Chronique d’un lunatique: Ajuster l’aiguille de sa table tournante

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Combien de temps doit-on parvenir à passer avant de se résigner à allumer le chauffage, ça je l’ignore, mais je sais que le compteur tourne toujours. N’est-il pas fort agréable de regarder les feuilles mourir par la fenêtre? N’est-il pas douillet de sortir en t-shirt encore et encore juste pour se convaincre qu’on ne tombe pas dans la grisaille morne et triste d’un automne mourant que je m’amusais à chanter il n’y a pas plus que deux courtes semaines?

Que faire lorsque l’ermitisme s’installe insidieusement au fond de mon corps et de monde esprit? À quoi penser et quoi écouter? Premièrement, je crois qu’il va de soi qu’il n’est pas meilleur moment pour rattraper le temps perdu et relire sur l’interminable campagne électorale qui aura, lorsque vous lirez ces lignes, finalement sonné le glas. Lorsque je pense politique, et il en va de même pour plusieurs d’entre vous je l’espère, je pense également culture et identité. Pour ceux qui m’auront suivi dans mes délires, vous aurez compris que ma dernière chronique traitait d’identité culturelle. Comme la logique s’installe dans bien des suites, il va de soi que j’ai maintenant envie, vu le contexte sociopolitique actuel, de soulever une question qui ne s’éloigne pas trop de cette tangente que je me surprends à emprunter depuis le début de la session: quelle est l’importance de la culture en société?

Ici, je ne souhaite pas m’attarder à la culture francophone telle que je l’entendais dans le numéro précédent. Certes, l’Art qui s’épanouit dans ma langue maternelle pince une corde spécifique en mon for intérieur. Cependant, telles les cordes sympathiques du sitar, il subsiste, derrière cette vibrante spécifique, un univers d’autres cordes qui résonnent en harmonie avec la première.

En effet, la notion de culture en société est universelle. Les changements sociaux influencent la culture, comme la culture influence les changements sociaux. Ce cercle, un des seuls qui parvient à ne pas ce vicier (et encore), continue de se former à peu près indéfiniment et en son sein se tissent des réseaux forts de leur unité autant que des influences desquelles ils puisent presque inconsciemment. Précisément, c’est dans cet univers que se situe la culture québécoise sous toutes ses coutures.

Frôlant la phrase clichée, car il est quelques fois plus facile de s’expliquer de cette manière, j’oserai dire que l’Art se veut la projection de l’âme d’une société donnée. L’analogie se veut peut-être un peu facile. Néanmoins, elle reste, je le crois fermement, assez véridique. Au fond de moi, c’est également lorsque je réfléchis à cette évidence que rapidement, je commence à gouter l’acidité de la bile qui se faufile entre mes dents et que, d’un coup d’ego, je tente de retenir en vain.

Zieutant ces dernières lignes, peut-être es-tu devenu confus, ou dégouté, c’est au choix. Je tenterai donc d’expliquer ce qui m’évoque cette émotion.

Comment ne pas éprouver de cynisme lorsqu’on se claque les débats des chefs en différé pour constater que les seules choses que les chefs de partis parviennent à nous enfoncer dans la gorge sont statistiques, promesses vaines et cassettes désuètes. Sachez, chers politicailleurs, que le temps de la cassette est depuis longtemps révolu. L’industrie du disque et ses consommateurs reviennent aujourd’hui au vinyle certes pour la qualité du son, mais aussi (peut-être surtout), pour l’espèce de qualité organique qu’il transporte, pour l’aura qu’il entoure. J’aurais envie, bien personnellement, de voir un phénomène semblable se produire en politique. J’ai envie de jeter la cassette et de revenir au bon vieux long-jeu, celui qui faisait vibrer une fibre spéciale en chacun de nous.

Je crois fermement que c’est entre autres par la culture que nous parvenons à se comprendre en tant que peuple, mais également à saisir comment pensent ceux qui nous entourent. Évidemment, je n’apprends rien à personne en disant cela et c’est justement là que se situe le problème. Si nous sommes tous d’accord sur ce point, peut-être est-ce ma naïveté qui parle, mais pourquoi donc alors, omettons-nous l’humanité de nos pratiques politiques. Certes, l’esprit humain en est un de structure et de calcul, mais il est aussi créatif, imprévisible et surtout, émotif. D’ailleurs, ce sont probablement les principales raisons pour lesquelles nous créons, pour lesquelles nous consommons l’art sous toutes ses formes. Comme je disais plus haut, la culture s’accorde avec l’âme de la société qui la fait naitre, il est donc étrange d’effacer ce trait profondément humain de notre discours social. Du moins, il est clair que n’être qu’à moitié vrai devant un peuple simplement parce que l’on croit que celui-ci ne veut qu’entendre parler de statistiques et de plans ne peut que provoquer un profond malaise en moi.

Au fond, c’est de savoir que nous sommes et pouvons devenir meilleurs à l’aide de cette culture bafouée au nom d’un idéal social faussement humain qui me lève un peu le cœur. La même vieille cassette tourne depuis trop longtemps, naïvement, je ne peux que me demander «et si on la faisait jouer à l’envers, pour une fois».

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