Clin d’œil communautaire: A-t-on besoin d’«éducation populaire» en milieu universitaire?

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frédérique gagnon

Dans ce «Clin d’œil communautaire», je me rends sur le terrain de l’intervention sociale communautaire pour en prendre le pouls, en comprendre les actions et les luttes sociales. J’ai le désir d’une part de décrire l’intervention de ces groupes communautaires, et d’autre part, de récolter l’avis de ces divers intervenant.e.s. à propos des grands enjeux sociaux liés à l’éducation dans son sens large.

Qui de mieux placé que Marc Benoît, le coordonnateur du Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie (ROÉPAM), pour discuter avec moi des grands enjeux sociaux liés à l’éducation populaire ?

C’est en juillet dernier que je rencontre pour la première fois M. Benoît lors d’une conférence de presse. Il y fait office de porte-parole des groupes communautaires en défense des droits sociaux. Invité.e.s par les deux ministres élu.e.s de notre région – M. Boulet, ministre du travail, et Mme Lebel, ministre de la Justice -, les représentant.e.s communautaires sont venu.e.s nombreux.ses. C’est que l’annonce est de taille: il s’agit d’un rehaussement du financement des groupes en défense des droits variant de 20% à 25%. «Vous faites la différence pour les personnes en exclusion sociale, marginalisées», dira M. Boulet sous l’œil attentif des caméras. Les organismes en défense des droits pourront donc souffler un peu financièrement pour maintenir leurs actions.

Marc Benoît répond aux questions des journalistes lors de l’annonce du 19 juillet 2019. Crédit photo: F. Gagnon

Revenant sur cet événement, le coordonnateur du ROÉPAM me dira que «c’est important de souligner publiquement les bons coups, de remercier lorsque la reconnaissance est présente. Mais en réalité, comme organisation, nous sommes peu dans la représentation politique. Nous rencontrons nos élu.e.s au besoin, mais la philosophie ici, c’est de rester proche des mouvements sociaux; qu’il s’agisse de ces organismes ou de la population en général. La transformation sociale débute avant tout dans l’esprit de la population, et les politicien.ne.s finissent par entendre, sinon ce sera éventuellement à leurs propres dépens».

Et l’éducation populaire?

«L’éducation populaire est un grand continuum. Nous sommes à la fois des organismes qui travaillons tout près des gens, dans l’intervention concrète qui vise à répondre aux besoins spécifiques du quotidien de la personne, à l’adaptation – comme l’alphabétisation, par exemple. De l’autre côté de ce continuum, nous entrons dans la défense collective des droits pour y insérer la transformation sociale.»

L’approche du ROÉPAM est donc structurelle; elle dénonce les inégalités (différenciation de traitement entre les hommes et les femmes, entre les différences culturelles et économiques) tout en proposant des solutions à ces inégalités. «Nous avons aussi un volet d’actions sur le terrain, comme appuyer l’organisation de la marche pour le climat du 27 septembre dernier, par exemple», indique Marc Benoît. Une autre de leurs actions concrètes a été le développement d’une capsule publicitaire traitant de l’intimidation sur les réseaux sociaux, qui sera publiée sous peu. «Nous la décrivons comme un outil d’éducation populaire moderne, directement sur les réseaux sociaux. Elle traite du savoir-vivre sur les réseaux sociaux, de l’intimidation, de la mal-politesse. C’est ça l’éducation populaire».

marc benoît éducation populaire
Votre chroniqueuse Frédérique Gagnon (à droite) en conversation avec Marc Benoît (à gauche), coordonnateur du ROÉPAM. Crédit photo: M.-R. Ringuette

Et la défense collective des droits?

M. Benoît m’explique que la défense collective des droits ne se base pas sur une moyenne visant à protéger tout le monde, car protéger, «pour nous, c’est plutôt se baser sur le pire des cas». Il me donne l’exemple de la loi pénalisant financièrement les jeunes assisté.e.s sociaux qui ne se présentent pas à leur rencontre d’insertion à l’emploi (leur maigre 600$ par mois se voit réduit à 400$). «En défense des droits, nous prenons le pire des cas: un.e étudiant.e en dépression qui ne peut pas faire son suivi. Dans ce cas précis, ce n’est pas une question de volonté, mais une question de maladie… Pourquoi punir quelqu’un qui est déjà fragilisé.e? Une loi du genre a des conséquences réelles. Même si la loi est passée, nous entendons qu’il.elle.s fassent très attention aux conséquences de l’application de la loi. Notre rôle est donc de prévenir, et ça monte jusqu’à la population et parfois aux institutions.»

L’enjeu de justice climatique est tout près des préoccupations étudiantes…

«Les étudiant.e.s m’en parlent, il.elle.s sont préoccupé.e.s par les changements climatiques qui affecteront éventuellement leur travail, leurs conditions de vie. Ce n’est pas qu’un enjeu déconnecté. L’exemple est global, très large, mais d’actualité. En éducation populaire, nous pouvons emmener les grands concepts de changements climatiques à quelque chose de près de nous, qui aura des impacts pratiques importants. As-tu les connaissances globales pour bien comprendre l’impact des changements climatiques? Sommes-nous prêt.e.s pour cet enjeu de justice sociale?

Connaissance générale ou spécialisée?

«La connaissance générale est tellement sous-estimée qu’on la perçoit souvent comme un loisir ou un passe-temps. Nous vivons dans une société beaucoup plus spécialisée qu’avant, mais le problème, c’est qu’un.e excellent.e. technicien.ne n’a pas toujours conscience des enjeux sociaux globaux; nous sommes tou.te.s à risque. La connaissance générale nous permet de varier nos intérêts, nos horizons, d’être plus globaux. Le fait d’être conscient.e de son environnement, de sa société, peut considérablement améliorer les spécialités en réalité. Selon moi, on ne peut pas être citoyen.ne si on n’a pas les deux.»

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