«Entre les deux pôles»: La syllogomanie — «Trop, c’est comme pas assez»

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Kevin Gaudreault

Qu’est-ce que la syllogomanie? Il s’agit d’un terme rarement utilisé et méconnu du public. Cependant, les manifestations observables de ce trouble sont facilement repérables pour l’entourage.

Selon le DSM V (2013), il est possible de présenter le signe typiquement associé à la syllogomanie comme étant la continuelle difficulté à jeter ou à se séparer d’objets, et cela, peu importe la valeur qui y est réellement associée. D’un côté, il y a un besoin important de conserver des objets, et de l’autre, une souffrance reliée à l’idée de s’en séparer.

La plupart du temps, les individus qui souffrent de cette pathologie accumulent une quantité importante d’objets à leur domicile. Les biens encombrent les lieux et limitent les gens dans leurs déplacements.

Dans les cas sévères de syllogomanie, l’accumulation d’objets est imposante au point qu’il est difficile de placer un pied devant l’autre. Il y a peu de place pour ajouter des meubles, inviter des proches à loger ou faire des activités nécessitant des mouvements. Ce trouble peut causer des dérangements, autant chez la personne qui en souffre que pour l’entourage. Un niveau de désordre important peut aussi être présent.

Dans les cas sévères de syllogomanie, l’accumulation d’objets est imposante, au point qu’il est difficile de placer un pied devant l’autre.

Les individus touchés vivront chacun à leur manière une altération ou des dérangements au sein de leurs activités relationnelles, professionnelles et sociales. Il n’est pas rare qu’ils entrent en conflit avec les personnes qui oseront les interroger, les critiquer ou remettre en question le «bien-fondé» de leurs habitudes à accumuler ces biens. Il arrive également que ceux et celles qui en souffrent y consacrent un temps important. Que ce soit un ami, un enfant, un conjoint ou une conjointe, ou un voisin, les individus souffrant de syllogomanie ne cèdent pas facilement aux tentatives d’autrui pour les inciter à se défaire de leurs objets, ou à y changer quelque chose.

Dans certains cas, le moyen de changer la situation est d’utiliser une stratégie de déplacement majeure et totale des biens. Par exemple, une possibilité peut être de déménager les choses dans un garage tout près de la maison, ou de construire un lieu d’entrepôt pouvant abriter le tout sur le terrain résidentiel. La motivation derrière cette stratégie est de pouvoir permettre un soulagement immédiat.

Il n’est pas recommandé d’utiliser cette stratégie dans tous les cas, car certaines personnes qui en souffrent pourraient vivre un choc provoquant chez elles de l’anxiété ou de la colère contre leurs proches. Elle comporte donc des risques. Cependant, lorsque les conditions semblent sécuritaires et convenables, selon la situation, il s’agit d’une possibilité d’intervention pouvant être aidante.

Il est possible qu’il soit peu envisageable pour une personne souffrant de syllogomanie de se défaire graduellement de ses biens, car ils sont tous précieux pour elle et il est très difficile d’en sélectionner quelques-uns.

Il arrive qu’une personne souffrant de ce trouble puisse avoir un niveau de conscience plus ou moins élevé de son problème. Dans les situations les moins sévères, les individus sont en mesure de reconnaitre que leurs habitudes impliquent des impacts problématiques sur leur vie et sur leurs relations. Alors que les cas les plus graves de syllogomanie peuvent impliquer des idées délirantes chez les personnes qui en souffrent, au point d’être convaincues de leurs positions, peu importe la nature des arguments d’autrui leur démontrant le contraire.

Le syndrome de Noé est l’accumulation d’animaux…

Certaines personnes accumuleront également des biens, même s’ils n’ont aucune importance et qu’il n’y a plus de place pour les mettre. Dans ce cas, il est question d’accumulation excessive. Mentionnons qu’il y existe certains troubles spécifiques reliés à la syllogomanie.

Premièrement, le syndrome de Noé est l’accumulation d’animaux. Les personnes touchées peuvent avoir en leur possession une grande quantité de chats, de chiens ou d’autres animaux, et ne pas nécessairement en prendre soin. Il peut être très difficile pour l’entourage ou pour les services de protection des animaux qui iront dans leur domicile, de faire cesser leurs négligences envers les bêtes. Elles peuvent aussi se défendre fortement et accuser autrui de mauvaises intentions à leur égard, lorsqu’elles sont confrontées face à leurs habitudes.

Finalement, il y a le syndrome de Diogène à deux. Ce type de trouble peut être typiquement représenté par la présence du trouble de syllogomanie chez au moins une des deux personnes au sein d’un couple. Si ce ne sont pas les deux personnes qui sont touchées, il est possible que l’autre partenaire devienne la personne qui en sera fortement affectée.

Les causes de la syllogomanie sont psychologiques, environnementales et génétiques. Les personnes de nature indécise, et ayant des proches de premier degré qui le sont également, sont plus à risque d’être touchées (DSM V, 2013). Par ailleurs, environ 50% des personnes qui en souffrent ont un proche touché par ce trouble de santé mentale.

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