La Lady bimensuelle: Elizabeth Gaskell – La voix des ouvriers

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Elizabeth Gaskell en 1851, portrait par George Richmond.
Elizabeth Gaskell en 1851, portrait par George Richmond.

La première Lady que je présente est une double menace: féministe et pionnière de la défense des ouvrières. En effet, Elizabeth Gaskell (1810-1865), écrivaine de l’ère victorienne, fut la porte-parole, envers et contre tous, de la classe ouvrière du XIXe siècle. Rapide coup d’œil sur cette femme qui n’avait pas peur de prendre la parole

Premièrement, défaisons le mythe de l’ère victorienne: Jane Austen avait une belle plume, ses intrigues amoureuses ne reflètent pas les problèmes de la société. Derrière cette époque faste se cache la majorité de la population: les ouvriers qui travaillent d’arrache-pied dans les usines qui commencent à se développer un peu partout en Europe. L’exploitation ouvrière bat son plein au profit de la bourgeoisie qui s’enrichit de plus en plus.

Dans la sphère littéraire, certains commencent à dresser le portrait de cette couche de la société qui est volontairement ignorée par les biens nantis. Du côté masculin, Victor Hugo et Charles Dickens prennent part au mouvement en décrivant le sort des enfants au travail ou encore de la déchéance du système judiciaire. Du côté féminin, c’est Elizabeth Gaskell qui se va se démarquer par ses récits audacieux qui mettent en scène des femmes qui tentent de survivre ou de dénoncer les injustices sociales.

Écrivaine à l’écoute

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Elizabeth Gaskell n’est pas née dans la pauvreté, et encore moins dans l’univers des usines. Provenant d’une famille aisée et bourgeoise, c’est après son mariage avec William Gaskett qu’elle va se confronter à cette dure réalité. Ce dernier est professeur et reconnu pour ses talents d’orateurs et son implication au sein de la société. Ensemble, ils s’établissent à Manchester, où elle aura ses premiers contacts avec la classe ouvrière et sa grande pauvreté.

Elle fait face à un constat terrible: les journées de travail sont de 15 heures, souvent sept jours par semaine, et ce, dans des usines où aucune protection n’est assurée. Les familles doivent même faire travailler les enfants pour payer le prix d’un loyer trop cher et insalubre et faire face à un coût de la vie élevé. Elizabeth ne pourra pas rester muette, elle se mettra à l’écriture.

La provocation au service du changement

C’est à ce moment que va naître le roman Mary Barton : A tale of Manchester publié en 1848 qui raconte l’histoire parallèle d’une famille d’ouvriers et de bourgeois, dressant ainsi l’écart qui les sépare. Son œuvre fait automatiquement controverse à travers l’Angleterre. Elle pique directement la conscience des hommes d’affaires commerçants en analysant le style de vie médiocre et inhumain de leurs travailleurs.

Son ouverte sympathie envers le sort des ouvriers en a choqué plusieurs, mais la qualité avec laquelle elle raconte son récit sera plus forte que les contestataires. Elle se fera une renommée dans la littérature anglaise et contribuera même au journal de Charles Dickens Household Words en 1851.

En 1853, elle frappe encore avec Ruth, qui raconte l’histoire d’une femme ostracisée par la société qui doit s’en remettre à la prostitution. Plusieurs vont brûler le livre en guise de protestation, affirmant que ce genre d’histoire n’a pas sa place en littérature. Gaskell elle-même mentionnera la dureté de son livre, sans jamais le condamner pour autant, affirmant que cette réalité existe bel et bien.

Son ouverte sympathie envers le sort des ouvriers en a choqué plusieurs, mais la qualité avec laquelle elle raconte son récit sera plus forte que les contestataires.

L’année suivante, elle va s’adoucir avec la parution de North and South, qui deviendra son roman le plus connu. C’est avec cette œuvre qu’elle officialise son titre de meneuse dans le genre de la fiction sociale. Elle y raconte l’histoire d’une jeune bourgeoise éduquée qui fera face à l’horreur des conditions ouvrières et qui se confrontera au grand patron d’une de ses compagnies, où derrière son air méprisant se cache une grande générosité. L’intrigue amoureuse ne manque pas de nous rappeler Pride and Prejudice  de Jane Austen, mais le fond social de l’histoire démontre quand même une volonté de dénoncer une injustice.

Elizabeth Gaskell meurt subitement en 1865. Le journal The Athenaeum, pour souligner son décès affirme que «[s]i elle n’était pas la plus populaire, elle fut l’écrivaine la plus puissante et accomplie d’une génération très prolifique de femmes littéraires». À travers ses romans, Gaskell a réalisé bien des choses. Elle a passé des messages sociaux, fait des appels à la réforme, et a offert à la population des témoignages des mauvaises conditions dans les manufactures au XIXe siècle. Tout cela à travers des personnages féminins forts et dynamiques. De quoi faire rougir Elizabeth Bennet et son soi-disant caractère.

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