Éditorial: Droits de scolarité des étudiants internationaux ⎯ Le fardeau de la diplomatie et les portes qui se ferment

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Le déclin démographique, c’est-à-dire le fait qu’il y ait plus de vieux que de jeunes, est une réalité depuis plusieurs décennies en Occident. Heureusement pour nous, le Québec, comme le reste de l’Amérique, reste encore le Nouveau Monde aux yeux de bien des Européens. Un lieu d’opportunités et de nouveaux départs, où il semble plus facile de faire sa place que dans les vieux pays.

D’entrée de jeu, l’auteur de ces lignes ressent un malaise avec l’appellation «étudiants étrangers», préférant utiliser le terme «étudiants internationaux». La raison en est fort simple, c’est que l’adjectif «étranger» possède une forte connotation de «pas d’affaires icitte».

Or, ils ont bel et bien «d’affaires icitte». Tout d’abord, tel qu’exprimé en amorce, ceux qui décident de rester après leurs études contribuent à ramener notre courbe démographique du bon côté. Une fois naturalisés et participant à notre société, il est bien difficile de les considérer comme des étrangers.

Mais, même lorsqu’ils ne séjournent qu’une session ou deux dans la belle province, leur présence est nécessaire. Il n’est pas seulement question ici des Français, mais des étudiants originaires de partout dans le monde: Afrique, Amérique latine, etc.

L’expérience universitaire implique une certaine ouverture à la différence, une confrontation de ses préjugés. Quel meilleur moyen d’y arriver que par le contact avec d’autres cultures? Étudier à l’extérieur reste une possibilité et ceux qui peuvent se le permettre y sont fortement encouragés. Reste qu’il est intéressant d’avoir une pluralité de point de vue dans sa classe.

Quand les finances ferment la porte

Ayant ainsi démontré rapidement l’intérêt pour les Québécoises et Québécois d’accueillir les étudiants originaires d’ailleurs, il est temps de s’intéresser au vrai scandale.

Dans les diverses réformes et compressions budgétaires (eh oui, on va encore fesser sur ce clou-là), il a été annoncé le printemps dernier que les étudiants originaires de l’Hexagone (surnom de la France) se verront retirer leur tarif préférentiel en ce qui a trait aux droits de scolarité universitaires au Québec.

Un accord existait depuis belle lurette (1978, si on se fie à La presse, «Frais de scolarité des Français au Québec: nouvel accord en vue», 29 mai 2014) entre la France et le Québec visant à favoriser la mobilité étudiante entre les deux régions. En vertu de celui-ci, un Français étudiant au Québec débourse le même montant pour ses droits de scolarité qu’un étudiant local et vice-versa.

Dans une optique d’économie de bouts de chandelles, le gouvernement péquiste (repris ensuite par les Libéraux) déclare au printemps que les cousins européens paieront la même facture que les autres étudiants issus du reste du Canada. Grosso modo, cela signifie que leur facture est multipliée par trois.

Un calcul rapide (plus ou moins 12 000 étudiants touchés multiplié par environ 4000$ de hausse) permet de constater que cela dégagerait un maigre 48M$. C’est peu, considérant les conséquences qui en découlent.

Premièrement, cela porte une grande atteinte aux relations diplomatiques. N’oublions pas que la France est en quelque sorte la porte d’entrée des profitables relations du Québec avec l’Europe. Il s’agit d’un pont que l’on ne doit pas brûler à la légère. Et le malaise se fait déjà ressentir chez les diplomates.

«Les étudiants internationaux dont le pays n’a pas d’accord particulier avec le Québec déboursent jusqu’à 15 777$ par année en droits de scolarité au premier cycle.»

Deuxièmement, cela va évidemment restreindre l’accès à notre université pour les étudiants issus de l’Hexagone. Comme on l’a vu plus haut, c’est là une source non négligeable d’une immigration fort profitable pour la société québécoise dans son ensemble. Nous avons intérêt à ne pas la décourager.

S’il semble n’être question que des Français, rappelons d’emblée que de nombreux étudiants maghrébins ont la nationalité française. Sans dire que ce statut est une totale bénédiction (celui-ci étant une sorte de compensation pour certains conflits historiques), il leur permet néanmoins d’étudier au Québec à des frais largement moindres que les autres étudiants, africains par exemple.

Les étudiants internationaux dont le pays n’a pas d’accord particulier avec le Québec déboursent jusqu’à 15 777$ par année en droits de scolarité au premier cycle. De plus, cela ne tient même pas compte des programmes comme les génies, l’administration, la médecine et j’en passe, pour lesquels les universités ont reçu le droit de facturer virtuellement ce qu’elles veulent (voir à ce sujet la page «Le coût des études pour les étudiants étrangers» sur le site web d’Immigration Québec).

Il s’agit là encore d’une vision strictement comptable de l’université. Comme dans les autres pseudo-réformes récentes, on gratte les fonds de tiroirs afin de soi-disant équilibrer le budget. Le tout, sans égard pour les manquements à la mission de l’institution que cela provoque, ni les conséquences dans la société québécoise en général.

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