La zone grise: Changer le monde, oui, mais à quel prix?

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Quand on se promène sur les médias sociaux, il est facile de penser qu’une majorité d’êtres humains ont à cœur le bien-être collectif et désirent changer le monde. Quand on entend les gens parler à la télé de divers enjeux sociaux, il est facile d’en conclure que ceux-ci font tout en leur pouvoir pour remédier à la situation. 

Or, il y a parfois, voire souvent, une grande marge entre ce qu’une personne prétend être et ce qu’elle est réellement. Dans de nombreux cas, les bottines ne réussissent pas à suivre les babines. Un exemple qui me vient en tête est celui de l’acteur Leonardo DiCaprio. En effet, l’acteur hollywoodien a co-produit en 2016 le documentaire plutôt alarmiste Avant le déluge où il présente les dangers liés aux changements climatiques tout en dénonçant l’inaction des gouvernements mondiaux face à cette crise. Jusque-là, tout va bien. On applaudit tous et toutes Leonardo pour sa prise de parole et pour son courage. Sauf que… C’est un peu hypocrite de produire un documentaire où l’on insiste qu’il faut consommer moins quand on est millionnaire et qu’on possède cinq résidences privées.

Je ne veux pas être pessimiste, loin de là; il est vrai que certaines actions de DiCaprio aident la cause environnementale. Mais je pense que son cas montre bien que, malgré toutes les bonnes volontés du monde, l’être humain est prêt à changer le monde, sauf si cela affecte sa zone de confort et ses plaisirs.

Le paraître est plus important que l’être

Dans notre société hypermoderne obsédée par les apparences, l’activisme moyen est performatif; après tout, pourquoi passer des heures et des heures à militer pour une cause dans le monde réel quand l’on peut se contenter de partager une publication sur Facebook ou d’écrire #féministe sur notre bio Instagram?

Je demeure sans cesse surprise de voir que des personnes qui s’affichent comme étant des alliées à certaines causes ne le font que pour bien paraître. Ce phénomène est celui de la vertu ostentatoire (virtue signalling en anglais), c’est-à-dire de poser un geste plus ou moins utile pour supporter une bonne cause afin de montrer notre valeur morale plutôt que de le faire par conviction personnelle.

Je suis d’accord qu’afficher notre soutien à XYZ causes permet de donner de la visibilité à ces dernières, mais il reste que cela n’est pas fait dans l’optique de changer les choses; ces gestes de vertu ostentatoire ne sont pas posés pour le bien-être collectif, mais bien par intérêt personnel.

Militer dans le confort de son salon

Si ce sujet me touche autant, c’est parce que j’ai rencontré beaucoup trop de personnes qui disent vouloir changer le monde, mais qui ne sont pas prêtes à faire le nécessaire pour que cela arrive. Ces personnes veulent que tous et toutes aient des conditions de vie dignes et respectables, mais sont les premières à consommer gratuitement de la pornographie où les actrices n’ont pas été rémunérées adéquatement et à porter des souliers Nike qui ont été fabriqués dans des sweatshops aux conditions plus que douteuses; ces mêmes personnes veulent encourager l’économie locale, mais vont au Wal-Mart parce que c’est moins cher. Ces personnes, portant divers visages et identités, ne sont pas mal intentionnées, mais elles sont probablement trop prises dans les engrenages du système pour réellement passer à l’action.

Quand on veut changer le monde, on est prêt à tout faire pour que cela se concrétise, même si cela implique de changer nos habitudes de vie et de sortir de notre zone de confort. Le changement n’est jamais un processus confortable. Les femmes qui se sont battues pour obtenir le droit de vote ne l’ont pas fait parce que c’était « le fun »; elles l’ont fait parce qu’elles croyaient profondément en cette cause. Les changements sociaux, bien qu’ils puissent être intensifiés par les plateformes numériques, doivent provenir d’un désir intrinsèque pour finir par se matérialiser; le monde ne changera jamais si personne n’est prêt à changer ses habitudes pour que cela arrive.

Incarner le changement

Changer le monde, ça vient avec un prix: celui d’incarner ce changement. Oui, ça peut être long et fastidieux comme processus, mais il faut le faire. Si l’on veut que la société se transforme, il faut cesser d’être incohérentE et de choisir la facilité. Si tu dis que tu es un homme féministe, walk the talk! On ne serait pas censé te voir partager des publications féministes si, le lendemain, tu n’es pas capable de créer un safe space pour les femmes de ton entourage. Ta publication Facebook ne fera pas grand différence si, au final, tu continues de perpétuer le cycle de la violence.

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