Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: Ensemble, sur le dos de la même tortue… (suite)

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N.B. Cet article est la suite d’une chronique parue sur le même thème en janvier 2016 : http://bit.ly/2forZIF

L’effort de réconciliation du gouvernement fédéral avec les peuples autochtones s’est bien concrétisé, 100 jours après l’élection de Trudeau fils. Afin de mieux saisir toute l’ampleur de l’échec de la loi fédérale sur les «Indiens» – toujours en vigueur – revenons aux faits.

En janvier dernier, une commission parlementaire à Ottawa a commencé à se pencher sur les conditions de vie des femmes autochtones «en lien», précise son mandat fédéral, «avec les agressions sexuelles et la violence conjugale». Rappelons que 1186 filles et femmes autochtones ont disparu en 30 ans (en date de 2014). Lancée le 1er septembre dernier, et présidée par la juge autochtone Marion Buller, cette première phase de l’enquête va se terminer le 31 décembre 2018.

Quoique cette commission soit un très bon signe parmi les nombreux gestes de réparation et de rapprochement à effectuer avec les nations amérindiennes et inuites à l’échelle du Canada, le bilan est bien plus sombre. Il faut s’éloigner d’une histoire enjolivée et travestie.

Une disparition programmée

Cette entreprise de dépossession des Amérindiens de leur culture, leurs droits, leurs lois et leur identité, s’appuyait notamment sur la fameuse «Loi des Indiens» adoptée en 1876. Aussitôt, tous les enfants tombaient sous la tutelle du gouvernement. Ils semblaient ne plus exister dans ce «Nouveau Monde» qui était pourtant leur terre. En agissant ainsi, les gouvernements ont également pris leur avenir! Ils n’avaient plus la permission d’exister.

Pour être accepté, il leur a fallu apprendre de nouvelles lois, une nouvelle histoire – celle des méchants sauvages – dispensée par les religieux, qui possédaient alors le monopole de l’éducation, et le garderont jusqu’à la Révolution tranquille des années 1960. Au retour dans leur communauté, ils n’étaient plus personne. Tout le monde avait honte, autant les enfants que les parents et les grands-parents. «Nous avions désappris à vivre», affirme l’un d’eux dans un documentaire-choc intitulé L’héritage des pensionnats indiens du Québec (2009).

Les pensionnats indiens

Favorisant la réflexion sur les discussions dans les communautés des Premières Nations dans le cadre des activités du Projet de guérison, vérité, réconciliation et commémoration, ce documentaire raconte que près de 13 000 enfants des Premières nations et des Inuits du Québec ont fréquenté plus de dix établissements répartis sur le territoire du Québec.

Produit par la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL), il a reçu une contribution financière du ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada (anciennement des Affaires indiennes et du Nord Canada). Les producteurs espèrent que ce document répondra aux nombreuses questions soulevées par les jeunes de leurs communautés. Ils souhaitent aussi qu’il atteigne le public québécois, afin qu’il soit éclairé sur cette partie de son histoire, qui lui a été trop longtemps cachée. «Pour que soit enfin rétablie la vérité.»

Le bilan de la répression sur six générations est irréversible: perte du patrimoine, et donc de l’identité. Par la suite, les autochtones étaient seulement des «tueurs de missionnaires»! Après le démembrement des familles, les communautés autochtones ont rapidement dérivé dans la boisson, la drogue, la violence, baignant dans la souffrance, le désespoir, l’errance, le dénigrement de leur culture et, par le fait même, la destruction de leur estime de soi.

L’heure de la guérison et de la réconciliation avec les peuples autochtones est à nos portes!

«La guérison commence quand on sait que quelque chose ne marche pas à l’intérieur de soi.» C’est un long processus pour lequel on a besoin des autres, car c’est un traumatisme collectif. Pour eux, il faudra désormais réussir à prendre la vie, mais à partir d’aujourd’hui.

C’est pourquoi il faut commémorer, c’est-à-dire se mettre ensemble pour se rappeler. Non pas dans le but d’être amer, mais bien pour dire qu’à l’avenir, tout sera différent dans toutes nos relations mutuelles. Il faut transmettre cet héritage, pour ne pas oublier cette histoire.

La perte d’identité, de la langue et de la culture est inestimable, tout comme les séquelles psychologiques et physiologiques occasionnées. Ainsi, en les dépossédant de leurs lois, de leurs droits, pratiquement de leur spiritualité, on a au bout du compte négligé leurs valeurs, leurs traditions et leur héritage. En participant à cela par notre silence, nous y avons tous perdu.

Les pensionnats autochtones reconnus au Québec ont existé de 1934 à 1980. Si le premier pensionnat au Canada a ouvert ses portes en Ontario en 1831, le dernier a fermé seulement 165 ans plus tard. À l’échelle du Canada, on parle de 100 000 enfants autochtones pour 139 établissements reconnus par le gouvernement fédéral entre 1880 et 1996. Frappés, violés, humiliés, arrachés à leurs parents (parfois dix mois par an, sinon partis pour toujours), certains en sont même morts.

À ce sujet, le gouvernement Harper s’est d’ailleurs excusé du bout des lèvres, le 11 juin 2008, mais a toujours refusé d’utiliser le terme de «génocide culturel» ou d’«ethnocide».

Or, le 14 avril dernier, la Cour suprême du Canada a rendu un jugement favorable aux Métis et aux Autochtones non-inscrits, privés jusque-là des privilèges de leurs semblables, c’est-à-dire ceux habitant les «réserves», une preuve d’extinction massive…

Puis, en mai dernier, Ottawa appuyait enfin, et sans restriction, la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Elle avait été adoptée en septembre 2007 par l’Assemblée générale de l’ONU, à la majorité de 143 voix contre 4 (États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande).

«Que reste-t-il de nous?»

De nos jours, on compte au Canada environ 58 nations autochtones qui regroupent plus de 1,4 million d’individus (2011), soit 4,3% de la population. De plus, la Loi constitutionnelle de 1982 de Trudeau père stipule que le terme «Autochtones» désigne à la fois les Amérindiens, les Métis et les Inuits. Cependant, l’appellation Premières Nations ne désigne que les Amérindiens.

Au Canada, on recense actuellement 60 langues autochtones, qui sont toutes menacées, sauf l’inuktitut et le cri. Les Amérindiens du Québec font quant à eux de gros efforts pour empêcher la disparition de leur langue. Le diagnostic troublant à propos des piètres conditions de vie des Autochtones du Canada est sidérant, et témoigne de toute l’horreur du portrait actuel.

Par exemple, le nombre d’enfants des Premières Nations pris en charge par la protection de la jeunesse à l’extérieur de leur communauté est trois fois supérieur au nombre d’enfants qui ont fréquenté les pensionnats. Selon Cindy Blackstock, de la First Nations Child and Family Caring Society of Canada (2007), «la cause est la négligence alimentée par de piètres logements, la pauvreté et la toxicomanie, souvent liée aux pensionnats et empirée par le fait que les enfants et jeunes des Premières Nations reçoivent beaucoup moins de services des secteurs gouvernementaux et sociaux que les autres Canadiens.»

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Maintenant, plus que jamais, nous devons travailler ensemble afin de créer un véritable changement pour les générations actuelles et futures des enfants, des jeunes et des familles des Premières Nations. L’heure de la guérison et de la réconciliation est à nos portes!

Il est plus que temps de (re)construire des ponts entre nos diverses communautés – surtout à l’heure où nos élites politiques favorisent un développement éhonté de nos ressources naturelles – pour l’avenir du Québec et même du Canada, ce pays qui n’est plus le nôtre.

À l’image de la tortue, symbole de sagesse et de longévité – notamment dans la culture Amérindienne, où l’animal vieux d’au moins 210 millions d’années tient d’ailleurs un rôle cosmogonique dans la création de notre monde – soyons aussi perspicaces, pragmatiques, courageux. Battons-nous avec acharnement pour éviter que d’autres savoirs se perdent.

En complément, voici une entrevue accordée par l’anthropologue Serge Bouchard. Dans cette entrevue, monsieur Bouchard fait part de ses études dans le nord du Québec et de ses espoirs concernant les peuples autochtones. Voici le lien: http://bit.ly/1PJquSf 

SOURCES:

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2016/08/03/001-enquete-nationale-femmes-autochtones-tuees-disparues-lancement.shtml

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/05/10/002-droits-autochtones-nations-unies-carolyn-bennett.shtml

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