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Éditorial: L’éducation au temps du choléra

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Éditorial: L’éducation au temps du choléra

«Il n’y a pas un problème pour lequel l’éducation ne soit pas la solution.» Voila une citation qu’a dit un jour, je crois, un grand homme. J’imagine qu’il s’agit d’un homme parce que l’histoire traditionnelle retient malheureusement peu de citations, ou de personnalités féminines. Aussi, peut-être que je me trompe et que personne n’a dit une telle phrase. J’en réclamerai alors la paternité avec fierté. J’adore, de façon générale, réclamer des paternités.

Dans le domaine de la santé, par exemple, il est démontré que le niveau de scolarité a un impact direct sur la qualité de l’alimentation des gens : les gens plus éduqués se nourrissent mieux. Ils font aussi beaucoup plus d’exercice physique et sont plus susceptibles d’agir de façon à prévenir certains comportements à risque. En fait, selon des données de Statistique Canada, de 1991 à 2006, les seules causes de décès qui ont augmenté de manière significative dans les couches les plus scolarisées de la population sont le VIH/SIDA et l’Alzheimer. Je profite donc de cette tribune pour vous dire : «Les jeunes, n’oubliez pas de vous protéger!»

Un autre exemple au secours de ma thèse : la santé de nos institutions démocratiques est étroitement liée à l’éducation de la population. Les penseurs des démocraties modernes ont toujours cru que le pouvoir au peuple ne pouvait venir qu’avec une population éclairée, informée, critique, capable de différencier le vrai du faux, les intérêts individuels du bien commun. L’éducation est donc un bien absolument nécessaire au maintien de nos sociétés.

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Il y a deux semaines, je prenais une Bouillon de la chaudière à la Chasse-Galerie avec Sébastien Guertin. Pour les non-assidus du Zone-Campus, il était celui qui tenait l’éditorial depuis un an. En élaborant une stratégie de putsch digne de House of Cards, j’ai réussi à devenir calife à la place du calife. Me voici donc, l’usurpateur qui occupera la page 5 pour le restant de l’année.

D’ailleurs, enchanté de faire votre connaissance.

Je présentais donc la thèse de mon premier éditorial, celui-ci, à Sébastien. Défendre sa thèse est le deuxième passe-temps favori des étudiants en philosophie que nous sommes. En réponse à cela, il se fit un plaisir de mettre à exécution le premier véritable passe-temps de tout philosophe : réfuter la thèse des autres. Défiant, il me dit que l’éducation ne pouvait pas régler TOUS les problèmes de société. Ce n’est pas l’éducation, soutint-il à titre d’exemple, qui règlerait des problèmes politiques concrets tels que les revendications territoriales en Arctique.

Ah bon?

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Depuis 2001, le Danemark, le Japon, la Norvège, les États-Unis, la Russie et le Canada font part à l’ONU de leurs revendications territoriales en Arctique. À cause de cela, des tensions militaires ont lieu régulièrement, principalement entre le Canada et la Russie. Des avions de chasse russes sont fréquemment pris à transgresser l’espace aérien canadien et nos avions de chasse doivent alors les escorter à la frontière.

Plusieurs raisons amènent ces pays à vouloir étendre leur territoire : l’Arctique est riche en hydrocarbure et la fonte des glaces crée des passages maritimes entre l’Europe et l’Asie susceptibles de devenir plus utilisés que le Canal de Panama.

L’éducation est la solution à tous les problèmes dans nos sociétés.

L’ONU examinera donc les revendications sous plusieurs angles : par exemple, la légitimité des revendications d’un point de vue géologique – à savoir si le sous-sol marin d’un territoire correspond effectivement à la continuité logique du territoire revendicateur. Les recherches scientifiques faites en Arctique sont aussi comptabilisées : la cartographie du territoire, l’étude des glaces, de la géologie, etc. Finalement, l’occupation et la capacité à gérer et à défendre le territoire sont prises en compte. Mais concrètement, les efforts des pays ont principalement un résultat : une militarisation intensive de l’Arctique.

Et si, au lieu de participer à une course à l’armement du territoire, le Canada ouvrait un centre d’étude et de recherche? Il pourrait nommer l’endroit, par exemple, L’Université Canadienne en Arctique Septentrionale (acronyme : LUCAS, pour que je puisse facilement revendiquer la paternité de l’idée). Cela aurait plusieurs conséquences : le Canada se démarquerait des autres pays en asseyant ses revendications sur des prétentions plus nobles. Cela réduirait aussi les envies des autres pays d’envoyer leurs avions de chasse titiller le territoire. Imaginez le scandale à l’échelle internationale: «Un avion de chasse russe survole une université canadienne».

Finalement, cela forcerait les autres pays désirant justifier aussi leurs revendications à ouvrir des institutions semblables, ou plus simplement à collaborer à la fondation du projet initial. Cela détournerait donc une tension militaire coûteuse et inutile vers une course aux connaissances et aux investissements dans la recherche. Un peu comme l’ont fait pendant quelques temps l’URSS et les États-Unis en détournant la guerre froide en course vers la Lune.

Alors, je persiste et signe : l’éducation est la solution à tous les problèmes dans nos sociétés.

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