La p’tite vite: La peur collective des seins.

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Vous pouvez les appeler seins, nénés, boules, tétons et j’en passe, mais les seins restent ce qu’ils sont et que vous le croyiez ou non, ils font peur! L’érotisation de ces protubérances mammaires en fait un sujet paradoxal. Certains(es) les adorent et pourtant, dès qu’il s’agit de les exhiber en public, on s’affole et l’on crie au scandale! Pourtant, quoi de plus naturel?

Quelle est la partie de l’anatomie féminine qui attire au premier abord le regard des hommes et des femmes? Selon une étude datant de 2008, provenant du «journal of Nonverbal», il s’agirait d’abord du visage (yeux et sourire) et ensuite des seins. Toutefois, ces derniers remporteraient la palme de la partie reluquée le plus longtemps. Pour ce faire, l’équipe de chercheurs allemande a utilisé des traqueurs oculaires pour mesurer avec précision le temps de fixation ainsi que le chemin oculaire emprunté lors du visionnement d’une photographie d’une jeune femme en position frontale et vice versa. De plus, une étude britannique, publiée dans le Daily Mail en 2013 et comportant plus 2000 participants, corrobore aux résultats en situant les seins en troisième position chez 70% des répondants.

Les seins, bien qu’ils soient visiblement populaires, demeurent souvent une source de gêne et de tabous. Rappelons-nous le fameux scandale du «Nipple Gate» survenu en 2003 au spectacle de la mi-temps lors du Super Bowl où Janet Jackson, accompagnée de Justin Timberlake, a choqué des millions de téléspectateurs en exhibant, malencontreusement, un sein pendant quelques fractions de seconde. Cet incident a fait couler beaucoup d’encre et, selon le magazine Rolling Stones du 30 janvier 2014, plus de 540 000 plaintes furent enregistrées. Tout ça pour un malheureux bout de peau décoré d’une étoile!

En ce qui a trait l’allaitement, plusieurs femmes préfèrent tirer leur lait au préalable plutôt que d’allaiter en public par crainte de jugements ou de regards. Effectivement, la fonction d’origine de ces glandes n’est-elle pas de nourrir les bébés? Notre condition de mammifère étant ce qu’elle est, n’est-il pas normal d’en apercevoir un bout de temps à autre?

Certaines villes, comme New York, se montrent plus ouvertes d’esprit et permettent aux femmes de déambuler torse nu à l’instar de leurs confrères masculins. À Montréal, la journaliste Lili Boisvert du Huffington Post Québec en a fait l’expérience. Ses conclusions vont en ce sens: «il n’y a pas eu d’apocalypse». Toutefois, sur les réseaux sociaux, les réactions illustrent une réalité moins réservée. Fait à noter, au Canada aucune loi n’interdit réellement cette pratique bien qu’au Québec, la législation ne soit pas claire sur le sujet.

Pourquoi alors n’en voyons-nous pas plus? Le froid peut être une bonne réponse! Néanmoins, la pudeur et le tabou de la nudité féminine le sont tout autant. Pourquoi sommes-nous timides de montrer ce que la nature nous a généreusement doté? Pourquoi est-ce tabou ici alors qu’en Papouasie ou à certains endroits en Amérique du Sud il semble naturel de déambuler en costume de bébé naissant?

Dichotomie fascinante, bon nombre d’hommes et de femmes sont même prêts à payer pour voir des femmes en dessous suggestives ou explicites (calendrier, affiche, magazine), mais ils ne conçoivent pas qu’une femme puisse se promener torse nu dans la rue. De plus, la présence significative d’un double standard entre les hommes et les femmes amène à la réflexion suivante : pourquoi est-ce acceptable chez les hommes et non pas chez les femmes? L’érotisation des seins!

En addition, pourquoi cet amas de glandes mammaires et de gras crée-t-il tant d’émoi? En réalité, la sexualité évolue différemment selon la culture, la religion et la géographie. L’influence judéo-chrétienne a profondément marqué notre culture, et ce depuis fort longtemps, relayant le corps de la femme comme élément de tentation voire de péché. Cette réalité historique explique en partie la présence du double standard entre hommes et femmes. L’attrait de l’interdit et du caché peut aussi corroborer à l’explication de l’attrait sexuelle que les seins possèdent comparativement aux chevilles ou aux poignets. De plus, la proéminence divergente entre les seins masculins et féminins peut elle aussi expliquer l’intérêt qu’on leur porte.

Les seins, bien qu’ils soient visiblement populaires, demeurent une source de gêne et de tabous

En ce sens, nous avons tellement caché les seins qu’ils nous apparaissent maintenant comme une source inévitable d’excitation sexuelle. En quelque sorte, nous endoctrinons les jeunes filles pré-pubères à se camoufler, et ce, malgré l’absence marquée de différence entre les sexes. Plus tard, les femmes savent, en général, comment utiliser cet aspect de la société à leur avantage quand il vient le temps des jeux de séduction. C’est exactement ce que j’entends par sexualisation du sein; camouflé pour érotiser, montrer pour aguicher, découvrir pour exciter. Tourne et tourne encore la roue de la ségrégation.

Une fois leur aspect mystérieux retiré, il est possible de croire que les seins ne seraient rien de plus qu’une extension du corps de la femme, ni plus ni moins, au même titre que les oreilles, les mains ou les pieds. Leur érotisation serait alors considérée comme du fétichisme, ce qui me donnerait l’occasion d’écrire de juteuses chroniques sur le sujet, sans être perçu comme le Che Guevara de la poitrine.

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