Le monde en questions: À la recherche du sens perdu (partie 1)

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ksodoke

C’est l’histoire d’un gars qui avait faim.

Alors qu’il déambulait dans une rue passante de la ville, il fut pris d’un malaise et perdit connaissance. Une âme charitable appela les secours, et une ambulance ne tarda pas à transporter l’homme au centre hospitalier le plus proche.

L’homme se réveilla dans une chambre d’hôpital. L’infirmière présente s’empressa de le rassurer sur son état: il s’était simplement évanoui, et on l’avait transporté à l’hôpital, mais ses signes vitaux étaient stables. Elle appela ensuite le médecin qui était de garde.

Ce dernier tenta de connaître la cause de l’incident:

– Avez-vous bien mangé durant les heures précédant votre évanouissement?

– Mangé?! Mais bien sûr que non!, lui répondit l’homme, indigné. Pour qui me prenez-vous? Je n’ai pas mangé depuis plus d’une semaine.

Le docteur parut décontenancé.

– Mais monsieur… ne ressentiez-vous pas la faim?

– Évidemment, que je ressentais la faim. Tout le monde a faim, un jour ou l’autre. Vous êtes médecin, vous devriez le savoir.

– Dans ce cas, pourquoi n’avez-vous pas mangé?, demanda le docteur, embarrassé.

– Pfff! Je ne suis pas ce genre d’homme-là… ou du moins je ne le suis plus.

L’homme approcha son visage de celui du médecin, prit un ton de confidence, puis continua :

– Voyez-vous, j’en suis récemment venu à comprendre que nous sommes tous sous la domination de la nourriture. Tant que nous obéirons à la faim, nous en resterons prisonniers. MAIS, le jour viendra où nous admettrons que cette faim n’était qu’un vestige des temps anciens et qu’elle ne nous est plus d’aucune utilité. Ce jour-là, nous triompherons de nos appétits. Nous serons enfin libres!

*

La faim de sens

Outre la recherche perpétuelle de nourriture, l’un des réflexes fonciers de l’Humain est la recherche de sens. Tout comme l’appétit physique, cette faim (ou cette soif) de sens est inexorablement attachée à nous. Elle fait partie de ces caractéristiques essentielles qui nous différencient de l’Animal.

Mon avis est que, plutôt que de nous convaincre que la faim qui nous tenaille n’est qu’illusion, nous devrions nous demander d’où elle provient, s’il existe une «nourriture» qui saura la combler

Mais d’où vient cette soif, et pouvons-nous espérer la satisfaire?

On peut examiner cette question sous plusieurs angles.

Point de départ 1: prémisse matérialiste

Dans cet article, nous la considérerons en prenant comme point de départ la prémisse matérialiste, c’est-à-dire que tout ce qui existe n’est que matériel.

Selon ma compréhension des choses, si tout n’est que matériel, le monde est dépourvu de sens, et nos appétits les plus profonds ne sont que supplices de Tantale. Pourquoi? Parce que dans une vision du monde où l’Humain n’est qu’un ensemble plus ou moins aléatoire de molécules qui se confondent avec celles qui composent son environnement, l’individualité même de l’Humain est remise en question. Et sans son individualité, l’Humain ne peut se positionner par rapport à un élément qui lui serait extérieur; or c’est précisément en cela que consiste la recherche de sens: nous sommes à la recherche d’un élément extérieur (ou d’un cadre) qui nous enseignerait qui nous sommes et ce qu’est le monde qui nous entoure.

Force est de reconnaître que, si le monde n’est que matériel, il n’a aucun sens. Cette faim de sens que nous ressentons serait donc une illusion. On pourrait probablement la mettre sur le compte de la survie de l’espèce: nos ancêtres auraient dû, pour une raison quelconque qui leur semblait valable à l’époque, donner un sens à leur existence et au monde qui les entourait. Nous aurions hérité cette soif, bien qu’elle ne soit en réalité que le fruit d’une fabulation évolutive.

Le problème avec ce raisonnement matérialiste, c’est que, si on le suit jusqu’au bout, on réalise qu’il mène à une impasse. En effet, le raisonnement matérialiste implique, justement, l’idée d’un raisonnement.

Si notre cerveau en pleine évolution a fabulé de telle sorte qu’il nous a imposé la nécessité d’une quête perdue d’avance, de quelles prouesses est-il encore capable? Si le cerveau humain pouvait tromper nos ancêtres en leur faisant croire à un supposé sens, comment pouvons-nous être certains que notre cerveau ne nous trompe pas encore, en nous faisant croire à la philosophie matérialiste?

Selon moi, cette philosophie ne saurait mener à bien son propre raisonnement. Il me semble donc n’elle n’offre pas de réponse satisfaisante à notre question.

L’histoire du gars…

Personne (à ma connaissance) n’adopterait face à la nourriture l’attitude de l’homme dans l’histoire racontée plus haut. Et pourtant, j’ai l’impression de voir le même genre d’attitude, un peu partout, face à notre faim de sens. Mon avis est que, plutôt que de nous convaincre que la faim qui nous tenaille n’est qu’illusion, nous devrions nous demander d’où elle provient, s’il existe une «nourriture» qui saura la combler et, advenant qu’elle existe, aller en quête de cette nourriture. C’est cette démarche que nous entreprendrons dans le prochain article.

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