Antoine Gélinas-Beaulieu : Quand ton corps n’en peut plus

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Crédit: Sarah Gardner

En 2010, Antoine Gélinas-Beaulieu est un jeune espoir prometteur en patinage de vitesse qui cumule sept médailles et devient vice-champion du monde au combiné aux Mondiaux juniors. Deux ans plus tard, son corps n’en peut plus alors qu’il présente des symptômes d’un surentrainement qui l’écarteront du monde sportif pendant quatre ans. Les problèmes de santé s’accumulent pour lui à ce moment : tendinite au genou, mononucléose, fatigue excessive, dépression, idées suicidaires et perte de confiance en soi.

Le surentrainement chez les athlètes

Le surentrainement se définit comme «une réduction des performances et un état de fatigue chronique persistant sur une période d’un à plusieurs mois malgré une phase de récupération prolongée». D’autres troubles peuvent ensuite découler d’un surentrainement, dont de l’insomnie, une perte de l’appétit, de l’irritabilité et un état dépressif.

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Le patineur de vitesse Antoine Gélinas-Beaulieu. Crédit photo : Twitter/ISU speed skating

Pour les athlètes, il peut être difficile de détecter les signes avant-coureurs d’un surentrainement. Les horaires chargés, le volume d’entrainement et les compétitions (qui nécessitent souvent de longs transports) créent un environnement propice à la fatigue. Cependant, contrairement à une fatigue normale à la suite d’un ou plusieurs entrainements, le surentrainement entraine généralement une baisse de performance et des impacts psychologiques plus importants. Aussi, l’athlète qui est en surentrainement sera incapable de récupérer à la suite de quelques jours de repos. Un arrêt complet des activités est donc nécessaire pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.  

J’ai demandé à Antoine Gélinas-Beaulieu de me parler des facteurs ayant pu contribuer à son surentrainement. Avant de me les énumérer, il se fait un point d’honneur de me rappeler que ces facteurs sont propres à lui et qu’il est possible que d’autres éléments contribuent au surentrainement.

Pour traiter un surentrainement, un arrêt complet des activités est nécessaire et ce, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.  

De l’intimidation comme motivation

Au début de l’adolescence, Antoine subit de l’intimidation provenant de quelques élèves de son école. Certains de ces personnes intimidatrices sont des adversaires en patinage de vitesse et il se retrouve parfois en compétition directe contre eux. Dans son sport, il trouve une source de réconfort et un moyen de démontrer à ses intimidateurs et intimidatrices qu’il est capable de réaliser de grandes choses. Le patinage de vitesse devient son échappatoire et il aime travailler fort lors des entrainements.

Antoine mentionne : «C’est comme si j’ai associé le fait d’en donner plus, tout le temps, à quelque chose qui est 100% bon». L’intimidation est donc devenue pour lui une source de motivation pour réussir et pour donner son 110% à l’entrainement. En parlant de l’intimidation qu’il vivait et de l’effet motivateur que cela avait sur lui, il ajoute : «Tu ne veux pas que ce soit ta source de motivation». En effet, un tel type de motivation est dit extrinsèque et est moins porteur qu’une motivation dite intrinsèque (davantage reliée à un sentiment d’accomplissement, au plaisir et au développement de compétences).

Son entraineur de l’époque va jusqu’à l’intimider en lui disant qu’il n’en donne pas assez et qu’à son âge, il en faisait beaucoup plus que lui.

Une culture malsaine

L’environnement sportif malsain dans lequel il baignait à l’époque est aussi en cause. À ce moment, son entraineur et l’organisation sportive lui mettent beaucoup de pression afin qu’il se concentre uniquement sur le sport, malgré son envie de suivre quelques cours au Cégep. Il sent que ses propres besoins ne sont pas pris en considération. Il a aussi l’impression qu’il ne doit jamais démontrer de signes de faiblesse. Lorsqu’il parle de fatigue ou de ses difficultés, son entraineur croit qu’il ment ou qu’il tente de se sortir d’un entrainement difficile.

Son entraineur de l’époque va jusqu’à l’intimider en lui disant qu’il n’en donne pas assez et qu’à son âge, il en faisait beaucoup plus que lui. Ces commentaires réactivent les schémas de victime d’intimidation d’Antoine et ce dernier veut démontrer à cet entraineur qu’il est capable et qu’il a de la valeur.

Trouble mental

Un autre facteur fort important est la présence d’un trouble cyclothymique non diagnostiqué pendant de nombreuses années chez Antoine. Ce trouble est caractérisé par une «perturbation chronique et fluctuante de l’humeur qui implique de nombreuses périodes de symptômes d’hypomanie et (…) de symptômes de dépression». Cette problématique psychologique se rapproche du trouble bipolaire par ses périodes de «high» et de «down», mais s’en distingue par des cycles plus rapides.

Comme Antoine me le mentionne, il était possible pour lui d’être dépressif pendant 2 jours pour ensuite retrouver un état plus normal. Ce qui a davantage contribué à son surentrainement est définitivement les périodes de manie, plus communément appelé le «high». Dans ces moments, il se sentait pratiquement invincible et pouvait s’entrainer pendant des heures sans ressentir de fatigue.

Pour détecter les signaux d’un surentrainement, il faut être à l’écoute de son corps, mais aussi de son mental.

Prévenir un surentrainement

La principale cause du surentrainement est le volume d’entrainement trop élevé et un manque de temps pour récupérer. Il est important d’avoir des périodes de repos suffisantes et un plus grand nombre de périodes de travail à faible intensité que celles à haute intensité. Pour ce faire, il est essentiel de bien planifier ses périodes d’entrainement et de repos plusieurs semaines à l’avance. L’alimentation est un autre aspect fort important dans la récupération. Pour en savoir plus sur les aliments à privilégier, je vous invite à consulter cet article.

Généralement, le corps vous enverra des signaux de fatigue avant d’entrer en mode surentrainement. Pour les détecter, il faut être à l’écoute de son corps, mais aussi de son mental. Avez-vous plus de courbatures dernièrement? Êtes-vous moins motivé par l’entrainement? Est-ce que vous ne progressez plus depuis un certain temps? Avez-vous plus de la difficulté à gérer vos émotions? Prenez le temps d’évaluer votre état physique et mental quelques fois par semaine et n’hésitez pas à prendre quelques journées de repos lorsque vous en ressentez le besoin.

Quoi faire en cas d’environnement sportif malsain

Comme ça a été le cas avec Antoine, il arrive parfois que l’environnement sportif soit malsain. Si vous êtes aux prises avec un entraineur trop exigeant, intimidateur ou même violent, vous pouvez toujours tenter d’aller en parler dans les hautes sphères de l’organisation. Chaque organisation sportive a le devoir de vous fournir un environnement sportif sain et sécuritaire. Si ces personnes ne semblent pas se soucier de votre bien-être, d’autres ressources existent.

Dans le domaine sportif, l’organisme Sport’aide a comme mission d’accompagner, d’écouter et de fournir des ressources aux athlètes qui subissent de la violence. Vous pouvez aussi visiter le site web du Centre canadien de la santé mentale et du sport (CCSMS), organisme qui appuie la santé mentale et la performance des athlètes. Ils offrent notamment des services spécialisés en santé mentale.

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