La FémiNazgûl : Pourquoi j’ai arrêté de critiquer Twilight

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À force de décortiquer les problèmes de représentation des femmes dans les genres de l’imaginaire, il était inévitable que cette chronique finisse un jour par évoquer Twilight, la célèbre saga romantico-vampirique. Malgré tout, j’ai quelques réserves à critiquer cette œuvre, aussi pleine de défauts soit-elle. Non pas parce que j’estime qu’il s’agit d’un modèle de féminisme, mais parce que les reproches faits à Twilight me semblent parfois plus problématiques que l’œuvre elle-même. J’explique ici pourquoi.

Twilight et moi: appréciation, répulsion, désillusion

Pour mémoire, Twilight est une série littéraire écrite par l’autrice Stephenie Meyer, racontant une romance entre une adolescente humaine et un vampire. Elle comporte quatre volumes (Fascination, Tentation, Hésitation et Révélation) parus entre 2005 et 2008, et cinq adaptations cinématographiques sorties entre 2008 et 2012. Le succès phénoménal des livres et des films a été proportionnel aux critiques parfois violentes qu’ont reçues Stephenie Meyer et les acteurs principaux des films, Kristen Stewart et Robert Pattinson.

En ce qui me concerne, j’ai découvert Twilight en 2008, année de la parution du dernier tome et de la sortie du premier film. J’étais alors au secondaire et j’ai suffisamment apprécié la saga pour la lire au complet et aller voir le premier film au cinéma dans la foulée. Je ne suis jamais allée plus loin, car lorsque le deuxième film est sorti, un an plus tard, j’avais déjà pris mes distances vis-à-vis de la série pour rejoindre le camp de celles et ceux qui la critiquaient férocement.

A posteriori, ma période critique elle-même a connu plusieurs phases successives. Premièrement, la phase de rejet total, où toute critique était bonne à prendre, quelle qu’elle soit. Deuxièmement, la phase où je commençais à me forger des réflexions féministes plus construites et nuancées. Je raffolais toujours des critiques de Twilight, mais il me fallait un contenu plus élaboré que «l’histoire d’amour est niaise et les vampires qui brillent, c’est nul». C’est là que j’ai commencé à comprendre ce que Twilight charriait de vraiment nauséabond d’un point de vue féministe. Et troisièmement, il y a eu la phase où je me suis tannée. J’ai arrêté d’embarquer dans les discussions, qui me lassaient autant voire plus que l’objet de leurs critiques. Et c’est avec cette vidéo de Lindsay Ellis que j’ai finalement compris pourquoi.

L’arbre qui cache la forêt

Lindsay Ellis est une youtubeuse féministe analysant des œuvres de cinéma (bref, elle fait globalement la même chose que moi, mais en beaucoup plus poussé). Pour l’anecdote, elle a également co-écrit en 2013 une parodie de Twilight, racontant une romance entre une humaine et Cthulhu. Dans sa vidéo Dear Stephenie Meyer, sortie sur Youtube en janvier 2018, elle pointe du doigt la haine disproportionnée que reçoit l’autrice de Twilight pour son œuvre. Pour Lindsay Ellis, cette haine n’est pas tant motivée par la qualité médiocre de la saga que par le fait que celle-ci soit populaire. Et plus encore, par le fait qu’elle soit populaire auprès d’un public féminin et jeune.

Si l’on compare Twilight à des franchises du type Rapide et dangereux, le double standard est flagrant.

D’une certaine manière, c’est là que réside le nœud du problème. Et Twilight n’en est qu’un symptôme particulièrement visible. Ce que Lindsay Ellis met en lumière, c’est le fait que dénigrer les goûts culturels des adolescentes est devenu un objet culturel en soi, valorisé par la société. Outre Twilight, songez par exemple aux boys bands de type One Direction ou à Justin Bieber: plus que les artistes eux-mêmes, l’on critique surtout le ridicule et «l’hystérie» de leurs fangirls.

Si l’on compare la réception de Twilight à celle de franchises du type Rapide et dangereux (Fast and Furious), le double standard est flagrant. Même lorsque leurs fans sont critiqués, ce n’est pas avec le même degré de violence. Et je ne crois pas que Vin Diesel, Bruce Willis et The Rock aient reçu autant de haine en ligne que Kristen Stewart et Robert Pattinson…

Le point mis de l’avant par Lindsay Ellis rejoint mon ressenti: ce qui a fini par me mettre mal à l’aise avec une bonne partie des critiques de Twilight, c’est qu’elles apparaissaient plutôt comme un moyen de se mettre en valeur que d’ouvrir une véritable discussion. Plus encore, Lindsay Ellis remarque que les détracteurs les plus virulents de Twilight sont généralement… des détractrices, qui se sentent poussées à se distancier de ce genre d’œuvre afin d’obtenir une certaine validation sociale. J’ai moi-même embarqué là-dedans au cours de ma première phase critique, comme s’il me fallait que je me fasse pardonner d’avoir apprécié la saga à l’époque où je l’ai lue. Et malheureusement, encore une fois, Twilight n’est qu’une illustration d’un phénomène plus large et plus insidieux. Combien de filles et de femmes se sentent poussées à rejeter tout ce qui semble girly et à proclamer «Moi, je ne suis pas comme les autres filles»?

Par les temps qui courent, j’essaie de me rappeler qu’un peu de bienveillance n’est pas vraiment de trop.

Critiquer Twilight, finalement, c’est facile. Trop facile. Et même si je m’en tenais à ma deuxième phase critique, celle où je cherchais des raisons véritablement logiques, argumentées et féministes de détester cette œuvre, je ne peux pas m’empêcher de me dire qu’il y a quelque chose de toxique à vouloir s’acharner ainsi là-dessus. Par les temps qui courent, j’essaie de me rappeler qu’un peu de bienveillance n’est pas vraiment de trop. Y compris dans ma propre démarche de déconstruction féministe des œuvres de l’imaginaire, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

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