La climato-réaliste: «Je veux acheter TOUT ce qui est écolo»

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Magali Boisvert. Photo: David Ferron.

Je dois faire une confession. Bien que je sois les deux pieds dans le mode de vie écologique et que je cherche toujours à produire moins de déchets, une vieille habitude persiste. Elle s’empare de moi lors de journées grises, elle va et vient dans mon esprit comme une dépendance. Je dois vous avouer, cher.ère.s lecteurs et lectrices, que je suis, après tout ce temps et malgré mes efforts, encore une magasineuse. Une consommatrice. Une lècheuse de vitrines aguerrie.

Certes, je lèche les vitrines plus souvent que j’achète, mais je ne peux tout simplement pas me défaire de cette dépendance à la consommation; elle a tout simplement changé de forme. Auparavant, j’achetais des morceaux de vêtements au Stitches parce que ce n’était pas cher. Maintenant, je sais que ces magasins «fast fashion» exploitent leurs travailleurs et polluent à peu près tout ce qu’ils touchent — le marché du «fast fashion» est le deuxième marché le plus polluant de la planète, émettant cinq fois plus de CO2 que l’entièreté de l’industrie de l’aviation. Alors je n’y contribue plus.

Acheter autant de choses sous prétexte qu’elles sont écolos, ce n’est pas décroître. C’est tomber dans le piège du marketing écologique.

Cependant, je magasine ailleurs. Je magasine sur Etsy pour des produits écolos, je magasine sur Ebay pour voir si je pourrais me procurer un sac Jansport usagé (même si je possède déjà un sac à dos). Je magasine des produits de beauté non issus de la cruauté animale et j’achète des sacs à sandwichs réutilisables.

Comprenez-moi bien: remplacer des produits à usage unique par des produits réutilisables et durables est une très bonne chose. Là où ça devient un problème, c’est que nous avons gardé la même mentalité consommatrice qu’avant, mais en l’appliquant sur des produits écolos qui sont, eux aussi, des produits.

J’ai acheté il y a quelque temps un sac à sandwich réutilisable, mais je ne l’ai utilisé que quelques fois et il repose maintenant dans le fond d’un tiroir. L’intention était bonne, mais je n’en avais pas réellement besoin, de ce produit, car j’avais déjà des plats réutilisables qui faisaient l’affaire. Ce sac sera donc un déchet de plus sur la planète.

Le mode de vie écologique encourage la réutilisation de ce que l’on possède DÉJÀ.

Peut-être avez-vous vu la merveilleuse, fantastique, incroyablement partageable série de vidéos de RAD sur la décroissance. Eh bien, ce qui serait bon pour la planète (et pour notre économie), c’est de réduire notre consommation, nos achats. De décroître. Or, acheter autant de choses sous prétexte qu’elles sont écolos, ce n’est pas décroître. C’est tomber dans le piège du marketing écologique, qui a souvent (pas toujours, mais souvent) la main sur votre portefeuille et non pas sur le cœur.

Je suis dans un groupe Facebook qui fait la promotion de produits artisanaux québécois. J’ai failli échapper ma mâchoire quand j’ai lu le statut d’une gentille dame. L’ironie de cette citation saura toujours me remettre sur le bon chemin. Elle écrivait : «Je veux acheter TOUT ce qui est écolo!»

Le mode de vie écologique encourage la réutilisation de ce que l’on possède DÉJÀ. Certes, certains produits peuvent être un ajout essentiel à votre vie, mais il doit être nécessaire. Ma mère, modèle par excellence de simplicité volontaire, me dit à toutes les heures du jour et de la nuit: «En as-tu vraiment besoin?» (Je suis certaine que Pierre-Yves McSween a rencontré ma mère avant d’écrire son livre à succès.) Je dois me demander à chaque fois, même pour un produit écolo, si c’est vraiment nécessaire, s’il y a une manière encore plus écolo de faire.

Je me suis acheté des serviettes en tissu réutilisables. Je pourrais couper des bouts de tissu dans un vieux chandail et j’aurais sensiblement le même résultat. Je me suis acheté une bouteille d’eau en verre alors que j’avais déjà une bouteille de plastique chez moi. La plastique en général est une matière polluante, mais si elle existe déjà et qu’elle fait l’affaire, acheter un autre produit en verre ne fera qu’ajouter un objet de plus.

Prenons du temps de qualité avec notre tante pour apprendre à coudre et réparer les vêtements que l’on possède déjà.

Il est difficile de faire la transition d’une vie consommatrice à une vie volontairement simple. Or, il s’agit d’être conscient de nos réflexes de consommation et être honnête envers soi-même. J’accueille avec plaisir les questions comme «As-tu des recommandations de produits écolos?» et je suis très contente de pouvoir conseiller quelqu’un, mais je tiens à dire que d’acheter davantage est un peu le contraire de notre objectif.

Un bon truc que j’applique, qui est, je l’admets, un peu bizarre, c’est de me demander ce que les gens des années 20 faisaient dans une même circonstance. Nous sommes tellement enveloppé.e.s de nouvelles technologies et d’objets à usage unique qu’on oublie que les magasins zéro déchet, c’est très loin d’être nouveau; ça s’appelait un magasin général. Nos ancêtres étaient bien plus écolos que nous, sans même le savoir.

Alors, allons jaser avec nos grand-mères pour obtenir des recettes de produits nettoyants maison, demandons à notre grand-père comment réparer notre vieux vélo au lieu d’en acheter un nouveau fait de fibres recyclées, et prenons du temps de qualité avec notre tante pour apprendre à coudre et réparer les vêtements que l’on possède déjà.

Sur ce, bonne semaine, les «écocos»!

PS: J’ai perdu ma résolution de ma dernière chronique; je vous ai encore fait la morale. Toutes mes excuses, «je ne le referai plus»…

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