Critique musicale : …And You Will Know Us By The Trail of Dead et Deftones

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Photo : Courtoisie

…And You Will Know Us By The Trail of Dead – Lost Songs

La formation originaire d’Austin au Texas roule maintenant sa bosse depuis près de vingt ans. Nous ayant habitués à un rock puissant et énergique, les derniers albums de Trail of Dead étaient plus expérimentaux dans la forme, mélangeant des mélodies de piano à des productions plus poussées. Avec leur huitième opus, Lost Songs, on peut facilement avoir l’impression de vivre un voyage dans le temps pour se rendre à l’époque de leur très populaire Source Tags and Codes (2002).

Le quatuor semblait vouloir pousser de plus en plus loin leurs expérimentations à chaque album depuis So Divided (2006). Malheureusement, le résultat était de moins en moins bon alors qu’il s’éloignait de plus en plus de ses origines. Vient ensuite le brillant retour aux sources qu’est Lost Songs, où le son est brutal et peu travaillé.

On retrouve enfin quatre musiciens qui nous jouent du rock bruyant et direct sans l’intervention d’une surproduction en studio. Si la première pièce de l’album, Open Doors, ne vous convainc pas que le groupe est de retour en forme, vous n’avez qu’à écouter les onze autres pièces qui suivent.

Après une brève intro faite de son de guitares, la voix de Conrad Keely nous arrive avec des mélodies dignes du chanteur. Le voyage se poursuit avec l’excellente Up To Infinity qui deviendra assurément un classique des spectacles du groupe. Le côté expérimental fait tout juste surface durant Opera Obscura où les guitares tonitruantes et la batterie étourdissante vont rapidement reprendre le dessus. On retrouve également la voix de Jason Reece sur Catatonic, voix que l’on entend généralement dans les chansons plus décapantes. Tout l’album est un pur délice de rock.

La version deluxe offerte par le groupe est à couper le souffle. Quatre chansons sont ajoutées au premier disque contenant l’album alors qu’un deuxième disque nous offre une autre version dans l’ordre des chansons en insérant deux chansons bonis. Finalement, le livret ne contient pas que quelques pages de paroles, mais bien un court roman de 180 pages écrit et illustré par Keely. Le tout pour une très modique somme chez tous vos bons disquaires. La pochette de l’album est la plus simple que Keely ait produite dans les dernières années, mais probablement la plus efficace.

Bref, rempli de moments qui vont émerveiller les plus loyaux admirateurs du groupe, Lost Songs se mérite un A.

Deftones – Ko Noi Yokan

Sortie très attendue de l’automne, Deftones nous arrive avec son septième album complet intitulé Ko Noi Yokan. Le titre de l’album est la traduction japonaise de «prémonition de l’amour». Après avoir lancé le très brutal Diamond Eyes (2010), le groupe est de retour avec un son plus balancé, mais toujours aussi efficace. Il s’agit du second album lancé depuis le grave accident du bassiste du groupe, Chi Cheng, toujours en rémission à la maison.

L’un des aspects les plus agréables de Deftones est la sonorité presque parfaite qu’il réussit à obtenir en studio, sans pour autant briser la dureté de sa musique. Ce nouvel album ne fait pas exception, où la nuance des mélodies de voix plus pop de Chino Moreno se mélange bien aux partitions de guitares inspirées de groupes extrêmes comme Meshuggah.

Le meilleur exemple de ce mélange est assurément la pièce Poltergeist, où la violence de la guitare est balancée par la mélodie plus accessible, rappelant à certains moments la voix de Zack de la Rocha de Rage Against the Machine. Autre moment très fort de l’album, la pièce Leathers nous rappelle le passé très lourd du groupe.

Cependant, l’album est légèrement plus tranquille avec des moments doux dignes des meilleures ballades. Chacune des écoutes de Entombed me donne des frissons jusqu’à la moelle. La voix de Moreno est tout simplement à couper le souffle. La batterie de Abe Cunningham est toujours très précise et efficace. Elle ne fait pas que soutenir, mais ne prend jamais trop de place.

Le groupe se permet encore quelques ajouts de claviers qui viennent soutenir le tout sans jamais qu’on les remarque beaucoup, contribuant à la richesse du son. Chacune des chansons se recoupe l’une dans l’autre de façon à créer un tout qui s’écoute du début à la fin sans jamais avoir envie d’appuyer sur stop.

On sent encore le groupe affecté par l’accident de Cheng alors que les paroles n’ont rien de très positif, sans tomber dans la lourdeur excessive. Ko Noi Yokan nous rappelle une chose, Deftones sont les maîtres incontestés du métal alternatif. Seul point négatif, il semble y avoir une chanson de trop pour que l’album soit un réel succès. Par contre, je ne saurais choisir la pièce à enlever.

Étrangement, j’ai eu un sentiment d’appartenance envers cet album, comme si je le connaissais depuis très longtemps. Il s’agit également d’une autre preuve vivante que le métal peut être émotif et transmettre des sentiments aux auditeurs. Pour tout ça, Ko Noi Yokan se mérite un bon A-.

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