La p’tite vite : Mythes et réalités sur l’avortement

0
122113748_3355139044523331_6316814312961007221_o.png
Photo: David Ferron

Même si l’avortement est légal dans plusieurs pays, la menace de le restreindre est toujours d’actualité. En effet, avec le débat actuel à la Cour Suprême des États-Unis qui déterminera la légitimité d’une loi le restreignant en Louisiane, ce sujet ne cesse de semer la controverse.

La loi au Canada

En 1988, la Cour Suprême annule la loi contre l’avortement, ou l’interruption volontaire de grossesse (IVG), étant donné qu’elle est inconstitutionnelle. Depuis, c’est légal d’y avoir recours, peu importe le stade de la grossesse, et la procédure est financée par l’État. En revanche, l’accès demeure encore inégal au pays, et constitue un des débats politiques les plus polémiques encore aujourd’hui.

Pro-quoi?

Dans le débat entourant l’avortement et sa légitimité, il y a principalement deux camps qui s’opposent. 

Tout d’abord, il y a les «pro-vie», qui considèrent que la vie du fœtus est primordiale, et que l’avortement est un meurtre, peu importe le stade de la grossesse. De plus, ces groupes sont souvent associés à la droite religieuse et à une restriction de la contraception «non naturelle» [comme la pilule contraceptive, par exemple]. Il est facile de voir ces valeurs sur le site internet de Campagne Québec-Vie.

Être «pro-choix», c’est de laisser [les femmes] décider ce qu’elles veulent, selon leurs propres valeurs.

Ensuite, il y a les «pro-choix» qui sont pour l’avortement, de surface. Cependant, si l’on va plus loin, ils considèrent que chaque femme est mieux placée que quiconque pour décider de ce qui est le mieux pour elle, que ce soit par rapport au moment d’avoir des enfants ou pour prendre soin de sa santé sexuelle et reproductive. C’est ce qu’explique la Fédération du Québec pour le planning des naissances.

Ainsi, les «pro-choix» visent plus large. L’importance n’est pas accordée aux nombres de femmes convaincues que l’avortement est bien, c’est de laisser celles-ci décider ce qu’elles veulent, selon leurs propres valeurs. Par exemple, une femme qui décide finalement de garder son enfant peut faire partie du mouvement «pro-choix». De ce fait, les termes «pro-choix» et «pro-vie» ne sont pas le contraire l’un de l’autre, loin de là.

Il est à noter également que le terme «anti-choix» est préféré par les «pro-choix» puisque promouvoir l’interdiction de l’avortement, c’est de ne pas laisser les femmes choisir, tout simplement.

Plusieurs mythes à défaire

Les campagnes «anti-choix» se basent souvent sur la désinformation, la propagande religieuse et la peur pour prouver leurs arguments, puisque la science et les statistiques ne sont pas aussi «efficaces». Il est donc important de défaire certains mythes que ces groupes dictent comme des vérités.

Les avortements tardifs

Tout d’abord, il est vrai qu’au Canada, l’avortement n’a pas de limite en nombre de semaines, ce qui signifie qu’une femme peut mettre fin à sa grossesse n’importe quand, en théorie. En pratique, à partir de 23 semaines, il devient difficile de trouver un.e médecin voulant faire un avortement tardif. Dans un rapport confidentiel commandé par le Collège des Médecins qui fait état de la situation, ceux et celles qui acceptent de le pratiquer se voient «ostracisé.e.s» par leurs collègues, et se font traiter de «tueur.euse.s de bébés». Ils et elles se doivent donc d’être extrêmement discrèt.e.s, par peur des représailles.

Donc souvent, quand une femme veut avorter au-delà de 24 semaines, elle se fait référer aux États-Unis. La RAMQ couvre les dépenses, pouvant aller de 10 000$ à 15 000$ chaque fois. Certaines ne peuvent cependant pas faire le voyage, pour des raisons diverses, ce qui brime leur liberté de choix. Ainsi, le Collège des Médecins décrit, dans ce même rapport, la situation comme étant «désorganisée», «discriminatoire» et «inacceptable».

Avec toute la controverse entourant l’avortement tardif, on pourrait penser que ceux-ci sont fréquents. Mais non, c’est à peine 10 à 25 femmes, sur environ 26 000 avortements dans une même année. La réalité existe, mais elle est extrêmement minime. Ainsi, l’argument que de nombreux avortements sont tardifs et que «les médecins tuent souvent des bébés» est donc complètement faux. Cependant, l’encadrement se doit d’être plus efficace.

La pilule abortive est devenue accessible au Québec qu’en 2018. Un an après, seulement 9% des femmes ayant eu recours à l’avortement ont pu l’avoir.

Une accessibilité difficile

Selon Statistique Canada, la grande majorité des avortements, soit plus de 90%, sont durant le premier trimestre, soit jusqu’à 12 semaines de gestation. Ainsi, la pilule abortive, une alternative à l’intervention chirurgicale durant le premier trimestre et qui se fait à la maison, pourrait être utilisée.

Pourtant, son accessibilité est moindre. Même si elle est offerte aux États-Unis depuis les années 2000, elle a seulement été approuvée par Santé Canada en 2015, et est devenue accessible au Québec qu’en 2018. Un an après, seulement 9% des femmes ayant eu recours à l’avortement ont pu l’avoir, comparativement à 30% en Ontario et 40% en Colombie-Britannique.

On ne parle même pas de la disparité d’accessibilité aux cliniques, une problématique surtout pointée du doigt en région rurale. En effet, certaines femmes doivent parcourir des kilomètres pour une procédure médicale légalisée depuis 30 ans.

Lire aussi : La p’tite vite : Comment protéger ces femmes de l’industrie du sexe

Il reste donc beaucoup de travail à faire pour y augmenter l’accessibilité, et plusieurs mythes se doivent d’être défaits. LAssociation canadienne pour la liberté de choix a recensé la plupart des mythes et leurs contre-arguments sur l’avortement.

Ainsi, chaque femme se doit de sentir qu’elle a le droit de choisir et pour cela, elles doivent avoir l’information la plus nuancée et véridique possible: «mon corps, mon choix».

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here