Chronique d’une citoyenne du monde: Quand l’art est socio responsable, partie 1

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Pour prier ou célébrer, illuminer ou persévérer, la musique ne connaît pas de race ou religion, ni couleur ou légion. Une réalité oubliée, que Playing for Change a bien su nous remémorer.

Nous sommes un dimanche matin, quelque part après l’heure du déjeuner. L’air est calme, chacun vaque à ses tâches. C’est l’heure d’un disque vinyle, mais pas le moindre, un disque pour une seule chanson, une longue et lassante chanson. Mais qui voudrait écouter une antienne* pendant environ deux heures? Lui, il le veut bien.

C’est la coutume du dimanche chez mon grand-père. Je le vois encore, comme si c’était hier: élégant, diligent, sémillant, et surtout, fier de sa collection de musique classique. Moi, la petite fille de six ans, je ne comprenais pas pourquoi il fallait se mettre sur son trente-et-un pour écouter de la musique ou aider dans les tâches ménagères. Je n’ai jamais osé poser la question.

Avec le temps, j’ai réalisé que ce n’était pas que de la musique pour mon grand-père: c’est un puissant moteur social, une catapulte qui a permis à ces chanteurs à la voix d’or de sortir de la misère. Il s’agissait d’une entremise qui anoblit l’être humain et met en exergue sa sensibilité. Ce qui était pour moi ennui était pour mon grand-père la preuve que la musique peut rendre le monde meilleur.

Une vingtaine d’années plus tard, en parcourant YouTube, je suis tombée sur des vidéos de reprise de chansons, et à ma grande surprise, il ne s’agissait pas d’un groupe de covers, mais d’une multitude d’artistes d’un peu partout dans le monde, tous en parfait accord.

C’était comme si par magie, toute la terre s’était mise à chanter ensemble en même temps. C’était comme si par magie, le monde abolissait la malédiction de Babel. Les langues, les races, les couleurs s’effondraient comme un château de cartes. C’était comme si par magie, le Nord résonnait au Sud, et l’Est fredonnait ce que l’Ouest lui murmurait. Et cette magie s’appelle Playing for Change.

Ma curiosité était plus forte que moi, je voulais en savoir plus sur cet artiste, qui avait su rassembler tant de talents dans une seule chanson. Qui d’entre nous ne s’est pas arrêté au moins une fois devant des chanteurs ou des musiciens dans la rue? Nous avons tous les mêmes réactions, nous sommes émerveillés par le talent de l’artiste, nous donnons quelques pièces, achetons peut-être son album s’il en a, et puis nous continuons notre chemin.

Aussitôt, nous oublions le prodigieux spectacle auquel nous venons d’assister. Nous l’oublions aussi vite qu’une goutte d’eau s’évapore sous un soleil au zénith. Car notre zénith est fort, c’est une course effrénée contre un quotidien éreintant. Mais Mark Johnson, réalisateur et technicien de son cofondateur du projet en question, a pu aller à l’encontre de son zénith. Il n’a pas juste apprécié le talent d’un guitariste dans la rue, mais il l’a amené jusqu’à nos foyers, jusqu’à nos tablettes et téléphones cellulaires.

En 2005, impressionné par la performance d’un guitariste dans une rue de Los Angeles, Johnson a filmé Roger Riddey, qui interprétait alors Stand by Me. Cela lui a inspiré une idée des plus folles, celle de parcourir le monde à la recherche d’artistes qui chanteraient la même chanson, dans le but de superposer le tout et en faire une seule interprétation. Le réalisateur a monté avec son équipe un studio d’enregistrement mobile, et est parti à la chasse aux talents. Espagne, Afrique du Sud, Inde, Népal, Italie, Brésil, et bien d’autres…

Après ce long périple, la version stupéfiante de Stand By Me par Playing for Change a vu le jour. Et c’était réellement une musique inspirant le changement.

C’est comme si par magie, l’Est fredonnait ce que l’Ouest lui murmurait, abolissant ainsi la malédiction de Babel.

Ce qui a commencé comme une rêverie d’un individu s’est transformé en mouvement mondial, qui a changé et qui change la vie de millions de gens. Les succès se suivent, les vidéos de chansons reprises prospèrent, et le changement s’opère. Très rapidement, Playing for Change devient une fondation à but non lucratif, qui œuvre pour la promotion de la musique en tant qu’instrument de paix dans le monde.

Il n’est plus seulement question de faire vibrer la terre sous un même diapason, mais plutôt de contribuer efficacement au développement de la musique dans le monde en général, et dans les pays du tiers monde en particulier. En 2008, la fondation a créé sa première école de musique, la Ntonga Music School, à Gugulethu, en Afrique du Sud. Très vite, deux autres écoles ont également vu le jour en 2010, au Ghana et au Mali. La fondation a également collaboré avec d’autres organisations pour développer des programmes de musique au Népal et au Rwanda.

Lorsqu’on parle de pays en voie de développement, de pays déstabilisés par les conflits ou déchirés par les guerres, la musique n’est plus un divertissement ou un loisir. C’est une fenêtre vers la liberté de l’esprit et la sublimation de la sensibilité.

Comme un médecin qui jadis faisait du porte-à-porte pour soigner les maux du corps, Playing for Change fait du pays à pays pour rasséréner l’âme et panser les blessures du cœur.

Pour en savoir plus sur Playing for Change: playingforchange.com/

*Répétition continuelle et lassante d’un refrain ou de deux chœurs avant et après la récitation d’un psaume.

 

 

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