L’Écon’homme : Ford v Ferrari, la course économique

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L’Écon’homme, c’est une dose bimensuelle d’économie, souvent tirée de l’actualité, comme c’est le cas aujourd’hui. Aussi, contrairement à bien souvent dans mes chroniques, j’ai décidé de quitter la macroéconomie, l’étude de l’économie comme un tout. Je me pencherai plutôt sur la microéconomie, étude des acteurs économiques individuels (entreprises, particuliers, gouvernement et monde).

Plus particulièrement, il sera question du Mans 66 (ou Ford v Ferrari), film réalisé par James Mangold, analysé d’un point de vue économique et très loin d’être une revue cinématographique, comprenez-moi bien. Je suis allé voir Le Mans 66 sous recommandation d’un ami, le chargé de cours de l’UQTR M. Jocelyn Benoit. J’ai été grandement surpris de ce film, fort empreint d’économie, de stratégie d’entreprise et de course automobile. Aujourd’hui, on en fait le point! Alors attachez votre ceinture, car on va rouler rapidement et des spoilers peuvent se retrouver en cours de route, vous êtes avertis!

Bande-annonce du film Ford v Ferrari.

Ford versus Ferrari

La bataille qu’ont menée Ford et Ferrari en 1966, sur la piste du Mans, piste de 24h et grand défi ultime de la course automobile, représente la bataille de deux idéologies. Dans le coin droit, Ford et son taylorisme, approche scientifique selon laquelle la division et l’étude des tâches est préconisé, tandis que dans le coin gauche, Ferrari et sa méthode plus artisanale et empli de passion pour chacune de ses voitures. Deux approches qui soit dit en passant se valent, à des volumes bien distincts! L’artisanat de Ferrari ne permettait pas de volume (en nombre de voitures produites) comme le faisait Ford à l’époque. Or, la production de Ford est au ralenti, la demande pour ses véhicules ralentissant. C’est alors que Ford décide de se lancer dans la course automobile.

Pourquoi? Eh bien, Ford est surtout dans le marché de la voiture accessible et de tous les jours, toutefois, les marges de bénéfices sont bien plus grandes dans le marché des automobiles sports. Or, Ferrari est en tête de file dans le domaine à l’époque, pour ne pas dire en situation de monopole, notamment par ses courses gagnées. Les victoires de Ferrari créent une valeur ajoutée à ses véhicules : un sentiment de fierté à ses acheteurs. Les propriétaires de Ferrari s’associent à ses victoires, mine de rien! Ainsi, Ford décide d’entrer dans ce marché et de faire comme les grands, courir! Pour y arriver, il faudra innover, comme on le verra bientôt.

Une compétition entre géants

Un autre détail intéressant que nous montre le film est la création de la mythique Ford GT40 MkII. Dès cette apparition, on voit comment une nouvelle technologie peut faire trembler un secteur d’activité, détruisant la pertinence de toutes les technologies des compétiteurs : une création-destructrice. Le Mans, propriété de Ferrari depuis un moment, se verra ravir par Ford qui se permettra une belle performance! Il s’agit bien ici de la culture d’entreprise à l’œuvre : Ferrari, assise sur sa réussite, tandis que Ford use de ses capitaux illimités et d’une expertise externe pour performer.

On voit souvent ce genre de comportement : des grandes entreprises créant des « PME internes » pour régler un projet particulier. On peut notamment nommer en exemple Fizz et Hélix qui sont deux start-ups appartenant à Vidéotron et visant deux projets précis, soit conquérir le marché sans service et abordable de téléphonie cellulaire dans le cas de Fizz, ainsi que rivaliser à Netflix dans le cas de Hélix. Ces deux start-ups sont particulièrement efficaces : elles ont la flexibilité de petites entreprises, permettant une innovation accrue, mais les moyens financiers des grandes firmes, étant financé largement par Vidéotron.

Le Mans 66 s’agit plutôt d’un film qui parle d’économie managériale et d’organisation industrielle

Il est intéressant de voir comment cette méthode est efficace (car le film est inspiré d’une histoire vraie). Dans ce film, on voit énormément de variables de l’entreprise : marketing, développement de produit, stratégie, relations aux concurrents, environnement économique… La baisse de vente de Ford, au virage de la seconde moitié du 20e siècle, est principalement lié à un changement des gouts des consommateurs : on veut des voitures personnalisées et un choix de consommation. À bas, la mentalité de Ford de standardisation, rappelons tout de même le premier modèle : la Ford T qui n’était disponible qu’en un modèle et noir, tout l’inverse de Ferrari.

Face à cette baisse, le département Marketing interprété par Josh Lucas dans le rôle de Leo Beebe propose la course automobile comme alternative. Toutefois, ce n’était pas la seule alternative, car une fusion-acquisition avec Ferrari avait d’abord été envisagée! Par ces passages, on voit la stratégie d’entreprise et la mécanique profonde des deux organisations, ce qui constitue la principale richesse du film.

Plus qu’un film «de char»

En bref, ce que certains appelleraient un film « de char » est bien incarné par Le Mans 66, mais dans mon cas, je trouve qu’il s’agit plutôt d’un film qui parle d’économie managériale et d’organisation industrielle (deux branches de la microéconomie). L’économie est dans notre vie de tous les jours, vraiment! Cette fois-ci, c’était un film, mais il ne s’agit que d’un exemple comme quoi l’économie est réellement partout. En fait, l’économie, c’est la science qui étudie les choix en contexte de rareté, ce qui laisse un large pan d’action à la profession. On se revoit à la prochaine chronique, pour une dose bimensuelle d’économie!

-L’Écon’homme

Sources:

MANGOLD, James (réalisateur). Le Mans 66 [Cinéma]. 2019, 152 minutes.

D.W. CALTON et PERLOFF J.M. (2008). Économie Industrielle, Édition De Boeck.

David BESANKO, DRANOVE David et Mark STANLEY.(2011). Principes économiques de stratégie, Édition De Boeck.

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