Cinéma d’aujourd’hui: Tu dors Nicole / Qu’est-ce qu’on fait ici ?

0
915
bandeau-COOPSCO-final_01

Tu dors Nicole

«Un beau rien.»

Il s’agit d’un film singulier que ce Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur (réalisateur de Continental, un film sans fusil et chanteur d’Avec pas d’casque). Entièrement présentée en noir et blanc et dans un rythme très (très) lent, l’œuvre dépayse par sa presque absence d’histoire, par ses personnages éteints et par la lourdeur de son «rien». Le film présente ainsi dans une très (très) longue heure et demie l’été sans but de Nicole Gagnon (Julie-Anne Côté), écoulé entre le travail, les errances et l’insomnie.

L’atonie générale du film, bien qu’exigeante pour le spectateur, s’avère un exercice réussi. En dépouillant les scènes de toute prétention lyrique, Lafleur parvient à obtenir de ses acteurs un degré de naturel assez rare tout en créant, à partir de situations ridiculement banales, des charges émotives de grande qualité. Pour ce qui est du jeu, Côté et Marc-André Grondin réussissent à occuper cet immense vide sans s’écraser ni s’affadir, en profitant du soutien franc que leur offre Francis La Haye (J.-F.), Simon Larouche (Pat) et, dans une moindre mesure, Catherine Saint-Laurent (Véronique).

Le film, bien que volontairement «sans relief», n’est pas pour autant sans contenu. Du moment que le spectateur accepte la convention (certains n’y parviendront pas) qui lui est proposée, l’œuvre se révèle riche par son humour non forcé, ses touches imprévues de surréalisme et, surtout, par la qualité ahurissante de sa direction photo. En employant des panoramas étendus, des plans symétriques et des rotations lentes de caméra, Lafleur parvient à stimuler le regard là où le reste est voulu insipide et plat. Les scènes du mini putt, du champ et de l’appel autour de la piscine s’avèrent, à cet effet, remarquables.

Sans être ni un drame, ni une comédie, Tu dors Nicole trace au final un portrait clair-obscur de ces moments de l’existence où l’absence d’objectifs et de responsabilités ramène à l’absurdité du quotidien et de la vie en général. Alors que ceux qui s’intéressent aux exercices de style y vivront une expérience hautement satisfaisante, les amateurs d’un cinéma plus traditionnel devront pour leur part aborder la chose avec beaucoup d’ouverture d’esprit.

Qu’est-ce qu’on fait ici ?

«Moi j’ai adopté l’hypothèse du raton.»

Si les prises de conscience qu’éveille la perte d’un être cher constituent toujours une bonne prémisse pour une œuvre cinématographique, Qu’est-ce qu’on fait ici ? offre à ce sujet un traitement trop partiel et un regard qui manque de nouveauté. Avec ses 20 premières minutes pourtant très prometteuses et un jeu d’acteur plus qu’appréciable, le film s’embourbe malheureusement dans un rendu de série jeunesse (voire de web série jeunesse) qui vient reléguer l’expérience du deuil bien loin derrière les enjeux convenus du cinéma pour adolescent (obtenir de la reconnaissance dans son travail, renouer avec son ancienne amoureuse, révéler à son meilleur ami qu’on l’aime).

L’erreur ici est que le film ne s’adresse pas véritablement aux adolescents, ni aux jeunes adultes, ni aux personnes en deuil. Sans parvenir à conjuguer intelligemment les deux tons (comédie de jeunesse et drame), le film apparaît au final comme un collage d’«épisodes» où la présence de la mort est forcée, sans toutefois jamais s’insérer dans la trame principale. On a donc droit à deux films en même temps, sans vraiment vouloir suivre ni l’un ni l’autre.

La source principale du problème se situe dans le scénario, qui manque de substance et de continuité. Si certaines scènes sont très belles (quand Maxime range les effets du défunt) ou amusantes (les monologues de Simon avec le gorille du zoo où il travaille), le reste finit rapidement par se répéter pour aboutir au terme d’une longue attente sur une fin tout à fait commune et prévisible. Les conflits se résolvent un peu par hasard, les gens sont désormais «heureux». Le deuil, qui était la proposition initiale du film, est pour sa part oublié.

Il est tout de même intéressant de voir à l’œuvre les acteurs «émergents» que sont Sophie Desmarais (Lily), Maxime Dumontier (Max), Charles-Alexandre Dubé (Simon) et Frédéric Millaire-Zouvi (Yan). Ces derniers se montrent à la hauteur et étonnamment très justes malgré la pauvreté du texte, ce qui laisse entrevoir de belles promesses pour l’avenir. Joëlle Paré (Roxane) éprouve de son côté plus de difficultés à rendre son personnage à l’écran, alors qu’on la sent réfléchir à ce qu’elle fait durant plusieurs scènes.

Si certains passages font rires et que quelques idées se révèlent tout de même intéressantes, Qu’est-ce qu’on fait ici ? est au final une œuvre peu notable qui aurait peut-être mérité une plus longue période de préparation.

Prochainement au Cinéma Le Tapis Rouge:

Victor Young Perez de Jacques Ouaniche (à partir du 3 octobre – drame biographique)

Pride de Matthew Warchus (à partir du 10 octobre – comédie anglaise)

Half of a Yellow Sun de Biyi Bandele (à partir du 10 octobre – drame nigérien/anglais)

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here