Chronique d’un lunatique: Des chauves-souris et des côtes arrachées

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Il semble que le froid ralentit en quelques sortes le bon fonctionnement de mon cortex cérébral. Tranquillement, les mots, l’inspiration, se noient dans ma matière grise et oublient de me prodiguer leurs vertus, celles qui, à mesure de cogitation, étirent mes idées jusqu’à remplir ces pages blanches comme la neige qui arrivera bientôt sur le pas de nos portes.

Passer sous la barre du zéro la nuit, c’est quitter la chaleur de la musique d’été, c’est d’accepter à contrecœur que la musique de Kurt Vile ne nous collera au tympan seulement si un feu brûle dans l’âtre. Tomber dans la torpeur, c’est tomber dans la mélancolie et laisser son être plonger à l’intérieur de musiques plus tourmentées, plus troublantes. D’ailleurs, c’est dans cet ordre d’idée que s’inscrivait le premier spectacle du tout nouveau Café Frida. J’y étais. En fait, toute une délégation du Zone Campus y était ainsi que plusieurs autres visages bien connus de la sphère culturelle trifluvienne. Ainsi je ne m’attarderai pas trop longuement sur le jeune groupe de Montréal, dont la réputation commence à faire tourner de plus en plus de têtes, surtout vu le son fort audacieux qu’eux seuls savent nous offrir.

Par contre, sans m’attarder précisément sur Big Brave en soi, je crois que cette récente représentation dans un café qui, s’il avait une personnalité, vous dirait qu’il est tanné de me voir flâner en son antre, est parvenue à poursuivre ma réflexion qui s’installe dans les pages de ce numéro à l’intérieur de mon mot de la rédaction.

Pour ceux qui auront pris le temps de consulter cette autre divagation écrite, vous serez déjà au courant du sujet : les has been. Pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de lire, je vous invite ici, en toute humilité, à en faire la lecture, en espérant qu’il éveillera en vous quelques questionnements et que l’article suscitera la discussion entre vous.

Dans cette chronique, j’aimerais davantage traiter de ce qui s’oppose diamétralement à ce phénomène qu’est celui du has been, fléau qui hante à peu près toutes les sphères sociales de notre merveilleux Québec. Je me lance donc, une fois de plus :

Qu’est-ce qui s’oppose à ce qui est dépassé? Nous pouvons aborder cette question sous plusieurs angles. Le plus logique ici serait probablement d’affirmer que la nouveauté en culture, ce qui a tendance à briser des barrières constitue la meilleure arme contre le hasbinisme. Cependant, cette assertion, aussi simple soit-elle, soulève en moi une nouvelle question : Est-ce nécessaire de choquer, d’une manière ou d’une autre, pour briser des barrières? Ici, je crois que c’est est à vous de choisir votre propre réponse à cette question. Pour ma part je reste pris dans un entre deux. L’histoire musicale nous a prouvé à plusieurs que ce qui forme les légendes des temps modernes est en grande partie la controverse. Je n’ai pas besoin ici de m’étaler trop longtemps pour que vous compreniez que Jim Morisson n’a pas fait l’unanimité à son arrivée sur la scène américaine. Le diabolisme de Black Sabbath était une des fortes parts de controverse qui leur permit de se forger un nom qui fait, encore aujourd’hui l’unanimité. Malgré leur âge, les vétérans du heavy metal restent toujours écouté par un public très jeunes, j’en fais moi-même partie. Dans le même ordre d’idées, j’adore les Beatles qui, malgré la sorte de douceur qu’on leur associe aujourd’hui, ont su briser certaines barrières grâce à leur image en début de carrière. Bien évidemment, tous ces grands du monde la musique avaient cette autre petit je ne sais quoi qui leur a permis de perdurer à travers les âges. On ne peut dissocier l’image de la musique dans ces cas bien précis.

Cher lecteurs, il fut effectivement une époque où arborer une image choquante ne suffisait pas à se tailler un nom dans un monde où, au final, c’était la musique qui prédominait. Certains croiront que cette époque est révolue, je ne suis qu’à moitié d’accord.

Est-ce nécessaire de choquer, d’une manière ou d’une autre, pour briser des barrières?

Cet éclatement, principalement vécu durant les années soixante et soixante-dix s’est également vu au Québec, particulièrement en poésie. Je ne citerai ici que les performances de Claude Péloquin et de Raoûl Duguay lors de la Nuit de la Poésie de 1970 pour vous faire comprendre mon point.

Cependant, comment fait-on, en 2015, lorsque que tout a déjà été fait, lorsque toutes les têtes de chauve-souris ont été dévorées, lorsque toutes les côtes furent arrachées et lorsque toutes les chanteuses pop se sont dénudées?

Pour ce qui est du Québec, certains audacieux parviennent encore à provoquer le malaise dans notre société qui, avouons-nous le, se fait souvent légèrement frileuse. Cela ne leur enlève pour autant pas de mérite. Lorsque je parle de cette audace, je pense par exemple à Philippe Brach avec son dernier vidéoclip pour la chanson Crystel, premier extrait de son plus récent album sorti en septembre dernier. Si vous ne connaissez pas le groupe Anatole, sachez également que leurs performances live se veulent remplie d’une langoureuse énergie qui en fera rougir plus d’un. Il paraitrait même que Klô Pelgag se fera raser la tête en spectacle bientôt (peut-être même est-ce déjà arrivé depuis l’écriture de l’article).

Toutes ces tergiversations pour terminer en vous disant qu’il est certain que le Québec n’est pas ignorant à cette idée que nous devons avoir de se renouveler. Est-ce qu’il faut choquer pour réinventer, les débats sont maintenant ouverts!

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