Vernissage à la Galerie d’art du Parc: Trois univers opposés cohabitent librement

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L’organisation spatiale des bandes noires et blanches permet de se laisser pénétrer par les mots entendus. Photo: M.-C. Perras
L’organisation spatiale des bandes noires et blanches permet de se laisser pénétrer par les mots entendus. Photo: M.-C. Perras

Pour son exposition à cheval entre l’hiver et le printemps, la Galerie d’art du Parc propose à trois artistes bien distincts d’occuper les trois étages de cette maison historique. Entre pratique installative et composition sonore, les créations éclectiques surprennent, choquent et apaisent. Le vernissage du dimanche 21 février dernier a donné le coup d’envoi à ce triplé qui se poursuit jusqu’au 3 avril 2016.

Ce centre d’art actuel et contemporain remplit sa mission qui est d’exposer des œuvres sous toutes leurs formes. Dans ce parcours, le public contemple des œuvres vidéographiques, des peintures à l’aérosol, des ready-made, des toiles peintes avec de l’encre de chine, des tapisseries, des objets du quotidien transformés ou encore des photographies. Autant de médiums qui permettent de lire autant de visions du monde.

À l’étage supérieur, il est possible de rencontrer le travail dérisoire et parfois même choquant de Carl Bouchard.

Barbara Claus présente Ce qu’il reste…, une installation composée de cartes postales appuyées sur les plinthes au bas des murs, d’un étang de diapositives et de cahiers à croquis. Cette installation rappelle que la mort emporte les souvenirs intérieurs et que ce qu’il reste de l’individu ne sont que les accumulations matérielles amassées tout au long du passage dans le monde des vivants.

La salle d’exposition est assombrie et le spectateur doit retirer ses souliers avant la visite. Ce geste rituel et solennel place le visiteur en position plus participative. En brisant la conventionnelle circulation libre dans les galeries, l’artiste vient d’ores et déjà inclure le regardeur dans son œuvre. D’autant plus que Barbara Claus invite les passants à prendre un élément de son installation et à partir avec. Claus a étudié en arts visuels et détient une maîtrise en études sur la mort.

Ce tapis circulaire donne l’impression d’une mort certaine, d’un homme coincé sous la glace. Photo: M.-C. Perras
Ce tapis circulaire donne l’impression d’une mort certaine, d’un homme coincé sous la glace. Photo: M.-C. Perras

À l’étage supérieur, il est possible de rencontrer le travail dérisoire et parfois même choquant de Carl Bouchard. Un compromis raté et Des collections incomplètes d’exactitudes rassemblent des installations pluridisciplinaires et provoquent l’étonnement, mais aussi un sentiment de répulsion. La visite débute par des panneaux de bois sur lesquels sont peintes à l’aérosol des orchidées indigènes du Québec d’après des pochoirs conçus par l’artiste. Au centre de ces œuvres conventionnelles et douces, un autoportrait vidéographique de 23 minutes vient détonner et étonner. Nu sur une chaise, son sexe est caché par un bocal contenant un poisson. Avec des aiguilles à tricoter, il semble vouloir embrocher le vulnérable poisson.

Dans une autre salle, Carl Bouchard a accroché deux photographies qui se font face. Deux anus en gros plan se regardent en obligeant le spectateur à observer cette partie de l’anatomie, peu encline à se révéler habituellement dans l’espace public. Les responsables de l’exposition soutiennent que l’artiste «s’intéresse à l’art particulièrement pour sa capacité de nous montrer ce que l’on ne veut pas voir, ne pas savoir, ne pas connaître». Suivant cette affirmation, l’artiste réussit assez finement par ces deux clichés.

Autant de médiums qui permettent de lire autant de visions du monde.

Carl Bouchard offre aussi une pièce touchante et profonde. Après plus de deux ans de travail de tissage, il a créé un tapis circulaire représentant un homme coincé sous la glace. Cette image de la mort imminente est captivante et le choix du médium est fort surprenant. L’artiste multidisciplinaire travaille et vit à Chicoutimi où il a également étudié les arts visuels.

Le dernier étage accueille le travail de Guylaine Chevarie-Lessard. Loin des bruits du monde, volet III propose un espace tout en douceur. Le calme après la tempête. Apaisantes et d’une candide tendresse, les œuvres sont produites à partir de gestes spontanés. La conscience du corps est primordiale dans son travail, d’abord réfléchi à partir de la danse. Du geste à la parole, de la parole au geste, Guylaine Chevarie-Lessard effectue une danse entre le corps et sa communication.

Sur un divan, le spectateur s’installe et se laisse pénétrer par les mots et par les bandes verticales suspendues. Sur ces longs tissus, des lignes d’épaisseurs variées se succèdent et donnent une impression de mouvement par l’organisation spatiale. La vibrance de cette installation laisse les mots s’entendre et permet à la voix de vivre loin des bruits du monde. Docteure en arts visuels, Guylaine Chavarie-Lessard travaille et vit à Montréal.

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