
La Sud-coréenne Oh Shin Choi revient exposer à l’Espace 0…3/4 de l’Atelier Silex. Suite à deux mois de résidence, l’artiste du verre continue sa recherche sur la création à partir de l’impact. Jusqu’au 15 février 2015, son travail sur la mémoire est accessible au public. Le travail minutieux de l’artiste est élégant et touchant. Mémoire reconstituée est une rencontre intime avec ce matériau mystérieux qu’est le verre.
Docteure en arts visuels de l’Université de Strasbourg, Oh Shin Choi se démarque par son médium, car le verre en est un hors du commun, mais surtout par son exécution et sa vision du médium. Sa démarche de création s’agglutine autour de la fragmentation et de la reconstruction. Il y a dix, dans cette même salle d’exposition, elle avait brisé du verre et fait éclater des miroirs afin de reconstituer une rosace. Entre ses deux visites à Trois-Rivières, l’artiste a peaufiné sa démarche et offre au public une exposition toute en finesse, d’une délicatesse saisissante.
Le verre est un matériau fort intrigant, car il est d’une fragilité incomparable, mais il résiste aux intempéries. Il est translucide de face, mais d’une épaisseur surprenante et d’une opacité verte. C’est donc un médium tout à propos pour exploiter la lumière. Oh Shin Choi l’a bien compris. Une soixantaine de cadres transparents sont suspendus. En s’approchant, des milliers de portraits sont révélés sur le mur. La lumière qui se dirige vers les cadres crée une ombre. Sur les plaques de verre, l’artiste a imprimé par sérigraphie des portraits miniatures avec de l’encre blanche.
L’artiste offre une exposition toute en finesse, d’une délicatesse saisissante.

«Ici, la matière tient en elle une image que l’on ne voit pas, mais que la lumière nous révèle. Finalement, l’informe a un rapport d’égalité avec la forme et lui seul en permet la représentation, une sorte de métaphore qui donne accès à l’autre côté du miroir. La lumière offre une infinité de connotations symboliques, celle de mettre en valeur la puissance évocatrice de l’ombre. Ainsi toutes deux, l’ombre et la lumière, par leur apparence simultanée, forment l’essence même de l’œuvre», explique Oh Shin Choi.
L’artiste a aussi créé des robes de verre. Les robes d’anges sont faites à partir de l’impact sur le verre. Pour elle, ces robes représentent des êtres sans corps évoquant la légèreté et l’innocence. Encore une fois, la lumière est pleinement exploitée. L’ensemble de l’exposition est magnifique, tant par la part de lumière qui la rehausse que par la délicatesse du geste de l’artiste.
Mémoire reconstituée est une rencontre intime avec ce matériau mystérieux qu’est le verre.
«L’espace visuel que je présente ici s’adresse à la mémoire du regardeur, non pas celle du mémoire d’investigation en vue d’une reconstitution historique, mais plutôt celle d’une mémoire où les sensations personnelles réinventent le passé», confie l’artiste, en parlant de la présente exposition.
L’ensemble de l’exposition est magnifique, tant par la part de lumière qui la rehausse que par la délicatesse du geste de l’artiste.
L’Atelier Silex accueille une artiste d’envergure qui s’impose avec sa technique et son savoir-faire. Mémoire reconstituée est une belle rencontre, une exposition d’une beauté délicate. Par contre, le propos qui se cache dans l’ombre, c’est celui du côté sombre de l’humain. Les milliers de portraits sont ceux de jeunes victimes d’enlèvements devenus anonymes et ceux de jeunes femmes contraintes à l’esclavage sexuel par l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale. La lumière révèle alors l’ombre humaine.




