Je me souviens… Au pouvoir, citoyens!: La «famille arc-en-ciel», un espoir pour l’humanité

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Photo: Mathieu Plante
Photo: Mathieu Plante

En août dernier, j’ai eu la chance de participer à mon cinquième Rainbow Gathering, un rassemblement peu commun et très peu connu, bien qu’il s’agisse d’un mouvement international. Voici ma contribution pour démystifier la sagesse derrière l’esprit Rainbow.

Les origines

Né aux États-Unis au milieu des années 1970 afin de manifester contre la guerre du Vietnam et contribuer à la paix mondiale, le mouvement Rainbow (ou famille arc-en-ciel au Québec) a fleuri partout sur le reste de la planète. Le premier rassemblement Rainbow aurait eu lieu au Colorado (1972) et le deuxième au Wyoming (1973). Alors que nos voisins états-uniens ont célébré en 2016 leur 40e rassemblement, c’était le 30e en terre québécoise.

Dans le monde, il existe bien d’autres rassemblements d’envergure semblables, dont un mouvement international qui change de pays chaque année. Au Québec, les rencontres changent aussi de lieu chaque année afin de ne pas altérer les sites naturels choisis par le Cercle de Vision, c’est-à-dire un conseil d’Anciens très impliqués dans le regroupement.

Mouvement complètement intergénérationnel et surtout plurilingue – français, anglais, amérindien, espagnol, sanskrit, indien, arabe, langues inconnues ou inventées et même le rire… – la famille Rainbow se situe en quelque sorte au-delà des nationalités et des patries.

Son principe fondamental est le symbole universel de l’arc-en-ciel, lien parfait entre le ciel et la terre. Ce cercle de couleurs représente aussi l’essentiel: chacun de nous possède sa propre personnalité, donc sa propre couleur, et c’est l’unité de notre diversité d’identités qui doit prévaloir. Cette complémentarité est complexe, mais c’est une harmonie possible. Ce rassemblement est l’occasion de se rapprocher de soi-même, des autres et de la nature.

Cercle de parole du Rainbow-Gathering au Guatemala à la fin 2011. Photo: Benoit Paillé
Cercle de parole du Rainbow-Gathering au Guatemala à la fin 2011. Photo: Benoit Paillé

 

Règles et traditions

Même si certains membres de la communauté croient fermement que la règle no.1 au Rainbow est qu’il n’y en a pas, et que la règle no.2 renvoie à la première, soit qu’on ne peut rendre aucun comportement obligatoire, il faut cependant préciser plusieurs choses.

D’abord, il existe bien des règles non écrites, mais très claires et fidèles à la tradition québécoise : 1-pas de violence ni d’agressivité (encore moins d’armes à feu), 2- pas d’alcool (à cause de mauvaises expériences passées et des déchets), 3- pas de drogues dures, 4- pas de coupe d’arbre vivant, 5- l’assurance de laisser les lieux propres après son départ.

Se considérant tous Sœurs et Frères, les membres croient aussi que les enfants sont le cœur et l’avenir de leur Famille; il faut donc «traiter ceux-ci comme s’ils étaient les vôtres». On considère le respect (à tous les niveaux) comme une valeur suprême : respect de soi et de l’Autre, de la Nature, etc. On l’applique par une communication pacifique exemplaire.

Les décisions sont prises en cercle de paroles, grâce à un bâton qui en fait le tour et donne le pouvoir de parler et d’être écouté. Il n’y a pas de chef, mais plutôt des «focalisateurs».

Les gens ont le droit de se promener nus, à leur guise, et cela permet de déconstruire notre rapport à la nudité, tout en sacralisant notre rapport à la nature. Comment? En désexualisant le corps humain nu, par exemple avec l’allaitement en public de façon décomplexée.

Par contre, il faut absolument casser les préjugés: ce n’est pas qu’un tas de hippies qui se réunissent pour fumer de la drogue. En réalité, ce sont des gens qui passent du temps ensemble dans une optique de respect envers soi-même, envers les autres et envers la Terre. Ces gens sont curieux et très ouverts d’esprit. Ce n’est pas juste une gang de «tout-nus» ni un club de nudiste. Ce sont des êtres humains à l’aise avec leur corps qui ont appris à le désexualiser.

Pleine lune au Rainbow de La Tuque (Cap à l'aigle) au Québec à l'été 2012. Photo: Benoit Paillé
Pleine lune au Rainbow de La Tuque (Cap à l’aigle) au Québec à l’été 2012. Photo: Benoit Paillé

Évoluer avec la communauté arc-en-ciel, c’est pousser au-delà de la simple morale catholique du «pardonnez, partagez» (amour et charité)», quoiqu’assez loin des vœux de pauvreté et de chasteté (ascétisme). En d’autres mots, la spiritualité est ici plus importante que le dogmatisme. L’entraide puis la cohésion sociale supplantent l’égoïsme individuel.

Le Rainbow est une révolution humaniste et humanisante.

Loin de l’ésotérisme et de l’occultisme, il s’agit davantage de chamanisme, de paganisme ou d’anarcho-écologisme! Le rassemblement non sectaire du Rainbow permet aussi d’en finir avec le cynisme, l’amertume, la soumission, la dépossession, l’isolement et le sentiment de solitude. Le but est de créer ensemble cette chose complexe qu’est l’unité des êtres vivants et/ou sensibles. Il faut ainsi apprendre à s’accorder enfin les uns avec les autres.

Un bilan prometteur

Animé de valeurs et de vertus telles que la reconnaissance, l’accueil, la fraternité, l’écoute, la sincérité et le dialogue des cultures religieuses, le mouvement Rainbow-Gathering soutient une authentique réconciliation avec les peuples autochtones d’Amérique du Nord. Preuve de cela, le plus récent bâton de parole a été donné par des Amérindiens vers 2004.

C’est donc dans une ambiance de paix, d’ouverture, d’équilibre, d’espoir et de volonté de guérison que les membres de la communauté se rejoignent chaque année dans la nature brute. Cette expérience est totalement revigorante. En effet, le respect et la dose d’amour reçue par la «famille» permet l’éclosion d’un endroit purgatif qui procure des «soins» à l’estime de soi, tout en répondant par le collectif au sens de la vie humaine: survivre avec les autres, non contre eux, puis vivre en harmonie avec la nature, non en la détruisant.

En rupture totale avec les valeurs considérées comme décadentes véhiculées par les médias de masse dans la société de (sur)consommation, on y qualifie Montréal de «Babylone». Par le biais du Rainbow, les «Guerriers de l’Arc-en-ciel» mettent en perspective leur vision d’une choquante civilisation dite évoluée et développée à l’ère de la déresponsabilisation, de l’égotisme (le culte du moi selon Stendhal) et du narcissisme, de la surmédicamentation à cause de maladies mentales inventées, sans oublier tout le gaspillage découlant du conditionnement à la consommation compulsive.

C’est pourquoi le Rainbow est une révolution humaniste et humanisante. C’est un monde alternatif davantage solidaire, qui porte à la découverte de soi et du monde tel qu’il est.

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