D’une foulée à l’autre : En quête du joueur de hockey idéal

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Que l’on soit profane ou spécialiste, on connaît tous le lieu commun voulant que le hockey sur glace soit un sport qui se gagne et se perd en équipe. Un club formé d’une ribambelle de joueurs exceptionnels n’ayant toutefois rien en commun sera toujours moins performant qu’un autre composé d’athlètes peut-être un peu moins talentueux, mais dans lequel une chimie opère. Mis simplement : le tout est plus important que la somme des parties.

Au-delà de ces banalités – qui, soit dit en passant, n’en demeurent pas moins véridiques –, cela ne nous dit rien sur les qualités que devrait idéalement posséder un bon joueur de hockey. En effet, qu’est-ce qui fait, au plan individuel, qu’un hockeyeur devient une partie essentielle d’une équipe? Bref, quel est le profil athlétique de celui qui joue à notre sport national et qui y excelle?

D’après Jean-François Brunelle et Mélissa Lesage, responsables du conditionnement physique pour les équipes de niveau universitaire des Patriotes de l’UQTR, le joueur de hockey moderne se doit avant tout d’être un athlète complet. Sans posséder des qualités physiques hors du commun et très pointues, il est bon dans tous les domaines, ce qui lui confère une certaine polyvalence.

«Lorsqu’on sort des sports cycliques comme la course à pied ou la natation, où il y a une corrélation directe entre les capacités physiques et les performances, on se rend compte que les meilleurs athlètes ne sont pas nécessairement ceux qui scorent le plus fort dans les tests physiques», disent-ils. «Ce n’est pas parce qu’un joueur est très aiguisé hors de la glace qu’il sera bon sur la glace. Le hockey, c’est un concours de joueurs et non d’athlètes de fitness.»

Ainsi, il ne faut pas se leurrer : s’il existe bel et bien de nombreuses données disponibles sur les capacités physiques (VO2Max, puissance musculaire, etc.) des joueurs de hockey, sur la façon de les évaluer, ainsi que sur les demandes relatives à leur sport, celles-ci ne valent pas grand-chose si le principal intéressé ne possède pas l’intelligence du jeu.

À ce chapitre, Jean-François Brunelle propose d’ailleurs l’analogie suivante : «À la manière d’un ordinateur, le joueur de hockey est doté d’un hardware et d’un software. Le hardware, c’est ce qui est matériel et qui constitue chez le joueur la vitesse, la puissance et ainsi de suite. C’est le corps humain dans le fond. Le software quant à lui, c’est le logiciel d’exploitation, c’est la manière dont j’utilise la machine humaine pour jouer au hockey. Un bon hockeyeur, c’est donc un athlète qui est capable de mettre en œuvre la réponse motrice optimale au moment opportun.»

Quel est le profil athlétique de celui qui joue à notre sport national et qui y excelle?

«C’est quelqu’un, poursuit-il, qui va mettre en œuvre une large gamme de qualités motrices et psychomotrices d’organisation spatiale, d’organisation du temps, de réception d’information qui, mises ensembles, vont se transformer en réponse adaptée à la situation hockey. Cette capacité-là du software n’est pas, à proprement dit strictement liée à celle du hardware

Ce qui est vrai pour les qualités physiques l’est également pour le gabarit. En effet, il ne faut pas tomber dans le piège et faire une association entre performance et grosseur des joueurs. «Le hockey a beaucoup évolué sur ce point depuis les années 1990. Si à cette époque les recruteurs cherchaient des gars grands, gros et imposants, on assiste aujourd’hui à un retour d’un profil davantage éclaté, hors des normes préétablies», affirme Jean-François Brunelle. «Le fait d’avoir de gros muscles, ça n’a pas rapport. L’agilité, la mobilité et la rapidité sont des qualités bien plus importantes», insiste sur ce point Mélissa Lesage.

Évidemment, toutes ces réalités se reflètent dans la manière d’entraîner les joueurs de hockey, mais également sur l’importance relative de la préparation physique dans l’entraînement. «Au hockey, le fait de prescrire de l’entraînement visant spécifiquement à améliorer une qualité physique ciblée est quelque chose de rare. On s’attarde davantage à créer une forme spécifique au sport, une game shape. Bien entendu, la prescription d’entraînement varie beaucoup selon les moments de la saison. Malgré tout, le message global reste néanmoins le même.»

Et comment se crée cette forme spécifique? «Sûrement pas en courant autour d’un terrain ou d’une piste d’athlétisme, ça, c’est sûr!» s’exclame Mélissa Lesage. «L’idée, c’est de s’interroger sur les éléments transférables du hockey au gymnase, et vice-versa. Il ne faut pas entretenir l’illusion du hockeyeur transformé sur la glace par un travail en gymnase sans rondelles et sans hockey. Il doit toujours y avoir une recontextualisation pour que le transfert s’effectue efficacement», affirme pour sa part Jean-François Brunelle.

«Généralement, on intervient auprès du joueur en lui proposant des mouvements qui sollicitent sa motricité globale, qui lui demandent de travailler avec l’ensemble de son corps et non d’en isoler les composantes.» Tout cela en respectant le plus fidèlement possible les divers paramètres que sont les temps de présence sur la glace, les positions occupées, etc.

Chose certaine, outre le fait qu’il soit particulièrement efficace dans sa propre discipline, le joueur de hockey idéal est indéniablement un athlète accompli qui dispose d’un répertoire profond et diversifié. Bref, c’est un spécialiste généraliste.

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