La climato-réaliste: Le pouvoir de la fiction dans le combat écologiste

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Magali Boisvert. Photo: David Ferron.

Vous croirez peut-être que mes études littéraires et mon inclinaison écologiste n’ont aucun lien l’un avec l’autre. Et moi-même, jusqu’à récemment, n’avais jamais pensé à tracer de liens entre deux de mes plus grandes passions. L’un est abstrait, basé sur la réflexion et peut sembler n’avoir que peu d’impact sur la vie quotidienne. L’autre, pour moi du moins, n’existe que concrètement, car l’imagination a bien peu à voir avec la crise écologique qui nous fait face. J’avais tort.

Rembobinez la cassette, à ma moi du secondaire (tout aussi petite mais beaucoup plus timide). J’étais un rat de bibliothèque, toujours le nez dans les bouquins. Et que lisais-je ? Hunger Games, un futur dystopique où les territoires américains sont divisés par secteurs de production (le charbon dans le district douze, l’agriculture dans le district onze et le Capitole pour les gouverner tous).

J’ai dévoré des livres dystopiques un peu comme tous les jeunes lecteurs.ices de mon âge ; j’ai lu Océania, un monde dans lequel la fonte des glaciers a tant fait monter le niveau des eaux que les hommes doivent construire des murs pour s’en protéger — et on sait à quel point les murs, ça ne bloque pas grand-chose…

Je n’ai fait qu’une bouchée de Surréal 3000, où juste avant un désastre atomique, des bâtisseurs ont creusé une ville souterraine sous le Mont-Royal pour assurer l’avenir de la civilisation humaine.

Plus tard, j’ai visionné le film Mad Max, dans lequel le monde est si désertique qu’une dictature se forme autour de ceux qui contrôlent l’accès à l’eau. J’ai également visionné Snowpiercer, où l’environnement extérieur est si hostile que la population est entassée dans les wagons d’un train qui n’arrête jamais, et où les plus pauvres considèrent même le cannibalisme. 

J’ai adoré Wall-E, où la Terre n’est plus qu’un dépotoir géant et où un bout de plante verte est un miracle insoupçonné. On peut dire que de tels scénarios d’anticipation ont frappé l’imaginaire de la jeune fille que j’étais et celui de la femme que je deviens encore aujourd’hui.

Imaginer le pire pour mieux agir

Nous devons être l’une des générations les plus cyniques et les plus désabusées depuis des décennies — peut-être bien depuis la génération d’après-guerre. Et comment nous blâmer de ne pas être optimistes, quand tout ce que l’on peut imaginer pour notre futur, c’est un territoire décimé, désertique, déchiré par la famine et la surpopulation ?

Une fois le constat fait, grâce à l’imagination et à ces fictions, que mon avenir à long terme n’est pas reluisant côté environnement, une fois l’alarme sonnée et le pire imaginé, que reste-t-il à faire ?

Et comment nous blâmer de ne pas être optimistes, quand tout ce que l’on peut imaginer pour notre futur, c’est un territoire décimé ?

C’est là qu’une fois encore, l’imagination et la fiction peuvent être les instruments de l’espoir. Imaginer mieux, imaginer des utopies où les humains travaillent ensemble pour relever ces défis à l’échelle mondiale. Tant qu’à pelleter des nuages, pelletons des avalanches de changement, pelletons des bordées de « relevage » de manches et pelletons chacun à la mesure de nos moyens, équitablement.

Pourquoi ne pas écrire des futurs où l’on replante des arbres, où l’on verdit nos villes, où l’on chérit chaque bouchée de nourriture parce que chacun peut se nourrir ? Où l’on peut faire des marches romantiques sur le bord de l’eau sans piler sur des pailles et des fourchettes en plastique, où l’on peut partager sans crainte d’en manquer et où l’on peut élever des enfants sur une terre riche et fleurie ?

Et quand on y pense, c’est précisément d’imagination dont nous avons cruellement besoin en ce temps de crise climatique. De l’imagination pour trouver des idées plus folles les unes que les autres pour retourner le sablier. Pas étonnant que les jeunes fassent preuve de la plus grande inventivité sur la scène internationale, les jeunes osent utiliser leur imagination pour des problèmes concrets.

Et quand on y pense, c’est précisément d’imagination dont nous avons cruellement besoin en ce temps de crise climatique.

C’est un jeune Néerlandais de 18 ans qui a inventé Ocean Cleanup, le plus grand système de nettoyage marin du monde[1]. C’est une ado suédoise de 15 ans, Greta Thunberg, qui a rabroué les grands dirigeants du monde lors du COP24 en Pologne, et qui, le 25 janvier dernier à Davos, disait : «I want you to act as you would in a crisis. I want you to act as if our house is on fire. Because it is[2]

C’est une Américaine de 17 ans qui a inventé un prototype pour créer de l’énergie à partir du mouvement des vagues — selon BBC Future[3], si son système était plus gros, il pourrait charger trois batteries de voitures en une heure.

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De mon côté, je continuerai, avec des gens débordants d’imagination comme vous, à pelleter des nuages. Qui sait, peut-être qu’on arrivera à pelleter assez pour laisser entrevoir le soleil ?


[1] https://www.theoceancleanup.com/

[2] https://www.theguardian.com/environment/2019/jan/25/our-house-is-on-fire-greta-thunberg16-urges-leaders-to-act-on-climate

[3] http://www.bbc.com/future/story/20180316-four-teenage-inventors-changing-the-world

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