Changer la vie (7): Et le bonheur sexuel?

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Aucun sujet ne suscite plus d’intérêt que le sexe: il fascine. Pourquoi le sexe est-il si fascinant? N’est-ce pas, de toutes les réalités, c’est celle qui peut nous apporter le plaisir le plus intense, par conséquent, le plus de «bonnes heures»?

Les gens vivent-ils une sexualité heureuse? Ou malheureuse? La réponse mérite d’être nuancée: entre l’avant-garde, les sexophiles qui en usent et abusent, et l’arrière-garde, pour qui la sexualité est le mal suprême, il y a cette immense majorité de parents (80%) pour qui le simple fait de mentionner le pénis ou la vulve est chose impensable et, par conséquent, tous ces enfants et adolescents qui grandissent avec l’idée que le sexe est quelque chose de tellement honteux qu’il vaut mieux ne point en parler. L’équation honte égale plaisir sexuel est-elle toujours d’actualité? Indubitablement! Comme civilisation, progressons-nous côté sexe? Probablement. Mais n’y a-t-il pas, coexistant, une sexualité enfantine et une sexualité adulte?

Sexualité enfantine

Avons-nous une perception enfantine de la sexualité? Pourquoi la sexualité est-elle habituellement liée au Mal? Sans remonter à Baudelaire qui disait que «la volupté unique et suprême de l’amour git dans la certitude de faire le mal», il peut être utile de parler de l’enquête de Shere Hite de 1976, dans laquelle plus de 95% des femmes ont indiqué qu’elles avaient été élevées dans l’idée que le sexe est mauvais. Bref, il est impossible de parler d’épanouissement sexuel sans parler de bien et de mal, autrement dit de morale. Et, en cette fin de civilisation judéo-chrétienne, quelle est l’origine de notre morale sexuelle?

Sexe et religion. Pourquoi sommes-nous incapables de parler de sexe? Parce que les trois monothéismes (judaïsme, christianisme, islamisme) condamnent la sexualité. Le sexe est présenté comme honteux, sale, l’aspect le plus animal, donc le plus bas, de l’être humain. Il est ce contre quoi il faut lutter pour sauver son âme. Et ne nous y trompons pas: la morale sexuelle catholique n’est pas disparue avec la Révolution tranquille. Elle s’est intériorisée à tel point que j’ai l’impression que la morale laïque, sur ce plan, est aussi stricte que la morale chrétienne, et l’attitude des croyants et des non-croyants est, à peu de chose près, identique.

Sexe, capitalisme et révolution sexuelle. Un deuxième aspect du sexe enfantin nous vient du capitalisme. Dans l’idéologie capitaliste, la sexualité est valorisée quand elle fait vendre, c’est-à-dire quand elle est au service du dieu-dollar. D’où la question: la révolution sexuelle a-t-elle eu lieu? Oui… à 90% dans les médias. Quand sexe rime avec commerce, c’est «cool». Mais s’il a le malheur de rimer avec désir et plaisir, c’est dégoutant. De plus, nous sommes passés du plaisir interdit à la jouissance obligatoire. Si je commence une relation sexuelle avec le stress du plaisir obligatoire, cela ne met-il pas en péril le succès de ladite relation sexuelle, de la même façon que si le plaisir est interdit? Que penser d’une société qui titille notre libido (capitalisme) tout en le condamnant (christianisme): n’y a-t-il pas matière à devenir schizophrène?

Sexualité adulte

Le pouvoir de nommer. Notre premier organe sexuel étant notre cerveau, le premier blocage sexuel sera constitué de mots, d’idées, de tabous. L’Église voulait nous contrôler, en particulier contrôler notre sexualité: comment s’y est-elle prise? Le vocabulaire négatif a joué un rôle de repoussoir: on a qualifié le sexe de «parties honteuses», on a parlé de «putes» d’une façon méprisante, de «se faire baiser», etc. Comment sortir de ce traquenard? Les concepts sont notre principal outil pour comprendre le monde. Si nous voulons nous représenter les organes génitaux ou des activités sexuelles, nous avons besoin de mots pour exprimer cette réalité. Dire «j’ai mal là» n’est pas suffisant! Nous devons nous réapproprier notre pouvoir de nommer. Nommer, c’est faire exister.

Besoin sexuel? Pour savoir ce qui convient à l’être humain, nous devons le connaitre. Comment l’Église conçoit-elle la sexualité? Comme un élan, tout à fait facultatif, devant être utilisé pour la procréation, mais qui, pour le reste, doit être neutralisé, sinon supprimé. L’objectif de procréation étant inaccessible pour les enfants, les femmes ménopausées, les vieux, ces ébats seront indécents, et même répugnants. Pouvons-nous accepter ces idées? Existe-t-il une alternative? Que nous dit la nature à propos du sexe? C’est un besoin. Qu’est-ce qu’un besoin? Ce qui est indispensable à la survie et au bonheur d’une personne. Qu’est-ce qui caractérise un besoin? Le retour périodique. À ce titre, le sexe est un besoin comme la nourriture. De même, pour la nourriture, X heures après avoir mangé, j’aurai besoin de m’alimenter à nouveau si je ne veux pas dépérir. De même que pour le besoin sexuel, je peux m’en passer un certain temps, puis la tension s’accumule. Identifié comme un besoin, il n’est plus possible de nier la nécessité de la sexualité à tous les âges de la vie. Tout être humain, de la naissance à la mort, doit reconnaitre et satisfaire son besoin sexuel. C’est probablement le besoin naturel le plus à prendre en considération pour notre bonheur.

Liberté sexuelle, ou aliénation sexuelle? Selon Willy Pasini, nous sommes dans «une période où la liberté sexuelle est acquise.» Est-ce exact? Ne sommes-nous pas aliénés sexuellement sans le savoir? Faisons des applications dans deux domaines bien concrets: la masturbation (qui représente l’ABC de la vie sexuelle) et les relations hommes/femmes.

A: Masturbation. Quelle est la position de l’Église face à la masturbation? C’est un péché mortel, c’est-à-dire qui mène à la mort spirituelle, quand ce n’est pas physique. Pourquoi? Elle déplait à Dieu. Cette position a-t-elle disparu, ou s’est-elle intériorisée? Que signifient nos clins d’oeil, nos regards fuyants, bref, notre malaise quand nous entendons parler de masturbation? Que nous dit la science à ce sujet? C’est la satisfaction d’un besoin.

B: Les relations hommes/femmes. Quelle est la solution de l’Église aux relations hommes/femmes? Le mariage. Quelles sont ses caractéristiques? Il est indissoluble, monogame et doit se vivre dans la fidélité. Où en sommes-nous, aujourd’hui? La cohabitation est largement acceptée. Quels en sont les traits? Elle est monogame et oblige à la fidélité. Avons-nous progressé? Oui. La cohabitation n’est plus indissoluble et nous divorçons à qui mieux mieux. Les deux autres traits n’ont-ils pas été intériorisés? N’aurions-nous pas avantage à choisir un (une) partenaire de prédilection tout en conservant notre droit à la variété?

Être aliéné consiste à être étranger à son corps, à ses besoins. Être libre signifie être capable de faire des choix en fonction de son bonheur. Lequel est enfantin? Lequel est adulte? Un être humain peut-il se prétendre libre s’il ne possède pas son corps, son sexe? C’est à chacun, chacune, de se dire: «C’est ma vie et j’en fais ce que je veux!» Nous en sommes personnellement responsables. Faisons nos choix, et assumons.

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