusqu’au matin pour se rendre à l’aéroport en direction des États-Unis et propose à Céline de l’accompagner dans les rues de Vienne afin de poursuivre leur discussion.

Durant la nuit, les deux vont se livrer à une grande ouverture, parlant de la mort, d’amitié, mais surtout d’amour. Jesse, en apparence cynique, peine à cacher les blessures de son passé tandis que Julie se veut à la recherche d’une conception romantique de l’amour. Cependant, la nuit s’achève et Richard Linklater nous offre une scène magnifique, d’une grande puissance et de tendresse alors que les deux protagonistes, assis sur une banquette d’un petit café viennois, prétendent à l’aide d’un faux appel téléphonique, discuter avec un ami proche. Cette scène permet à Jesse et à Céline de s’ouvrir sur les sentiments qui les habitent l’un envers l’autre et l’angoisse de ne plus se revoir.

Dans une envolée d’un amour idéalisé, les deux acceptent que cet amour ne dure que le temps d’une soirée parfaite, puisqu’elle repart en France et lui aux États-Unis. Lors de leur adieu à la gare, les deux ne peuvent se résigner à ne plus se revoir et décident de se retrouver au même endroit six mois plus tard.Lors de la sortie du film, le spectateur ignore la suite des choses et ne peut qu’être satisfait à l’idée de cette incertitude d’un amour relevant du rêve où tout est parfait.

Le temps et l’idéalisation amoureuse: Before Sunset (2004)

Après l’excellent premier volet de sa trilogie, Richard Linklater nous offre neuf ans plus tard, Before Sunset. C’est avec grand enthousiasme que nous retrouvons les personnages Jesse et Céline. Plusieurs années les séparent de leur première rencontre et nous comprenons rapidement qu’ils ne se sont pas retrouvés comme ils avaient convenu à la gare. Jesse est désormais écrivain et malgré son mariage avec une jeune enseignante de New York, celui-ci est malheureux. Céline quant à elle, fréquente un photographe de guerre et habite à Paris.

Alors que Jesse est en voyage afin de faire la promotion de son livre, librement inspiré de sa rencontre avec Céline, les deux vont se retrouver le temps de quelques heures afin de discuter de leur vie respective. Rapidement, nous comprenons que Jesse avait bel et bien respecté leur entente neuf ans plus tôt tandis que Céline n’avait pas été en mesure de s’y rendre. Encore une fois, Richard Linklater nous offre un récit minimaliste où les deux protagonistes vont durant tout le film, se promener dans les rues de Paris à la recherche du temps perdu. Contrairement à Before Sunrise, où l’amour des personnages relève du rêve, Before Sunset nous offre une vision idéalisée de l’amour.

Jesse a idéalisé cette soirée afin d’écrire un livre qui était en quelque sorte une manière de lui dire qu’il pensait encore à elle malgré tout. Il s’agit d’un amour idéalisé, il est en amour avec l’idée qu’il s’est construit de Céline au cours de ses neuf années d’absence. De son côté, Céline est devenue une activiste environnementaliste et féministe qui par moment écrit des chansons dont l’une parle de son amour pour Jesse. Les thématiques présentes dans ce deuxième volet acquièrent une certaine maturité quant à l’engagement et la parentalité. Mais surtout, il est question des sacrifices nécessaires afin d’atteindre le bonheur et les dangers d’un amour idéalisé.

Alors que le temps passe et que Jesse doit bientôt aller à l’aéroport, les deux protagonistes se rendent chez Céline afin de prendre un ultime café. Jesse demande donc à Céline de lui chanter une seule chanson avant son départ, celle-ci entame donc A Waltz for a Night, chanson inspirée de sa rencontre avec Jesse. Après avoir terminé, elle mentionne à Jesse qu’il va être en retard pour l’aéroport, il sourit et lui dit, je sais…

Il nous faudra donc attendre encore neuf ans avant d’avoir la conclusion de cette histoire d’amour et des conséquences de nos choix amoureux.

Le retour à la réalité: Before Midnight (2013)

En 2013, soit 18 ans après Before Sunrise, Richard Linklater nous offre une magnifique conclusion empreinte de maturité et d’un grand réalisme. Contrairement aux deux volets précédents où les dialogues nous transposaient dans un univers amoureux où s’entrecroisent le rêve et l’idéalisation, Before Midnight nous frappe par un retour à la réalité. Quelque temps avant l’écriture du troisième volet, Richard Linklater apprend que la jeune femme qui avait inspiré le personnage de Céline est décédée des suites d’un accident en 1994 quelques mois avant la sortie de Before Sunrise.

Dès lors, l’on constate que les thématiques abordées par le réalisateur ne sont plus celles des jeunes amoureux en quête de liberté et d’amour, mais bien de responsabilités et de recherche d’identité au sein du couple. Jesse et Céline forment désormais un couple et l’amour idéalisé et passionnel laisse place peu à peu à l’amour réel, celui de l’acceptation de l’autre dans sa totalité. Lors de leurs vacances en Grèce, le fils du précédent mariage de Jesse doit retourner avec sa mère aux États-Unis. Cette séparation engendre une remise en question de Jesse sur sa place dans la vie de son fils alors qu’il vit en Europe avec Céline et leurs deux filles. Le couple devra donc dans l’espoir de ne pas se déchirer, aborder les sujets sensibles liés à la famille, la carrière et les sacrifices nécessaires afin de permettre à leur amour d’évoluer, ensemble?

La «Before Trilogy» est un ensemble de trois films à voir absolument. La principale force de Richard Linklater en tant que réalisateur est de faire évoluer naturellement ces personnages dans le temps, mais aussi l’ensemble des personnes qui visionnent ses films. Dans cette chronique, j’ai décidé d’aborder ces trois films non pas de manière individuelle, mais bien comme un ensemble d’un tout, comme un très long film, puisqu’après avoir terminé Before Sunrise je me suis trouvé dans l’obligation de visionner les deux autres volets dans la même soirée.

Suggestions de la semaine.

1- Trois Couleurs : Blanc (1994) Krzysztof Kieslowski

2- Mauvais Sang (1986) Leos Carax

3- Blue Valentine (2010) Derek Cianfrance

4- Druk (2020) Thomas Vinterberg

5-The Mitchells vs. The Machines (2021) Michael Rianda

6- L’amour l’après-midi (1972) Éric Rohmer

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