Home Chroniques La petite ténébreuse: The Knick ⎯ Sexe, drogue et corruption en 1900

La petite ténébreuse: The Knick ⎯ Sexe, drogue et corruption en 1900

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La petite ténébreuse: The Knick ⎯ Sexe, drogue et corruption en 1900

Ce n’est pas encore arrivé, mais j’ai décidé de déroger de la vocation historique de ma chronique pour me tourner vers une série télévisée. À ma défense, cette série se veut historique en soi, donc, je ne m’éloigne pas trop du droit chemin. J’ai toujours ressenti un intérêt marqué envers le domaine médical. Lors de ma dernière chronique, je vous parlais de la thalidomide et je concluais en me questionnant sur les absurdités qui sont commises aujourd’hui en médecine, faute de connaissance. Car s’il existe un domaine en constante évolution, c’est bien la médecine. L’an dernier, j’ai découvert une série réalisée par Steven Soderberg: The Knick. Je suis tombée complètement amoureuse du concept, et comme la deuxième saison vient à peine de se terminer, je me suis dit qu’il s’agissait d’un excellent moment pour vous la faire découvrir.

The Knick

The Knick, c’est en fait un hôpital, le Knickerboker, qui est situé à New York. L’histoire tourne autour du chef de la chirurgie, le docteur John Thackery. Thackery est un homme obsédé par la recherche et le progrès. Il est audacieux, même téméraire dans son approche face à la chirurgie. Il veut sauver des vies, mais il veut d’abord et avant tout faire des découvertes et faire évoluer sa discipline, en sacrifiant malheureusement certains patients en chemin… C’est évidemment un mégalomane. Un homme qui recherche le prestige, mais qui, en fait, est très fragile. Son point faible: la cocaïne. Au début du XXe siècle, la cocaïne est couramment utilisée à toutes les sauces, surtout comme analgésique pour endormir et «engourdir» les patients. Certains médecins, soucieux de comprendre ce que leurs patients subissaient comme traitements, essayaient ledit traitement sur eux-mêmes avant de le transmettre à leurs patients. Ce qui avait la fâcheuse tendance d’en rendre quelques-uns complètement dépendants. Pour Thackery, la cocaïne est omniprésente et nécessaire, particulièrement avant une opération. Sa dépendance est si importante qu’il en est incapable de dormir. Donc, pour dormir quelques heures avant sa journée à l’hôpital, le Docteur Thackery se rend dans un bordel pour y fumer de l’opium et sommeiller un peu… Oui, c’est une série trash. Ce n’est pas pour les enfants. On écoute ça tard le soir. Mais en dehors de l’histoire et des personnages, les références historiques sont exactes.

Pour Thackery, la cocaïne est omniprésente et nécessaire, particulièrement avant une opération. Sa dépendance est si importante qu’il en est incapable de dormir.

Le bagage historique

Si l’on porte quelque peu attention aux détails, on découvre les débuts des rayons X et des radiographies, la découverte des différents groupes sanguins, les effets de l’adrénaline, les débuts des traitements de toxicomanie et les balbutiements de la chirurgie esthétique, entre autres. On se rend compte que plusieurs personnes sont mortes pour faire avancer la science. C’est fascinant de découvrir à quel point la médecine est avancée aujourd’hui et comment certaines théories de l’époque s’avèrent tout à fait saugrenues, aujourd’hui, au XXIe siècle. L’exemple qui m’a le plus frappé est le cas d’une jeune femme qui perd son enfant et qui sombre dans la dépression. Elle sera internée en psychiatrie et on lui arrachera toutes les dents. Pourquoi? Parce que le psychiatre américain, le docteur Henry Cotton, croyait que les maladies mentales étaient reliées à des bactéries présentes dans les dents… ou comment aider des gens à s’en sortir… aoutch! Docteur Cotton arrachera les dents de ses propres fils, en prévention. Ces derniers se suicideront à l’âge adulte… Si l’histoire de la jeune femme relève de la fiction, le docteur Cotton, pour sa part, a bel et bien existé. On lui a d’ailleurs retiré le droit de pratique après la mutilation de ses patients.

Au-delà de la médecine

En plus de découvrir la médecine au début du XXe siècle, The Knick nous fait aussi comprendre les réalités sociales de l’époque. Les classes sociales sont très présentes. Les riches se font mieux soigner que les pauvres. Les Blancs passent en priorité face aux Noirs. Les immigrants sont mis en quarantaine, les dames de la haute assistent à des dîners-bénéfices. Ça peut sembler cliché, mais c’est toute la réalité de ce qu’étaient les États-Unis en 1900. Le département de chirurgie est retourné sans dessus dessous quand on engage un médecin noir, le docteur Edwards, pour assister le docteur Thackery. Plusieurs patients ne veulent même pas se faire toucher par lui. Ils préfèrent souffrir plutôt que d’être traités par un Noir. Même si l’esclavage est aboli depuis 1865, en 1900, beaucoup ne sont pas encore à l’aise avec la présence de Noirs dans la haute société.

En plus de découvrir la médecine au début du XXe siècle, The Knick nous fait aussi comprendre les réalités sociales de l’époque. Les classes sociales sont très présentes. Les riches se font mieux soigner que les pauvres. Les Blancs passent en priorité face aux Noirs. Les immigrants sont mis en quarantaine, les dames de la haute assistent à des dîners-bénéfices.

La place des femmes est aussi abordée dans The Knick. À la table du conseil d’administration de l’hôpital, le Président nomme sa fille pour son remplacement. Les égos masculins seront peu enclins à obéir à une femme, jeune et pas encore mariée. Bien sûr, on pourrait regarder cette série et s’insurger face à toutes ces injustices. Mais c’était la réalité de l’époque.

En somme, The Knick est une série magnifiquement produite. En plus, elle ne contient que 10 épisodes par saison. Parfait pour procrastiner sa mi-session !

Pour séparer la réalité de la fiction: attheknick.tumblr.com.

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