L’art de monter une mayonnaise et autres propos comestibles: L’argent qui poussait dans les arbres

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Certaines activités du quotidien en disent long sur notre façon de concevoir le monde et d’y prendre place. Les gestes les plus banals (laver la vaisselle, aller au cinéma) dissimulent des croyances et des usages qui régissent la société et participent au vivre ensemble. En ce sens, le contenu de notre panier d’épicerie divulgue beaucoup d’informations sur notre personnalité et nos valeurs. Pensons d’ailleurs à l’image clichée du journaliste à potins qui dépouille les déchets des célébrités à la recherche de renseignements croustillants.

De remplir son sac-poubelle à faire son épicerie, il n’y a qu’un pas à franchir. Pourtant plusieurs conçoivent cette activité comme une corvée et entretiennent un rapport mi-figue mi-raisin avec cet espace familier qu’est l’épicerie. En effet, le supermarché peut se définir comme un lieu transitoire qui se caractérise par une standardisation. L’individu s’y transforme alors en simple consommateur, perdant ainsi de vu le lien intime qui l’unit à son alimentation. Que l’épicerie soit faite à la va-vite, en période d’affluence ou de façon routinière, il semble pourtant impossible de se dérober à cette tâche. Pour nous alimenter, nous dépendons maintenant en grande partie du supermarché.

À ce titre, l’écrivaine Annie Ernaux dans son texte Regarde les lumières mon amour se penche sur les rapports que nous développons avec ce lieu particulier en tenant un journal mi-intime mi-sociologique de ses visites à l’hypermarché. Par ce récit composite, elle consigne ses observations en peignant le profil des consommateurs, mais surtout l’aliénation du libéralisme économique. Au-delà de la description du banal et de l’anecdotique, l’écriture d’Ernaux offre un espace où la mémoire des petits riens a droit de citer. Ce texte invite le lecteur à réfléchir à ce qu’il met dans son panier et à ces actions aux apparences anodines.

À cet effet, on peut se demander quels sont les pièges et les écueils à éviter lorsque l’on remplit son panier à provisions. Actuellement, la question de la consommation responsable circule sur toutes les tribunes. Il faudrait acheter local, biologique et équitable afin de diminuer notre empreinte carbone et de s’assurer de demeurer en bonne santé. Toutefois, ce mode d’achat ne vient pas naturellement à tous, puisqu’il suppose de modifier diverses habitudes de vie parfois bien ancrées et qu’il implique des conséquences sur le contenu du portefeuille. De la sorte, les compagnies ont déniché la solution idéale pour déculpabiliser le consommateur aux ambitions écolos : le greenwashing ou écoblanchiment et verdissage en français.

De quoi parle-t-on exactement ?

Il s’agit d’une stratégie de marketing afin de créer l’illusion qu’un produit est écoresponsable et respecte ainsi l’environnement, sans que cela ne soit toutefois le cas. Le néologisme greenwashing semble plus qu’approprié pour décrire cette pratique, car l’association de green (à comprendre comme synonyme d’écologique ou d’environnemental) à brainwashing (lavage de cerveau) rend bien compte que nos comportements de consommateurs sont bien souvent influencés et manipulés. Tous les moyens sont bons pour faire pousser l’argent dans les arbres et faire du capital.

Même si votre shampoing est fait d’ingrédients naturels à 99%, il n’en est pas meilleur pour vous. L’arsenic, c’est naturel…

Comment reconnaître le greenwashing?

Concrètement, plusieurs indices permettent de soupçonner qu’un produit fait preuve d’écoblanchiment. Le premier élément à surveiller est l’emballage. En effet, pour renforcer leur argument de vente écolo, les entreprises misent sur un visuel qui fait la promotion de la nature (feuille, fleur, petite abeille) et utiliseront bien sûr le vert comme couleur dominante. On retrouve aussi de plus en plus l’utilisation du carton brut comme emballage, associé dans l’esprit des consommateurs aux papiers recyclés.

Viennent ensuite les diverses mentions qui laissent croire que le produit possède des standards de qualité écolo de haut niveau. Par exemple, on remarquera la présence d’un logo certifiant que le produit est 100% biologique ou issu du commerce équitable. Malheureusement, ces certifications manquent souvent de crédibilité et ne garantissent pas la véracité des allégations. La plupart de ces logos ne sont même pas approuvés par le gouvernement canadien.

L’écoblanchiment est un procédé créatif. Aussi, le champ lexical de la nature sera omniprésent sur les emballages. Votre shampoing sera naturel, végétal, pur, vert, écologique, clean, éco respectueux et j’en passe. Pourtant, ces appellations n’attestent aucunement le caractère écologique du produit, mais jouent sur les valeurs du consommateur. Finalement, la liste des ingrédients présents ou absents sera mise en avant. Encore une fois, la cohérence de ces informations laisse souvent à désirer. Même si votre shampoing est fait d’ingrédients naturels à 99%, il n’en est pas meilleur pour vous. L’arsenic, c’est naturel…

Le meilleur moyen de se prémunir contre le verdissage demeure de se méfier des emballages verts et de rechercher des logos approuvés (ÉcoLogo et Écocert étant les plus communs). Il existe des références fiables sur Internet (attention aux sites de pseudo science) qui fournissent de l’information sur les ingrédients à éviter dans les produits et qui démêlent les nombreuses catégories de certifications écologiques. Je vous recommande particulièrement le site de la fondation David Suzuki qui examine tous les aspects de la vie courante, des cosmétiques aux produits ménagers. C’est aussi un bon moyen de découvrir l’ensemble du travail de ce militant, véritable pionnier de la cause environnementale au Canada.

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