La climato-réaliste: La planète s’est invitée à l’UQTR

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Magali Boisvert. Photo: David Ferron.

Il y a deux chroniques de cela[1], je m’apprêtais à assister à la toute première rencontre du collectif «La planète s’invite à l’université» (LPSU), incertaine de ma propre opinion sur une possible grève et ouverte à toute éventualité. Trois semaines plus tard (incluant la semaine de relâche), ma première manifestation à vie sera celle que j’ai organisée.  

Trois semaines plus tôt…

21 février. On prend le pouls de la population mauricienne, qui voit monter la vague des grèves scolaires partout dans le monde et souhaite que la communauté étudiante de l’UQTR y prenne part.

Seul hic ? Afin de voter effectivement une grève de manière démocratique et adéquate le 15 mars, il faut amasser 60 signatures, puis les présenter devant le CA de l’Association Générale des Étudiants.es de l’UQTR (AGE UQTR) pour créer une assemblée générale extraordinaire qui doit être elle-même planifiée à l’intérieur de de 10 jours ouvrables, donc juste après la semaine de relâche qui débute… la semaine même du 15 mars. On se croise les doigts. À cette date, on ne compte que 15 000 étudiants.es et professeurs.es dans le mouvement LPSU.

Au début mars, on ne comptait que 15 000 étudiants.es et professeurs.es dans le mouvement.

26 février. 63 signatures amassées en deux jours, le tout est acheminé à l’AGE UQTR qui convoque une assemblée générale extraordinaire pour le 11 mars. Ce jour-là, on en est à 21 621 étudiants.es, professeurs.es et employés.es en grève pour le climat au Québec.

Parallèlement, un sous-comité planche sur la manifestation du 15 mars à l’UQTR, qui nécessitera tout autant de travail que la grève. Nous sommes à peu près une dizaine, peut-être moins, dans le noyau du groupe La planète s’invite à l’université – UQTR (LPSU UQTR), dont plusieurs personnes n’ayant jamais organisé de manifestation ou de grève. Dans mon cas, je n’avais même jamais participé à une manifestation de ma vie ou participé à une grève. Celles-ci seraient mon double baptême.

Une semaine de lecture plus tard…

11 mars. On compte au matin près de 60 000 participants.es au mouvement. De notre côté, on voit 160 personnes s’amasser dans l’atrium de l’UQTR, après une relocalisation due, une fois de plus, à de la neige sur le toit du 1012. Résultat : environ 130 votes « pour », une vingtaine de « contre » et quelques abstentions. Le vote de grève est adopté. À la fin de la journée, la page de LPSU recense 84 659 personnes dans la vague, y compris les étudiant.es de l’UQTR, qui représentent près de 10 000 personnes sur le campus.

Journée de vote à l’UQTR. Crédit: Érika Carrière

Les choses se mettent en branle. Après quelques petites photos souriantes suivies de regards nerveux, on rencontre l’AGE UQTR qui nous épaulera dans les démarches de grève afin de respecter la voix de ses membres. Tout le processus devient plus concret, on parle de mobiliser des centaines d’étudiants.es et de faire respecter un vote démocratique. On espère obtenir une levée de cours, comme l’ont obtenue plusieurs autres institutions[2]. Ce n’est pas le cas[3].

Résultat : les étudiants.es sont mal informés.es, prévoient tout de même de se rendre à leurs cours, ne sachant peut-être pas que si le vote de grève n’est pas respecté par l’ensemble des étudiants.es, cette mesure n’a plus aucun poids ou crédibilité aux yeux de nos dirigeants.es.

Lors des jours suivants…

12 mars. Le groupe LPSU accepte l’invitation de s’asseoir avec le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoît Charette, après le 15 mars. Si l’on veut communiquer nos revendications de faire adopter une loi climatique, d’instaurer des cours obligatoires d’éducation à l’écologie et d’atteindre les cibles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)[4] de limiter le réchauffement planétaire à 1,5o C, il faudra s’asseoir avec les gouvernements.

13 mars. On compte maintenant 110 353 personnes engagées pour la grève du climat au Québec. Et nous, on compte très peu d’heures de sommeil.

14 mars. À la veille du jour J, c’est 136 219 étudiants.es qui se retrouvent dans une méchante grosse vague québecoise. La Fédération nationale des enseignant.es du Québec (FNEEQ)[5] ainsi que 350 scientifiques[6] nous appuient dans nos démarches. Dans le groupe de LPSU UQTR, on découpe des cercles verts dans des vieux chandails, on crée des affiches et on travaille en collaboration avec l’AGE UQTR pour préparer les tournées de classe du lendemain où l’on essaiera de faire respecter le vote de grève.

À la veille du jour J, c’est 136 219 étudiants.es qui se retrouvent dans une méchante grosse vague québécoise.

On apprend ce jour-là que sept femmes du programme des sages-femmes vont boycotter leur examen valant 70% de leur note finale afin de rejoindre notre manifestation. Pour elles, on veut faire se lever tous les autres étudiant.es. On se réunit pendant sept heures à l’université pour tout organiser, grève et manifestation en même temps. On se quitte vers 23h30 pour se revoir au matin à 7h00.

Le jour J…

15 mars. On fait du piquetage et des tournées de classes pour faire respecter le droit de vote, peut-être m’y avez-vous vue. C’est un échec qui écrase toutes nos épaules. Personne ne s’est levé, même ceux qui n’avaient rien à perdre, et les sept femmes en pratique sage-femme se battent actuellement afin de reprendre leur examen échoué.

Les sept femmes en pratique sage-femme se battent afin de reprendre leur examen échoué.

Heureusement, la manifestation est un succès : 600 à 800 participant.es. On est plus chaud.es que le climat et la rue des Forges est à nous. À Montréal, c’est 150 000 personnes qui forment une véritable mer humaine. C’est la plus grande manifestation pour le climat parmi les 2083 autres événements organisés dans 125 pays à travers le monde[7].

Une autre journée de grève est prévue pour le 27 septembre. En espérant que les étudiants.es se serrent les coudes, cette fois-ci…


[1] https://zonecampus.ca/la-climato-realiste-la-planete-sinvite-t-elle-a-luqtr/

[2] https://www.ledevoir.com/societe/environnement/549989/les-etudiants-de-partout-manifestent-pour-le-climat

[3] https://www.lenouvelliste.ca/actualites/journee-de-greve-luqtr-refuse-de-lever-les-cours-12b68585bfc7d5e478ea87c8b4d5890b

[4] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1128506/environnement-dereglement-climatique-rapport-accablant-giec

[5] https://fneeq.qc.ca/fr/la-fneeq-aux-cotes-des-etudiantes-et-des-etudiants-en-greve-pour-le-climat/?fbclid=IwAR1WFUaYDHCDbPqJON0WAVDa14Tb2rpns528ePLrcVmbkWsZfixb5pLTBug

[6] https://www.gaiapresse.ca/2019/03/350-scientifiques-greve-jeunes-climat/

[7] https://www.afp.com/fr/infos/334/climat-de-sydney-montreal-les-jeunes-ont-fait-la-greve-de-lecole-vendredi-doc-1en7zo5[1] https://zonecampus.ca/la-climato-realiste-la-planete-sinvite-t-elle-a-luqtr/

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