Chronique d’un lunatique: Retour et réflexions sur un grand de la chanson

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Je n’écris certainement pas mes chroniques en voiture.

Non, parce que c’est dangereux d’écrire en conduisant, surtout sur un ordinateur, quand c’est 800 mots. Par contre, je pense souvent à mes chroniques en voiture. La 40: autoroute par excellence pour se taper de nouveaux albums ou chanter à tue-tête ceux que l’on a déjà trop écoutés. Qu’y avait-il, justement, au menu ce soir-là dans la Civic 93 vers Montréal? Certainement toujours une pile trop grosse de disques par rapport au nombre d’heures de route qu’il reste à faire. Cette fois, je ne me sentais pas très original. J’ai donc ressorti du déjà entendu des étagères à disques. Directions to see a ghost des Black Angels, Amnesiac de Radiohead ou Black Holes and Revelations de Muse (juste au cas où le sommeil me prendrait de surprise. Mon dernier album constitue souvent «chanter à tue-tête dans le char pour rester réveillé»).

Reste que cette fois, ce n’est pas un succès, ainsi je m’arrête à mi-chemin dans un dépanneur mi-commerce, mi-maison privée (première fois que je voyais une cuisine et un salon depuis un présentoir à chips).

Chemin faisant, je finis par arriver en périphérie de Montréal pour, évidemment, me retrouver dans un de leurs ô combien plaisants bouchons de circulation. Plutôt frustrant, parce que ce soir-là m’attend un spectacle de dernière minute au Club Soda dans le cadre de M pour Montréal : Foreign Diplomats, Plants and Animals et Louis-Jean Cormier.

Le même soir, Philippe Brach faisait sa rentrée montréalaise. J’ai malgré tout choisi d’aller voir, à nouveau, Cormier et ses comparses, premièrement parce que Plants and Animals, ça vaut le coup, deuxièmement, parce que j’avais adoré le rendu live du premier album de l’ex-chanteur de Karkwa (minute de silence).

Loin de moi l’idée de simplement faire un critique de spectacle en bonne et due forme. J’aimerais plutôt, comme à mon habitude, soulever les questionnements qui me viennent suite à cet évènement qui, sachez-le, aurait certainement convaincu quelques sceptiques de la pertinence de cet artiste qui en aura perdu plus d’un avec son gentil passage à une grosse émission dont vous aurez deviné le nom.

On sait que le prolifique auteur-compositeur-interprète en a surpris plus d’un lorsqu’il avait accepté, il y a déjà quelque temps, de participer à ce programme télévisuel aux chaises pivotantes. Nous connaissons aussi ses arguments qui, selon lui, justifient l’acte. Condamnable ou non, une chose est sure, c’est que le passage de Cormier à La Voix a fait jaser, et faisait encore jaser ce soir-là, dans un Club Soda pas aussi plein que je l’aurais cru.

Ce sont d’ailleurs ces zones clairsemées dans la foule qui me permirent en premier lieu de me poser quelques questions par rapport au statut de cet artiste somme toute plus connu que la moyenne. Louis-Jean Cormier s’est-il tiré dans le pied en participant à cette émission grand public?

À vous de choisir votre camp. Pour ma part, je crois que cette nouvelle notoriété peut avoir joué sur deux tableaux. Je m’explique: d’un côté, le grand public a pu découvrir la surface d’une sphère de la musique québécoise que les grands diffuseurs tendent à renier quelque peu. Reste qu’il semble se produire un revirement de situation en ce qui a trait à la pop québécoise qui ne peut qu’être bon pour notre industrie, je parle ici des Ariane Moffat, Marie-Pierre Arthur, Dumas et Philippe Brach de ce monde qui gagnent en notoriété tout en produisant de la qualité qu’on ne peut dénier. Peut-être d’ailleurs, peut-on dire que c’est grâce aux participations à La Voix de Moffat, Lapointe et Cormier que se produit maintenant ce phénomène. Peut-être aussi que la simple qualité de leurs créations suffit à les faire passer plus à la radio.

Ce sont d’ailleurs ces zones clairsemées dans la foule qui me permirent en premier lieu de me poser quelques questions par rapport au statut de cet artiste somme toute plus connu que la moyenne.

D’un autre côté, il apparait cependant que cette notoriété a aussi poussé Cormier à changer la vapeur pour son deuxième album solo. Le treizième étage se voulait rassembleur dans sa sonorité, il concordait avec les spectacles massifs de la St-Jean et du Festival d’été. Les Grandes artères, vous aurez pu l’analyser depuis sa sortie il y a quelques mois, se veut plus introspectif, même lorsque les textes se font socialisants. Au fondement, c’est un album pop, mais beaucoup moins accessible que l’autre d’avant. Nous avons donc l’impression, particulièrement lorsqu’on assiste au concert, que l’enfant de chœur de la chanson québécoise a souhaité établir une cassure rapide lorsqu’il a sorti, il y a presque un an, ce deuxième album solo. Cette cassure, elle fonctionne bien en principes, puisqu’il était évident, ce soir-là, au Club Soda, que le public, assez jeune mentionnons-le, n’attendait que les chansons du premier album. Les envolées guitaristico-psychédéliques m’ont certes fait jubiler et ont tout eu pour impressionner, mais elles me laissent croire que cette scission que Cormier semble souhaiter établir entre ce boom de notoriété et le véritable musicien et compositeur qu’il est peut lui avoir fait perdre quelques plumes en chemin.

Aucun Félix à l’ADISQ, une salle qui n’était pas pleine à craquer comparativement à la tournée précédente, il reste néanmoins que la qualité de la musique que cet artiste d’expérience nous offre, particulièrement en concert, possède toujours cette constance qui, malgré tous les feux qu’il aura su s’attirer au cours des deux dernières années, me convaincra toujours de porter une oreille attentive à ce talent unique.

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