La petite ténébreuse: La famine irlandaise ⎯ Partir ou mourir

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Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi la Saint-Patrick, fête du patron des Irlandais, est si populaire au Québec? Chaque année, les villes de Québec et Montréal accueillent le défilé de la Saint-Patrick. C’est donc qu’il y a beaucoup de gens de descendance irlandaise qui habitent le Québec. Pour bien comprendre l’importance de cette fête, il faut remonter au XIXe siècle, alors qu’une famine ravage l’Irlande.

Le mildiou

Pour faire une histoire courte, en 1845, un champignon s’attaque aux récoltes de pommes de terre des champs irlandais. Ce champignon, c’est le mildiou. Il fait littéralement pourrir toutes les récoltes. Véritable drame pour la population, car son alimentation se compose essentiellement de patates. Beaucoup d’autres cultures sont disponibles en Irlande, bien sûr, mais ces dernières sont réservées à la population anglaise.

Les Irlandais réussissent relativement bien à se nourrir avec un régime de tubercules. Un homme dans la force de l’âge peut facilement manger près de 10 livres de patates quotidiennement. Donc, lorsque le mildiou s’attaque aux récoltes, les gens se retrouvent face à une famine sans précédent. Entre 1845 et 1852, la population irlandaise chutera de près de 25%.

Partir ou mourir

Souvent acculées au pied du mur, les familles n’auront d’autre choix que de quitter leur terre natale. Devant l’impuissance de changer les choses, beaucoup choisiront d’émigrer, même si les conditions de traversée sont épouvantables. Les deux choix les plus communs de terre d’accueil sont New York ou Québec. L’Amérique du Nord est sous l’effervescence de la révolution industrielle et accueille beaucoup d’immigrants.

Malgré les apparences, le choix de Québec est plus naturel qu’on puisse penser. En effet, les Irlandais sont en majorité de confession catholique. De plus, l’arrivée à Québec est moins dispendieuse qu’à New York. Les gens sont pauvres comme la gale. Ils mettent toutes leurs maigres économies dans le cout de la traversée. Économies si maigres que certains parents devront faire des choix déchirants entre leurs enfants… les petits malades seront souvent laissés au port, pour éviter la contamination à bord des bateaux.

La traversée

La plupart du temps, les Irlandais ne partiront pas de leur plein gré. En fait, le choix est immonde: rester et mourir de faim ou quitter et risquer de mourir en chemin. Les traversées de l’Atlantique ne sont pas de tout repos. Les bateaux qui quittent l’Irlande sont utilisés normalement pour transporter de la marchandise. Ils ne sont pas équipés pour recevoir une cargaison humaine.

En moyenne, 300 personnes peuvent être chargées dans la cale. Les gens y sont littéralement cordés comme des sardines.

En moyenne, 300 personnes peuvent être chargées dans la cale. Les gens y sont littéralement cordés comme des sardines. En plus d’être affamés, ils sont souvent malades, beaucoup ont le mal de mer et inutile de préciser qu’il n’existe pas de toilettes à bord. En fait, c’est l’enfer pour les passagers, mais c’est le paradis pour les microbes. En 1850, la contagion n’est pas encore très connue et les malades ne seront pas séparés des bien-portants.

Le typhus

La maladie la plus commune à bord est le typhus. Le typhus est une fièvre hémorragique qui contamine les humains avec les morsures de poux ou de tiques. Les principaux symptômes sont de la fièvre, des maux de tête et un état délirant, dû à la fièvre élevée. Ça, c’est pour si quelqu’un attrape le typhus, aujourd’hui, en 2015.

Par contre, en 1847, les traitements sont loin d’être aussi performants. Petit à petit, la circulation sanguine se fait difficilement et les extrémités sont rapidement touchées. Ainsi, les doigts, les orteils et la langue, notamment, deviennent noirs. Les tissus, qui ne sont plus irrigués par le sang, meurent. Rapidement, les gens se mettent à saigner du nez, des oreilles, des gencives et ils meurent rendus fous par la fièvre.

Les deux choix les plus communs de terre d’accueil sont New York ou Québec. L’Amérique du Nord est sous l’effervescence de la révolution industrielle et accueille beaucoup d’immigrants. Malgré les apparences, le choix de Québec est plus naturel qu’on puisse penser. En effet, les Irlandais sont en majorité de confession catholique.

Lorsque les gens meurent en haute mer, ne pouvant pas se permettre de conserver les cadavres à bord, l’équipage devra jeter les corps par-dessus bord. Le problème, pour les bateaux devant naviguer dans le fleuve Saint-Laurent, est qu’il est interdit de jeter les corps, vu la trop grande proximité des berges. Parfois, traverser l’estuaire du Saint-Laurent prend plusieurs jours à cause de la complexité de la navigation… imaginez l’état des cadavres à leur premier arrêt, la station de quarantaine de Grosse-Île.

Grosse-Île est située à environ 50 kilomètres de Québec et représentait un arrêt obligatoire pour tous les navires traversant le fleuve Saint-Laurent. Les passagers devaient y descendre pour subir un examen médical et, si des symptômes de maladies contagieuses étaient présents sur le bateau,  ils devaient y passer un temps de convalescence. Non, ils ne passaient pas 40 jours, en quarantaine! En fonction de la maladie présente sur le navire, le séjour allait être plus ou moins long.

Alors, après avoir survécu à la famine, traversé l’océan Atlantique, combattu les maladies contagieuses et être passés par le processus quarantenaire, les Irlandais arrivaient finalement à Québec. Le jeu en valait-il la chandelle? Pour beaucoup, oui. Plusieurs Irlandais s’établiront pour de bon au Québec et plusieurs orphelins seront adoptés par des familles canadiennes. Comme quoi, il ne faut jamais se laisser abattre. Alors, à vous, chers descendants, célébrez la résilience de vos ancêtres!

Joyeuse Saint-Patrick!

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