Visages de la recherche: Louis-Pierre Côté et la philosophie queer

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Louis-Pierre Côté
Le Zone Campus s’est entretenu avec Louis-Pierre Côté, étudiant à la maîtrise et au doctorat en philosophie à l’UQTR. Crédit: Gracieuseté

Louis-Pierre Côté est étudiant à la maîtrise et au doctorat en philosophie à l’UQTR. Originaire de Victoriaville, le jeune homme a complété l’ensemble de son parcours universitaire en trifluvie.

Qu’il s’agisse du baccalauréat, de la maîtrise ou doctorat, Louis-Pierre étudie à l’UQTR depuis maintenant quelques années. C’est seulement à la session d’automne 2020 qu’il débute son doctorat en philosophie, tout en continuant de rédiger son mémoire de maîtrise.

En effet, ayant terminé l’ensemble de sa scolarité à la maîtrise dans la mesure où il a obtenu tous les crédits nécessaires pour passer au troisième cycle, Louis-Pierre partage son temps entre rédaction de mémoire, cours doctoraux et engagements professionnels divers.

Un parcours inspirant

Bien que le jeune homme étudie à l’établissement trifluvien depuis de nombreuses années, ce n’est qu’en 2019 qu’il déménage à Trois-Rivières. Depuis, il a (presque) terminé une maîtrise, a entamé un doctorat et a décroché quatre postes d’assistant de recherche au sein de divers départements de l’UQTR; en plus d’assister la professeure Naima Hamrouni dans le cadre de son cours de philosophies féministes, Louis-Pierre travaille notamment à la Chaire de recherche du Canada en éthique féministe sur la vulnérabilité, les inégalités relationnelles et les injustices structurelles.

« Je me suis souvent fait dire que je n’étudiais pas vraiment en philo parce que je traitais de sujets un peu marginaux. »

La professeure Hamrouni, qui dirige également les recherches de l’étudiant autant à la maîtrise qu’au doctorat, a été assez importante dans le parcours de ce dernier. Comme Louis-Pierre l’explique, sa première rencontre avec sa directrice de recherche a exercé une grande influence sur sa perception du domaine de la philosophie. «Ça a éclaté les horizons», nous dit-il. En effet, après avoir complété un baccalauréat de trois ans où très peu de philosophes femmes, queer et/ou raciséEs lui avaient été présentéEs, Louis-Pierre réalise, en discutant avec la professeure, qu’il est possible de traiter de sujets qui ne sont pas traditionnellement associés à la philosophie, tels que l’existence queer, le féminisme et l’hétérosexisme.

Ses intérêts de recherche

En s’inscrivant au baccalauréat en philosophie, Louis-Pierre cherchait à s’outiller pour mieux comprendre le monde. Toutefois, une fois rendu aux cycles supérieurs, l’étudiant n’a plus l’impression d’avoir sa place dans ce domaine; une sorte de désillusionnement le frappe d’un coup. Il comprend que sa formation au premier cycle, bien que parfaitement pertinente et intéressante, n’a pas vraiment touché aux réalités des minorités et des femmes. C’est ainsi qu’il se met à lire des ouvrages de toutes sortes afin de voir ce qui se fait à ce sujet dans d’autres domaines d’études.

« le sujet de mon mémoire, c’est exactement moi qui essaie de montrer que ces sujets-là peuvent avoir une place à l’université en philo. »

Après ses lectures, Louis-Pierre retrouve son sentiment d’appartenance et trouve un sujet de mémoire qui correspond à ses intérêts; dans son projet de maîtrise, il s’intéresse à la honte et à l’hétérosexisme et cherche à voir comment ces deux concepts jouent un jeu complexe pour reproduire l’hétéronormativité. Ce mémoire, qui allie les théories féministes et queers ainsi que les théories de la justice en philosophie, s’enregistre dans ce que l’on appelle éthique appliquée.

Le doctorat et la responsabilité morale

Ayant débuté son doctorat récemment, l’étudiant aimerait reprendre les concepts de la honte et de l’hétérosexisme et de les combiner à celui de l’interracialité; bien que son mémoire ne soit pas encore déposé, il s’intéresse aux façons dont la honte et l’hétérosexisme affectent le quotidien des couples interraciaux homosexuels. Tous ces concepts, soit ceux qui touchent le racisme ainsi que le queer, ne sont pas encore très communs en philosophie. Pour Louis-Pierre, ces études ont dû se tailler une place par elles-mêmes en philosophie parce qu’elles étaient souvent relayées à d’autres domaines; l’étudiant avoue donc être fier d’avoir la liberté et la chance de pouvoir faire des études queer en philosophie.

« il y a une question de responsabilité morale et éthique attachée au privilège d’étudier aux cycles supérieurs. Il faut se servir de ce bagage-là afin de faire changer les choses. »

Lui-même homosexuel, Louis-Pierre avance que son intérêt pour ces sujets est venu d’un désir personnel de comprendre, mais aussi du sentiment qu’il faut redonner au suivant. «Dans mon baccalauréat, ce que j’ai réalisé à la fin, c’est qu’on n’a jamais parlé de moi, c’est comme si les personnes homosexuelles n’existaient pas en philo et je veux montrer qu’ils peuvent et que c’est des sujets intéressants qui peuvent être traités de manière philosophique», continue-t-il. Pour l’étudiant, s’intéresser à ces sujets, c’est aussi une manière d’offrir aux personnes qui n’ont pas les mots pour parler de ce qu’elles vivent une opportunité de le faire.

Conscient de la place qu’il occupe dans la société, Louis-Pierre souligne que le processus de remise en question qui est inhérent à la vie philosophique est un important facteur de motivation pour lui; d’une certaine façon, il a espoir que ces travaux pourront creuser une voie pour que les études queer et féministes soient démocratisées au sein des institutions universitaires plus rigides. Humble et jovial, les concepts d’unicité et de communauté semblent être au cœur de ses démarches. Il est apparent que sa largesse d’esprit ainsi que sa volonté de contribuer au monde qui l’entoure fassent de lui une perle pour le domaine de la philosophie.

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